CHAPITRE IX
ces messieurs à su faire de cette corvée une folàtre partie de plaisir. Barnum et Mac Donald ont protité de leur jour de congé pour courir après les rennes; ils en ont vu quarante-six bien comptés, mais n'ont réussi qu’à les forcer à déguerpir au plus vite; ils sont revenus sans un pauvre renard dans leur carnassière.
Charley, dédaignant l’attirail des chasseurs, et ambitionnant la gloire d’un « voyage de découvertes », est allé rèder de l’autre côté de la baie au-dessus des falaises du Paluis de Cristal. Il est arrivé à une station abandonnée depuis longtemps, et n’a trouvé rien de mieux à faire que de dépouiller une tombe de son funèbre dépôt; il m'a rapporté, bien enveloppée dans sa vareuse, cette précieuse addition à mes richesses ethnologiques, et la promesse de semblables jours de congé, jointe au verre de grog traditionnel, m'assurent la coopération de Charley à cette branche de mes études; c’est du reste un solide gaillard, et qui nous sera fort utile, je l'espère.
Chacun manifeste le zèle le plus louable à grossir mes trésors, et l’empressement de mes pourvoyeurs à été aujourd’hui l’occasion d’une seène assez désagréable. Jensen, que son long séjour au milieu des naturels à habitué à les considérer comme des animaux à peine supérieurs à leurs chiens, a découvert une couple de tombes et en à retiré deux momies en linceuls de peaux. Il pensait qu’elles feraient très-bien dans mon muséum; malheureusement, Mme Hans furetait çà et là sur le pont pendant que Jensen montait à bord avec son butin, et reconnaissant à quelque morceau de fourrure les restes d’un de ses parents ou ancêtres, elle entra dans une fureur épouvantable; Jensen avait beau lui dire que le capitaine était un grand sorcier et rappellerait les défunts à la vie aussitôt qu’ils auraient touché la terre d'Amérique, rien ne pouvait la calmer, et
l. Ainsi nommées par le capitaine Inglelield, en août 1852,
le vacarme ne s'apaisa que lorsque je donnai l'ordre de rendre les deux squelettes à leur couche de pierres.
Les tombes, assez nombreuses autour du port, prouvent qu'une tribu d’une certaine importance résidait dans les environs à une époque encore peu éloignée. Dispersés çà et là au hasard de la convenance des survivants, et n'offrant aucune unité de forme on d'orientation, ces monceaux de pierres recouvrent à peine les corps qui leur sont confiés. Morne séjour des trépassés, ces tombeaux sont les derniers et tristes souvenirs d’une race qui s'éteint.
18 octobre.
Je suis bien récompensé de mon abnégation à l'endroit des momies ; j'ai gagné le cœur de mes Esquimaux, et Hans m'a rapporté deux crânes, excellents types de la race groënlandaise; il les a ramassés sur les rochers, et personne ne me les réclame. Les petits crustacés me sont toujours fort utiles : ils m'ont déjà préparé plusieurs squelettes de toutes les variétés d'animaux que nous avons capturés : la masse des chairs une fois enlevée, la charpente osseuse est déposée dans un filet, puis descendue dans le trou à feu; les petits travailleurs de la mer y pénètrent par escouades immenses, el en un jour ou deux, au plus, me nettoient un squelette infiniment mieux que ne le ferait le plus habile préparateur de pièces anatomiques.
On m'a rapporté le corps d'un renne que j'avais blessé mortellement à la chasse d'hier, et que la fatigue m'avait forcé d'abandonner. Après en avoir suivi les traces pendant deux kilomètres, on l’a trouvé mort et couché dans la neige; mais nos hommes se sont fatigués en pure perte, l'intérieur de l'animal est dans un état de putréfaction assez avancée, circonstance qui parait au moins singulière par cette température de — 24°! C. Le Dr Kane avait observé un cas semblable, et Jensen m'assure que cela est si peu rare