‹ La mer libre du pôle [microforme]Chapitre 68 sur 256 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

cerlains endroits et paraissaient se conformer à la courbure de la vallée sur laqueile repose le glacier. En arrière de cette paroi, la pente est tout à fait abrupte sur ‘une centaine de pieds, après quoi elle diminue rapidement, jusqu’à n'avoir plus que six degrés d'inclinason, et va se perdre au loin dans la mer de slace qui couvre la terre du côté de l'orient.

L'approche du glacier est défendue par une sorte de rempart formé des débris qui s’en séparent de temps à autre; quelques-uns de: ces blocs de cristal diaphane ont plusieurs pieds de diamètre; pendant que nous les regardions, une lourde masse, suivie d’une immense grêle de tous petits fragments, se détacha du mur et vint tomber avec fracas sur le sol de la vallée. La surface du glacier présente une légère courbe relevée vers les côtés; là ses parois ne sont pas adhérentes à celles de la montagne; elles en sont séparées par une gorge étroite, ou profonde ravine, encombrée en plusieurs endroits par les débris rocheux qui ont roulé .des falaises escarpées ou par les blocs de glace tombés du Frère Jolin. Parfois, le glacier lui-même, en s'étendant, a repoussé des amas confus de rochers sur la pente de la colline opposée.

Il n’était pas très-facile de marcher dans cette gorge sinueuse; la croûte de neige à peine gelée s’effondrait sous notre poids, et nos jambes se déchiraient aux arêtes des éclats de rocher, ou aux glaçons presque aussi aigus; au bout de trois kilomètres et demi, nous taillâmes des marches dans la glace, comme Sonntag l'avait fait précédemment, et nous réussimes à atteindre le sommet de la paroi.

Nous étions maintenant sur :e dos du glacier, mais nous n'avançâmes vers le centre qu'avec une prudente lenteur, redoutant sans cesse qu’une fissure s’ouvrit sous nos pas et nous engloutit entre ses froides murailles de fer. Nous alteignimes enfin une plaine de glace claire et transparente

parfaitement unie et un peu inclinée, Notre course d'aujourd'hui avait surtout pour but la solution d'un problème des plus intéressants : le glacier marche-t-il? Nous le saurons dans quelques mois,

Nous nous sommes conformés à la méthode très-simple et très-facile employée en Suisse par le professeur Agussiz * après avoir placé deux bâtons sur l’axe du glacier et soigneusement mesuré la distance qui les séparait, j'en ai fait planter deux autres, à égale distance des premiers et du bord du glacier; puis, au moyen du théodolite, nous avons successivement relié par des angles tous ces jalons les uns avec les autres d'abord, et ensuite avec des objets fixes, sur les flancs de la montagne. Ces angles seront de nouveau mesurés au printemps, et je saurai ainsi si le glacier se meut ou non, et quelle est la vitesse de son mouvement.

Aujourd’hui, comme du reste toutes les fois que nous avons dù faire des opérations demandant beaucoup de soin et de patience, l’inexorable bise qui nous assiége ne nous a laissé aucun repos. La température ne nous inquiéterait guère, et le thermomètre a beau marquer quinze ou vingt degrés de congélation, nous y sommes faits maintenant ; mais le vent est un sérieux obstacle, surtout quand la nature de nos travaux nous force à rester longtemps immobiles dans le même lieu, et le froid rend le maniement de nos instruments doublement pénible, Nous avons dù les recouvrir en partie de peau de daim pour épargner à nos doigts de douloureuses brülures, nom très-significatif qui nous sert à désigner les moins graves des accidents pro- . duits par la rigueur du froid.

Je compte retourner demain au glacier et l'étudier moins sommairement.

Pendant mon absence, les chasseurs se sont fort distingués : Barnum a tué six rennes, Hans neuf, et Jensen deux; mais le grand événement du bord est la fête de Mac Cor-

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