‹ La mer libre du pôle [microforme]Chapitre 34 sur 256 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La baie de Melville. — La glace du milieu. — Le grand courant polaire. — Encore un iceberg dangereux. — Le cap York. — À la rescousse de Hans.

Le soleil de minuit ne nous éclairait plus et les nuits commençaient à devenir sombres ; la vigilance nous était plus nécessaire que jamais ; en dépit de toutes nos précautions, nous faillimes toucher sur un récif caché au large de la « Tête de Cheval », et que nos cartes ne signalent pas; puis il nous fallut passer entre des champs de glace, les premiers que nous eussions rencontrés. Les lames du sudouest accouraient menaçantes et se brisaient avec rage sur la barrière qui les repoussait; nous réussimes à échapper sans grand dommage pour nos solides bossoirs.

A huit heures du matin, nous arrivions en vue de la pointe de Wilcox; le Pouce du Diable émergeait d'un léger nuage qui en voilait encore la base; la baie de Melville était devant nous. Grimpé sur la vergue de misaine, je parcourus l'horizon à l’aide de ma lunette; la mer était libre partout, à peine si on distinguait çà et là quelque vagabond iceberg. Vers l'ouest, il est vrai, la réverbération des glaces sur le ciel nous révélait la présence de l'ennemi: mais du

côté du nord, aussi loin que le regard pouvait s'étendre, la houle « sans limite et sans fin », faisait onduler la surface de l'Océan, Mon cœur déhordait de joie : le succès de notre expédition, au moins pour ce‘: année, dépendait entièrement de l'état de cette mer, et mes rêves les plus ambitieux ne me l'avaient jamais montrée telle que je la voyais aujourd’hui. — Le lecteur me saura gré de lui donner quelques détails sur la région que nous allions parcourir, et de lui expliquer les conditions physiques qui enchaïînaient étroitement les destinées de notre voyage à celte partie des mers groënlandaises.

Pour les géographes, la baie de Melville est tout simplement une ligne courbe qui échancre la côte du Groënland septentrional, mais les navigateurs lui donnent une aire bien autrement étendue, et depuis longtemps les baleiniers nomment ainsi la partie de la mer de Baffin qui commence au sud avec la glace du milieu et se termine vers les eaux du nord.

Ces eaux du nord se trouvent parfois près du cap York par 76° de latitude, mais souvent on les rencontre plus haut, et la glace moyenne, généralement connue sous le nom de Pack, descend quelquefois jusqu’au cercle polaire. Ce pack est formé par des glaçons flottants de dimensions fort variables et dont la longueur se mesure par kilomètres et par mètres, et l'épaisseur par pouces ou par brasses. Gouvernés par les vents et les marées, tantôt ils se pressent les uns contre les autres, ne laissant guère d'espace libre entre eux; tantôt ils sont séparés par de larges fissures. La brise ou les courants les poussent sans cesse vers tous les points cardinaux, et cette dangereuse barrière ne se franchit qu'au prix de bien des fatigues; on met souvent des semaines et des mois à la traverser.

Depuis 1616, que Baffin montant la Discovery, petit navire de cinquante-huit tonneaux, pérétra le premier dans ces parages, ceux-ci, malgré tous leurs périls, ont été le

Icebergs et Iceb'inck dans le fo

— Banquise

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