‹ La mer libre du Pôle; voyage de découvertes dans les mers arctiques exécuté en 1860-1861Chapitre 3 sur 241 · IV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION

lente à venir (jue je ne l'avais d'abord espéré. Plusieurs circonstances concouraient à décourager le public, et la principale était l'idée, alors généralement répandue, que toute entreprise ayant le pôle Nord pour but devait nécessairement avorter, et n'amener d'autre résultat que le sacrifice coupable de vies utiles et précieuses.

Après plusieurs vaines tentatives, les influences favorables à mes projets commencèrent à prévaloir, et ce fut surtout, j'aime à le reconnaître, le concours de ces Associations scientifiques dont les opinions font loi dans le monde, qui donna l'impulsion à ce mouvement.

C'est devant la Société américaine de géographie et de statistique que, pour la première fois, en décembre 1857, je développai mon plan d'exploration et les moyens que je comptais employer. C'est là que, pour la première fois aussi, j'éprouvai ce découragement auquel j'ai déjà fait allusion; tous ceux qui s'intéressaient à mes desseins comprirent qu'il fallait, avant de faire appel aux amis de la science, prouver au public que le voyage proposé était, non-seulement praticable, mais encore ne présentait pas, à beaucoup près, autant de dangers qu'on pouvait le craindre.

Je me vouai à cette tâche que bien des gens croyaient sans espoir, mais j'avais vingt-cinq ans, et à cet âge on se décourage difficilement. Aidé des personnes favorables à mon entreprise, je fis annoncer que j'étais prêt à accepter l'appel des sociétés littéraires ou des Clubs qui organisaient des Conférences pour l'hiver; — les Lectures étaient alors très en vogue, et chaque petite ville parlait de ses cours avec orçueil.

Les invitations affluèrent et toutes mes heures furent employées. Les journaux littéraires et scientifiques,

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la presse, toujours prompte à propager les idées libérales et éclairées, me donnèrent leur appui cordial, et, au commencement du printemps de 1858, nous eûmes la satisfaction de constater que plusieurs des erreurs populaires sur les dangers de l'expédition aux terres arctiques étaient déjà dissipées.

Sur l'invitation du professeur Joseph Henry, je fis, dans la magnifique salle de l'Institution Smithsonienne à Washington, une série de lectures qui assurèrent à mon projet la bienveillance et le soutien du professeur A. D. Bâche, le savant et habile directeur de l'Inspection des côtes des États-Unis.

En avril 1858, je soumis mon plan à l'Association scientifique américaine et ce corps de « représentants de l'humanité » désigna seize de ses principaux membres pour former une commission chargée de s'occuper de Vexpèdition arctique.

Il ne restait plus qu'à réunir les fonds nécessaires; pour cela, des comités furent promptement organisés par la Société scientifique, l'Académie des sciences naturelles de Philadelphie, la Société de géographie, le Lycée d'histoire naturelle de New-York, l'Académie des arts et sciences et la Société d'histoire naturelle de Boston.

Ces divers comités ouvrirent des listes de souscription et le professeur Bâche, toujours le premier à encourager les découvertes scientifiques, voulut bien inscrire en tête son nomjnfluent et illustre.

Le savant secrétaire de l'Institution Smithsonienne, le professeur Joseph Henry, nous offrit généreusement plusieurs instruments scientifiques; nous fûmes aussi puissamment aidés par M. Henry Grinnell, dont le zèle et les sacrifices en faveur de l'exploration des régions arctiques

