‹ La mer libre du Pôle; voyage de découvertes dans les mers arctiques exécuté en 1860-1861Chapitre 224 sur 241 · Armstrong, Personal narratite, p · texte numérisé non relu

Armstrong, Personal narratite, p

comparer ce phe'nomène à la formation annuelle des nouveaux bancs et des nouvelles îles formés par la Lena; ces bancs et ces lies consistent en effet en semblables dépôts de vase et de débris de saules, mais ils restent à 110 pieds au-dessous du sol qu'ont recouvert les an-» ciennes eaux. Partout, à travers ces immenses gisements, on découvre des os de quadrupèdes antédiluviens mêlés aux débris végétaux. A mesure que l'on approche des côtes, les dépôts de bois et d'ossements augmentent en nombre et en étendue. Au-dessous du sol de Yakoutsk, des troncs de bouleaux sont disséminés çà et là; mais sur l'autre rive du fleuve, ils forment des couches si riches entre la Yana et l'Indigirka, que les Youkahirs ne se servent pas d'autre combustible que de ce bois fossile. Ils le^ recueillent sur le bord des lacs, à la surface desquels flottent constamment des troncs d'arbres qui viennent du fond. L'ivoire fossile abonde également sur les bords des mers glaciales. » (Voyage d'Ermanen Sibérie, p. 279.)

Ces phénomènes peuvent être observés surtout dans les îles de Liakhow, situées sous le 75« degré de latitude, au nord de l'Indigirka. Les montagnes ligneuses de la nouvelle Sibérie, selon Hedenstrôm, se voient à 70 milles de distance. Elles se composent de couches horizontales de grès, alternant avec des lits bitumineux de troncs d'arbres jusqu'à une hauteur de 180 pieds. En gravissant ces montagnes on y rencontre partout du charbon de bois incrusté dans une gangue de la couleur de la cendre, mais si dure qu'on peut à peine l'entamer avec im couteau.

Hedenstrôm a trouvé des arbres semblables enterrés dans les fondrières des Tundras, à l'est de la Yana et bien loin de la limite actuelle des forêts. Les habitants de la contrée les appellent les arbres souterrains du temps d'Adam. Ils brûlent, mais ne flambent pas.

Dès les premières explorations faites par les Russes en Sibérie, les défenses d'éléphant ou de mammouth trouvées le long des mers polaires furent considérées comme un important article de commerce, et l'on en découvrit en grand nombre depuis les parages du Taimura jusqu'à ceux du détroit de Behring. Même au commencement de ce siècle, lorsque Erman visita le golfe d'Obi, il y a recueilli de grandes quantités de défenses de mammouth. Mais le grand dépôt de ces ossements fut découvert en 1773 dans les îles de Liakhow par le marchand dont elles portent le nom et par son associé Protodiakonow. Ces voyageurs nous rapportent que le sol, mélange de sable et de glace, contient tellement d'os de mammouth que l'on dirait que c'est la principale matière de l'île. On a retrouvé également des têtes et des cornes d'une espèce de bœuf, ainsi que des ossements de rhinocéros ; et les défenses de ces derniers, prises par les premiers explorateurs pour des griffes d'immenses oiseaux, leur servirent à fabriquer des arcs. Des têtes de daim, ainsi que des andouillers différant un peu de ceux des rennes sauvages, forment ime partie de ce dépôt. Pendant les quatre-vingts ans écoulés depuis la découverte des îles de Liakhow, les chercheurs d'ossements en ont

enlevé chaque été sans en diminuer la quantité d'une manière sensible. La gangue solidement gelée où reposent ces os fond chaque année jusqu'à une certaine profondeur, et, les laissant, à découvert, permet aux Youkahirs de les emporter. En 1821, on enleva 20 000 livres d'ivoire fossile dans les îles de la nouvelle Sibérie ; quelquesunes de ces défenses pesaient jusqu'à 480 livres. On a aussi rapporté de là les crânes, la chair et la peau d'un rhinocéros (Rhinocéros tichorinus). A l'embouchure de la Lena, on a découvert toute la carcasse'd'un mammouth dont la chair était si fraîche que les chiens en mangèrent pendant deux étés. Le squelette de l'animal est conservé à Saint-Pétersbourg, et il existe en Angleterre des échantillons de son poil, ^^'histoire de cette remarquable découverte a été consignée dans des ouvrages scientifiques et populaires. Tout récemment (dans l'été de 1866) une découverte semblable faite sur les bords de l'Yéniséi, dans le district de Touroukansk, a été l'objet de plusieurs rapports à l'académie impériale et à la Société de géographie de Saint-Pétersbourg.

Les dents d'éléphant abondent également sur le côté américain du détroit de Behring, et ont été longtemps l'objet d'un commerce entre les Esquimaux et les Tchoutkchis de l'Asie. Dans le Voyage zoologique du Herald, on lit une description curieuse des glaciers fossilifères de la baie d'Eschscholtz d'abord découverts par l'amiral Kotzebue, de la marine russe; et M. Bertholdt Seeman, botaniste du Herald, en a donné une vue. Ils sont représentés par quelques voyageurs comme étant entièrement de glace, et par d'autres comme seulement recouverts d'une épaisse couche d'eau congelée. Les fossiles occupent l'intérieur de ces glaciers, et sont recouverts plus ou moins d'une enveloppe sablonneuse ou tourbeuse. Ces os ont peu perdu de leur matière animale ; et ceux des mammouths, lorsque la substance terreuse est enlevée par des acides, laissent à découvert des membranes d'une grande beauté. Le poil adhère encore à des crânes d'éléphant ; et tout le dépôt exhule une forte odeur de charnier. Les principales espèces qu'il contient sont les suivantes :

1° Mammouth;

2«' Cheval;

3° Daim sauvage ;

k° Renne sauvage fossile;

5" Bœuf musqué fossile ;

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