‹ La mer libre du pôle [microforme]Chapitre 181 sur 256 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

beurs de notre dernière étape l'exigeaient impérieuse ment,

Après un sommeil profond et réparateur, résultant d'une lassitude telle que j'en avais rarement éprouvé de semblable, j'escaladai la pente escarpée et me hissai sur une saillie de rocher à huit cents pieds environ au-dessus du niveau de la mer.

Je vis alors clairement pourquoi nous avions été forcés de battre en retraite.

Partout les glaces paraissaient dans le même état qu'à l'ouverture de la baie. Une large crevasse, partant du mi: lieu du golfe, se dirigeait vers la mer, et ramifiée de nombreuses fissures, dans sa course sinueuse vers l’orient, s'étendait comme le delta d'un puissant fleuve, et sous le ciel noir qui s’abaissait sur toute la zone du nord-est, allait se perdre dans la mer libre. Dans l’extrème lointain, se profilait vaguement contre le sombre horizon du nord la croupe blanchie d'un noble promontoire, la terre la plus septentrionale qu’on connaisse maintenant sur le globe. Je la crois à 82° 30’ de latitude, à huit cent trente kilomètres du pôle. Entre elle et nous surgissait une autre pointe hardie, et plus près encore du cap vers lequel je dirigeais notre course la veille, une fière montagne s'élevait majestueusement de la mer, et semblait porter jusqu'au firmament sa tête couronnée de neige : je ne voyais d’autre terre que la côte où nous nous trouvions.

Au-dessous de moi, la mer étalait sa nappe immense, bigarrée de taches blanches ou sombres, ces dernières indiquant les endroits où la glace était presque détruite ou avait entièrement disparu; au large, ces taches se faisaient plus foncées et plus nombreuses, jusqu’à ce que, devenues une bande de bleu noirâtre, elles se confondissent avec la zone du ciel où se reflétaient leurs eaux. Les vieux et durs champs de glace (dont les moins grands mesuraient à peine moins d’un kilomètre) et les rampes massives el les

débris amoncelés qui en marquaient les bords, étaient les seules parties de cette vaste étendue, qui conservassent encore la blancheur et la sohdité de l'hiver.

Tout me le démontrait: j'avais atteint les rivages du bassin polaire, l'Océan dormait à mes pieds! Terminée par le promontoire qui, là-bas, se dessinait sur l'horizon, cette terre que je foulais, était une grande saillie se projetant au nord, comme le Céverro Vostochnoï hors de la côte opposée de Sibérie. Le petit ourlet de glace qui bordait les rives s'usait rapidement : avant un mois la mer entière, aussi libre de glaces que les eaux du nord de la baie de Baffin, ne serait interrompue que par quelque banquise flottante, errant çà et là, au gré des courants ou de la tempête.

Il m'était äonc impossible d'aller plus loin. La crevasse dont j'ai parlé eût déjà suffi pour nous empêcher d'atteindre le nord de la baie; au large, les glaces paraissaient encore en plus mauvais état. Plusieurs flaques d’eau s'ouvraient près de la côte, et sur l’une d’elles venait de s’abattre une bande de « dovekies », guilleminots à miroir blanc. En remontant le canal Kennedy, j'avais reconnu nombre de leurs stations d'été, mais je fus assez surpris de voir les oiseaux eux-mêmes à une époque si peu avancée de la saison. Les mouettes bourgmestres volaient au-dessus de nous, se dirigeant vers le nord et cherchant les eaux libres pour leur nourriture et leur demeure. On sait qu’autour des lieux qu’elles fréquentent l'été, il n’y a jamais de glace après les premiers jours de juin.

Nous avions atteint notre but, il fallait songer à la retraite : l'approche du printemps, la rapidité du dégel, la certitude que la mer rongeait déjà le détroit de Smith au sud, par la baie de Baffin, aussi bien qu'au nord, par le canal de Kennedy, tout cela m'avertissait que nous n’avions pas de temps à perdre, si nous ne voulions grave. ment compromettre notre retour aux côtes groënlandaises.

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M. Hayes, arrivé à la mer libre arbore le pavillon étoilé.

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