‹ La mer libre du pôle [microforme]Chapitre 200 sur 256 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

de cette petite tribu. 11 y a beaucoup à admirer dans ces races barbares ; elles ne soutiennent leur pauvre existence qu'au prix des plus énergiques combats contre des obstacles qui nous décourageraient; souvent, des Esquimaux restent sans nourriture pendant des journées entières; ils ne la conquièrent jamais qu’au prix du danger; aussi est-il bien faible le lien qui les rattache à la vie! Ils n’ont d'autre champ de récolte que la mer, et ne possédant pas de bateaux pour y suivre leur proie, il leur faut attendre que la marée ou le changement de saison ouvre quelques lissures le long desquelles ils errent à la recherche des phoques ou des motses qui y viennent respirer. Les chances incertaines de ces chasses difficiles les forcent souvent de s’abriter en hiver sous de grossières huttes de neige; en été, ils n’ont que les oiseaux aquatiques en place des animaux marins, qu’ils ne savent guère capturer lorsque les glaces ont dérivé au large.

D'après les détails donnés par Hans et Kalutunah, je ne crois pas que la tribu soit composée aujourd’hui de plus de cent personnes. Elle aurait aussi bien diminué depuis le départ de Kane en 1855. Hans m'a tracé à grand’ peine une esquisse de la côte du cap York au détroit de Smith, et y a placé les villages, si on peut donner ce nom aux lieux habités par les Esquimaux. Ils sont toujours situés sur le bord de la mer et, pour la plupart, sont composés d'une seule hutte. La station la plus importante en compte trois. Inutile de décrire ces demeures; elles ressemblent toutes à celle du Nalegak à Etah.

L'attente de la débâcle prochaine ne me permettant pas de m'éloigner du navire, nous utilisimes le temps aussi

1. Elle aurait encore plus décliné dans les quarante années précédentes, si, comme il est plus que probable, cette tribu est la même que découvrirent Ross et Parry en 1818, et sur laquelle la relation de leur voyage, où elle figure sous la qualification un peu ambitieuse de Montagnards Arctiques, appela l'attention et l'intérêt de l’Europe savante. (Trad.)

bien que possible autour du Port Foulke. On renouvela les expériences faites l'automne précédent au moyen du pendule et on releva plusieurs séries complètes d’observations pour délerminer la force magnétique. Les triangulations de la baie et du port furent terminées, les terrasses mesurées et reliées entre elles; et nous étudiâmes de nouveau les angles du glacier. Pour tous ces travaux, j'ai trouvé en M. Radcliffe un aide intelligent et lahorieux. I s’est aussi beaucoup occupé de la photographie, et avec sa coopération patiente, j'ai pu vers la fin réunir un nombre présentable d'assez bonnes épreuves. MM. Knorr et Starr m'ont été fort utiles pour mes échantillons d'histoire naturelle; ils se mirent à l'œuvre, dès que se formèrent les premières fissures dans la glace du port, et leurs travaux furent récompensés par la plus belle collection d’invertébrés qu'on ait recueillie dans les eaux polaires".

Une nouvelle visite au Frère Jean me prit une semaine. Je plantai ma tente près du lac Alida, et nous procédâmes méthodiquement à mesurer et à photographier notre vieille connnaissance du dernier automne.

Nous arrivimes au lac au milieu d’une scène fort animée. Le blanc tapis était presque entièrement enlevé de la vallée et quoique les fleurs n’eussent pas encore paru, la verdure couvrait déjà les bords de l’eau, et sous la neige même, poussait fraiche et vivace entre le gazon gelé; les

1. Le docteur W. Simpson à bien voulu examiner soigneusement cette collection et a publié le résultat de ses recherches et de ses comparaisons dans les Annales de l’Académie des Sciences naturelles de Philadelphie (mai 1863). «Elle contient peu d'espèces entièrement nouvelles, dit-il, mais ces échantillons offrent le plus grand intérêt, comme ayant été recueillis dans des localités plus rapprochées du pôle qu’aucure autre entore explorée sur la partie américaine de la zone glaciale, On y retrouve quelques espèces jusqu'ici connues seulement sur les côtes d'Europe, et nous croyons que la collection rapportée par le docteur Hayes est plus complète qu'aucune de celles qu'on ait précédemment recueillies dans ces mers. Elle comprend : 22 espèces de Crustacés; 21 de Mollusques ; 7 Echinodermes, 1 Acalèphe, et de plus un nombre considérable de Nudibranches, d’Actinies, etc., dont les spécimens conservés dans l'alcool n’ont pu être facilement classés. »

Page 1