CHAPITRE XIII
avocats de leur cause. — Ils veulent la lumière ? — Nous uous adresserons aux sphères célestes et nous ne leur laisserons pas ignorer nos droits à une rigoureuse réciprocité. — Ils cherchent le bonheur? — Sérieusement pénétrés de notre mission sacrée qui, je puis le dire, messieurs , à fait de la presse une puissance dans ce grand et glorieux dix-neuvième siècle, nous leur conseillerons sans cesse la pratique de toutes les vertus sociales et privées.
« Concitoyens! cette heure sera à jamais mémorable dans les fastes de Port Foulke. On nous dit que, dans leur patois, les aborigènes le nomment Annyeiqueipablaytah, que les meilleurs interprètes traduisent par : « l’antre des tempêtes hurlantes ». Dans cette grave occurrence, il est convenable que nous dirigions nos pensées vers l'avenir, l'avenir surtout de notre sublime entreprise. Cet antre des tempêtes hurlantes, vous le savez, honorables auditeurs, est situé sur les confins de notre immense patrie, cette patrie dont le vaste manteau baigne ses franges dans l'Océan sans limites et qui s’étend du soleil levant au soleil couchant, de la Croix du Sud à l’aurore boréale ? — Mais que dis-je , l'aurore boréale? N’avons-nous pas laissé derrière nous cette vague limite de notre domaine? Oui, chers concitoyens, c’est à nous de faire avancer ces questions litigieuses des frontières nationales et de les amener à un point, — et quel point? messieurs! au pôle Nord luimême! Là, nous planterons notre bannière étoilée : la hampe de notre étendard deviendra l’axe du monde autour duquel tournera, comme une boule, l’universelle nalion yankee !
« Amis et compatriotes! permettez-moi, en terminant, de porter les toasts qui conviennent à cette occasion. A la presse libre! A l'universelle nation yankee! Puisse la première, dans l'avenir comme dans le passé, être la fidèle compagne de la liberté et l'emblème du progrès! Puisse la
seconde absorber toute la création et devenir entin la grande farandole céleste! »
Le jeune orateur sauta à bas de son bahut au milieu de ce qu’on pourrait bien nommer « des applaudissements bruyants et tumultueux ». Sa harangue avait produit une impression tout aussi favorable pour le père que pour l'enfan! après de nouvelles rasades et les chocs prolongés de nosHasses de métal, la lecture commença et ne fut interrompue que par les marques de satisfaction dont on n’est pas avare après un bon dîner, en écoutant de bonnes histoires, racontées d’ailleurs avec beaucoup de verve. Notre seul regret fut d’en voir arriver la fin. — On vota des remerciments aux rédacteurs, on but à la santé de M. Knorr, en un mot, tout alla bien. Le seul exemplaire de notre Courrier passa aux matelots et leurs applaudissements ne furent pas moins unanimes. Il contient seize pages d’une écriture fort serrée, une esquisse assez ambitieuse de Port Foulke, un portrait de sir John Franklin, une bonne charge du pauvre Général avec sa patte en écharpe. — Les énigmes n’y manquent pas, non plus que les « calembours entièrement neufs ». Nouvelles de l’extérieur , — faits divers, — annonces, tout y a sa place; sans compter des travaux d’un vol beaucoup plus téméraire, parmi lesquels on remarque un « prospectus illustré par l’un des rédacteurs », un poëme du maitre d'hôtel, et enfin à l’adresse de mon malheureux chien, des vers auxquels tout l’équipage a adapté un air et qu’il répète incessamment en chœur avec un plaisir évident : il est question de la chute de Général, de son repos forcé et de sa mort prochaine.
Rentrez collier, fouet et poitrail, Et du traineau tout l'attirail; Général n’en a plus que faire.
Sur le pack ayant trop glissé, Jambes et bras il s’est cassé,
Et touche à son heure dernière.