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Je HfMhcssw |itos taord à laChunlve de commerce de ftew-Tort, et à cdk de Hifladriphie; crtte dernière s*aii> fRsaa de MMBmcr «ae commissioii ponrle mèniebiit qoe les .uniftr% aoMBlifiqpM&. Je pariai anssi, dus le salle des de llBstitiit Lovdl à Bosloii^ deiant mie nomai^MmWee ifxmie par les soins de rAcadèmîe des aris et des sckaces; à cette occasîoii cA grâce à râoqnoÉl affm dke pfésâdent §ea Hiomiiahle Ed Evmlt et des pr«K femems È^^ÊSsa et W. B. Roecrs, mi nomean comité faA «■Samsë ponr coqpêicr aiec cens que J'ai dgà mentiomiés. Je cuntimMis pendent ce temps les lecfaires dont J'aTaîs retiré tant dlamnlages, car^ tant en intéressant le publie à mon entrepeîm, dles étaient aussi nne soaroe de proBt Le icsnltxt cacnflunt de denx leclnres qoe je fis les anapioes de la Sodêlé de géograpiiie est dû sans donie à Fag^ni dhalearenx que donnèiait à mcn projet les fisooorsdn Bér. Ihltetlnine^dnBév. J. P.IIiampmn, da professenr, aajonrfhm major général, Mitdiel . de M. Egiicrd lîlde, dont la guerre diîle deraiit Idire un Ivïgadfar général, et surtout celui du savant D^ lieber.

VtÊÊâH maniindtr par les géographes européens fat à peine moindre qne celui de nos assodatioas sdentifiqiMs. LYmim nt ptésideaft de la Société géograyhiqoe de Londres^ air Boderïck Inpejr Murdûson, en annonçant à ce corps projets d'une noureile expéditiMi aux répcdaires^ rifinu les voeux les plus ardents pour le

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nouveau baptême qui plus tard, à ma requête, fut confirmé par un acte du Congrès.

La saison s'avançait rapidement : nous aurions dû être partis déjà et chaque jour de relard ajoutait à mon anxiété; je craignais de ne pouvoir plus franchir les glaces de la mer de Baffîn, et choisir un lieu d'hivernage avant que les banquises n'eussent fermé tout accès. Aussi, ce fut avec la plus yive satisfaction que je vis enfin le navire amarré dans la darse de M. Kelly et les ouvriers activement occupés à le mettre en état. Pour nous protéger contre les frottements et la pression des glaces , un revêtement de bordages en chêne épais de deux pouces et demi fut cloué sur les flancs, et tout l'avant, jusqu'aux écubiers, fut recouvert d'épaisses feuilles de tôle. A l'intérieur, on renforça le schooner par de solides baux, entre-croisés à douze pieds les uns des autres, un peu au-dessous de la ligne de flottaison et fortement maintenus à l'aide de courbes additionnelles et d'entremises en diagonale; enfin, pour manœuvrer plus facilement au milieu des glaces, son gréement fut changé, et à sa mâture ordinaire on ajouta des huniers.

Pendant ces travaux indispensables, le mois de juin s'écoulait, et il était presque achevé lorsque le bâtiment fut amené au quai pour recevoir son chargement , composé en grande partie « d'ofl'randes au nom de la science. » Ces dons n'arrivant pas régulièrement , il s'ensuivait assez de confusion dans l'emmagasinage et cela suffit pour expliquer de nouveaux retards. Dans les circonstances les plus favorables, un mois n'eût pas été de trop pour armer un navire, acheter et caser une cargaison des plus variées, construire et rassembler traîneaux, canots, équipements de voyage , se munir d instruments et de tout le matériel indispensable à une exploration scientifique, bref, réunir les

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mille et une choses nécessaires à une expédition si hasardeuse et si lointaine. A nulle époque de ma vie je n'entassai plus d'anxiété et de labeurs que pendant ce long mois de préparatifs.

Le choix de l'équipage ne me fut pas un moindre souci ; les volontaires affluaient : j'en aurais eu de quoi former une escadre, le difficile était de trouver ceux que leur constitution ou leurs habitudes rendaient propres à une pareille entreprise. Le plus grand nombre n'avait jamais mis le pied sur un navire , et bien qu'ils se déclarassent prêts « à tout faire », la plupart, ainsi qu'il arrive souvent, n'auraient été capables de rien.

Je fus assez heureux pour m'assurer le concours de mon ancien compagnon de l'expédition Grinnell, M. Auguste Sonntag, revenu en 1859 du Mexique, où il dirigeait de savantes explorations qu'il m'avait proposé d'abandonner pour m'aider dans mes travaux préliminaires; nommé à son retour directeur adjoint de l'observatoire Dudley, d'Albany, il sacrifia pour m'accompagner la position avantageuse qu'il venait d'obtenir.

Le choix fait, nous étions quinze :

D' J, J. Hayes, commandant.

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