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CHAPITRE XIII

18 novembre,

Journée froide, cluire, calme, paisible, sans autre incident que l'apparition du second numéro du Courrier. Radcliffe en était le rédacteur en chef, et nous avons encore passé une bonne soirée dans notre demeure, bloquée par l'hiver et la nuit,

19 novembre.

L'uniformité de notre vie a été aujourd’hui troublée par un événement mystérieux. J'ai déjà longuement parlé de la rivalité de mes deux chasseurs esquimaux : tous deux me sont fort utiles, mais par des motifs bien difiérents. Comme plus d’un économiste en renom, Péter patronne volontiers la « propriété mobilière », mais il travaille, en tout bien tout honneur, à grossir son petit trésor; tandis que maitre Hans est poussé plutôt par une basse envie que par le désir du gain. C’est un type de cette branche de la famille humaine qui ne peut voir sans souffrance la prospérité d'autrui. Reste à savoir si la jalousie est demeurée chez lui à l’état de sentiment ou si elle s’est traduite par un crime.

Cette nuit, à deux heures, je lisais tranquillement, lorsqu'un bruit de pas pressés retentit dans le silence profond. Le maître d'hôtel entra sans se donner le temps de frapper à ma porte, tout effaré et comme enveloppé d’une atmosphère d'alarme.

« Le feu est à bord?» lui criai-je anxieusement.

Mais lui, sans répondre à ma question :

« Péter est parti, monsieur.

— Parti! que voulez-vous dire par là?

— Parti, parti, monsieur.

— C’est bon, allez vous recoucher. »

EL je repris mon livre.

« Mais, monsieur c'est vrai, c'est bien vrai, il est parti, il a pris la fuite, »

L'insistance du maître d’hôtel finit par me convaincre, et tout le navire fut immédiatement visité, mais on ne trouva point notre pauvre chasseur; son hamac n'avait pas été touché depuis la matinée de la veille; évidemment Péter n’était plus à bord.

Je fis appeler tout le monde sur le pont, et pendant que j'interrogeais nos marins, Jensen essayait de faire parler les Esquimaux. Comme à son habitude, Péter avait soupé avec nos gens, fumé sa pipe et bu son café; il paraissait heureux et content. Je ne pouvais m'expliquer cette longue absence, la lune n’était pas levée, et il me semblait impossible qu'il se füt volontairement éloigné du vaisseau ; les vagues réponses de Hans excitaient surtout mes soupçons; tout ce qu’on à pu en tirer, c'est que Péter avait grand'peur des matelots. Nos gens déclarent, au contraire, qu’il était de beaucoup leur favori, et une enquête minutieuse a établi qu’on l’a toujours traité avec la plus grande douceur.

Pendant tous ces interrogatoires, on préparait les falots et, partagé en sept escouades, l’équipage se répandit autour du havre; deux heures après, on voyait encore les lumières errer au loin sur la neige, et je commençais à penser que toutes ces recherches seraient sans résultat, lorsque Mac Cormick me fit le signal convenu ; à quatre kilomètres et demi au sud de la goëlette, il avait rencontré une trace de pas ; il la suivit sur la glace de terre à moitié brisée, jusqu'au pied d’une colline abrupte. Là, il ramassa un petil sac contenant quelques habits, la meilleure défroque de notre malheureux chasseur. Le maître d’hôtel ne s'était pas trompé, Péter avait pris la fuite. Où allait-il? Pourquoi nous a-t-il ainsi quittés ?

Nous retournâmes à bord dans une assez grande perplexité Marcus et Jacob ne savent absolument rien et

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