‹ La mer libre du pôle [microforme]Chapitre 35 sur 256 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

champ de pêche favori des baleiniers; leur flotte, qui comptait autrefois plus de cent voiles par an, est réduite aujourd’hui à dix ou douze. Plus d’un brave navire a sombré, écrasé sans merci entre ces glaces aux côtes de fer; mais ceux qui parviennent à échapper, retournent au pays chargés de l'huile des pauvres baleines, que leur mauvaise fortune pousse vers le détroit de Lancaster, la baie de Pond ou les côtes qui s'étendent au-dessous.

La glace du milieu ne reste pas stationnaire et n’est jamais complétement prise même au cœur de l'hiver. On se rappelle le sort du steamer le Fox, enveloppé vers la fin de l'automne, et délivré au printemps seulement, après une dérive pleine de périls, jusque vers le cercle polaire.

A mesure que l'été s’avance, le pack se désorganise de plus en plus jusqu'à ce que la solide ceinture adhérente aux côtes et qu’on nomme le fast ou la glace de terre, soit ellemême entamée; il en reste cependant presque toujours une bande étroite jusqu’à la fin de la saison : les baleiniers, naturellement désireux d'éviter la banquise, et à leur exemple les navires chargés d’explorations scientifiques, s’attachent opiniâtrément à suivre cette bande et essayent de se glisser vers le nord par la dernière crevasse entr'ouverte, « la passe du rivage », comme ils la nomment ordinairement. En effet, si le vent d'ouest pousse la glace sur eux, ils peuvent toujours, ou scier un dock pour leur navire, ou trouver une crique pour l'amarrer. Enfin, si par hasard la glace flottante a disparu et qu’il n’y ait point de brise, ils ont encore la ressource de le faire haler par l'équipage. (l'est très-rare que pour la pêche des baleines on se serve de bâtiments à vapeur.)

Les fleuves de l'Océan sont pour beaucoup dans la formation de cette barrière. Le grand courant polaire, venant de la mer du Spitzberg chargé de lourdes masses de gla-

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