‹ La mer libre du pôle [microforme]Chapitre 17 sur 256 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

raude, pendant qu’à travers la glace elle-même courait diagonalement une large bande de bleu cobalt.

La splendeur de cette scène était encore accrue par les milliers de cascatelles qui, de toutes ces masses flottantes, ruisselaient dans la mer, alimentées par les flaques de neige et de glace fondues, qui s’amassent dans les dépressions de la surface accidentée de ces glaciers errants.

Parfois un bloc immense, se détachant tout à coup de leurs parois, s’abimait dans les profondeurs avec un fracas épouvantable pendant que la vague roulait sourdement à travers les arceaux brisés.

Perdu dans l'oubli du monde réel, j'étais depuis plusieurs heures absorbé dans ma rêverie, lorsque je fus rappelé à moi-même par le cri du contre-maitre :

« Glaçons à ranger le bord! »

Nous dérivions lentement vers un iceberg de la hauteur de nos mâts : les embarcations furent mises à flot en toute hâte, et notre goëlette hors d’affaires, je descendis m'étendre sur mon cadre.

Je m'’éveillai quelques heures après, tout grelottant de froid ; l’œil de bœuf s'était ouvert et versait sur ma couche des torrents de brume glacée. Je courus sur le pont, nous étions de nouveau ensevelis sous le brouillard; mer, icebergs et montagnes, tout avait disparu.

Nous marchions depuis vingt-quatre jours et notre provision d’eau était presque épuisée ; aussi fûmes-nous heureux d'utiliser notre loisir forcé en remplissant nos barils de la belle eau claire et pure qui descendait d’un iceberg voisin.

À la fin, grâce à quelques bouflées de vent, nous courümes des bordées parmi les îles basses qui couvrent les côtes au-dessus de Svarte Huk. Sonntag nous ayant précédés dans un canot, il nous envoya de Prôven un pilote qui nous dirigea lentement à travers un détroit siueux,

Le 6 août, quelques minutes après minuit, nous jetions l’ancre dans le plus commode des petits ports : l’aboiement des chiens et une odeur indescriptible de vieux poisson pourri nous annonçaient un établissement groënlandais.

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