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CHAPITRE XIII

Hans s'en lient toujours à ce qu'il a dit; mais de plus en plus je suis persuadé qu'il est réellement au fond de cette mauvaise affaire, et je viens de le renvoyer de ma cabine en lui affirmant qu’à la première preuve de sa culpabilité je le ferai pendre sans pitié à la grande vergue. Il a parfaitement compris, et il s'engage à retrouver le fugitif et à nous le ramener bientôt.

20 novembre.

Hans, escorté d’un matelot, a longtemps suivi les traces de Péter, mais au bout de plusieurs heures une brise violente a soulevé les neiges et toute recherche est devenue impossible, Il est revenu au navire, sans nul doute très-inquiet de son propre sort, mais il avait l’air de l’innocence en personne et ne paraissait se tourmenter que des malheurs de son ancien rival.

« Où est donc mon pauvre Péler? Essaye-t-il de rejoindre les Esquimaux du détroit de la Baleine? » D’après Hans, les plus rapprochés de nous se trouvent à cent quatre-vingts kilomètres d’ici, à l’île Northumberland, et peutêtre même à quatre-vingt-dix kilomètres encore plus loin sur les côtes du sud. Si, par hasard, quelque bande de chasseurs ne s’est pas avancée vers le nord, il ne lui reste aucune chance de salut. Il est possible que Hans lui ait assuré qu’il trouverait des compatriotes à Sorfalik, à cinquante-cinq kilomètres seulement; il peut bien marcher jusque-là, mais, sans provisions, sans attelages, il ne saurait aller plus loin vers le sud. M. Sonntag soutient que son protégé n’a nullement trempé dans cette mystérieuse affaire; d’après lui, c’est tout simplement un caprice d’Esquimau ; irrité de quelque offense ou de quelque passedroit de nos marins, Péter sera allé refroidir sa colère à Etah ou sous une hutte de neige. Mais notre ami est le seul à ne pas croire à la culpabilité de maître Hans. Les plus avisés supposent que tout ceci est le fruit des longues

machinations de ce dernier : il aurait persuadé à son intortuné camarade que notre bienveillance pour lui cachait des desseins hostiles, dont sa connaissance de la langue anglaise, en écoutant les conversations de l'équipage, lui avait permis de s'assurer, Ainsi le pauvre garçon se serait à la hâte jeté dans les plus grands périls, pour se préserver d’un danger imaginaire. Il est probable que cette explication est la bonne : elle cadre tout à fait avec ce que nous savons du caractère des Esquimaux; rien ne les pousse davantage à soupçonner la trahison que des marques réitérées d'amitié, et il est probable que Hans, après un premier mensonge, a soufflé avec soin la flamme naissante, et l'ayant alimentée de nouveaux récits et d'insinuations mystérieuses, a frappé le grand coup en conseillant au crédule et inoffensif jeune homme d'aller au plus vite se réfugier à Sorfalik. Affolé par la terreur, Péter a saisi son sac et s’est enfui vers les montagnes; en voyant les lumières briller sur le pont, il a compris qu’on le poursuivait et s’est empressé de laisser en arrière tout ce qui pouvait arrêter sa course. S'il en est ainsi, je comprends la signification de la phrase de Jansen : « Hans et Péter se sont réconciliés ».

23 novembre,

inq jours ont passé, et Péter ne revient pas. Il n’est point allé à Etah et on n’a trouvé aucune trace auprès de nos caches de renne. Hélas! s’il n’a point découvert quelque abri, la mort doit maintenant avoir terminé ses souffrances : une violente tempête s’est déchaînée et les trombes de neige s’abattent autou” de nous. Je reviens cependant de ma promenade accoutumée, et mon vieux et lidèle Carl secoue à tour de bras le givre qui a pénétré mes fourrures; sous l’impulsion de la brise glaciale, il s’est littéralement insinvé dans les pores du cuir; mes cheveux, ma barbe et mon visage en étaient couverts, el

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