‹ La mer libre du Pôle; voyage de découvertes dans les mers arctiques exécuté en 1860-1861Chapitre 66 sur 241 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

venturer pendant l'automne à courir la mer en traîneau. Dans ces parages où elle se forme de bonne heure, la glace n'est jamais complètement raffermie avant que la longue nuit polaire soit tout à fait tombée; alors les voyages sont non-seulement tros-difticiles, mais causent aussi des fatigues excessives qui prédisposent le corps à l'invasion de cette terrible maladie si funeste aux expéditions arctiques, — le scorbut. Tous ceux qui m'ont précédé dans ces régions disent que la fin du printemps et le commencement de l'été sont les seules époques où l'on puisse entreprendre une excursion de quelque durée; si ma mémoire ne me trompe pas, deux chefs d'expédition tout au plus se sont hasardés à faire tenter l'aventure en automne, et ces essais furent aussi désastreux qu'inutiles. Les iiommes souffrirent encore plus de l'humidité que de l'extrême froid : ils se mouillaient souvent, et, découragés, exténués, ils devinrent la proie du scorbut dès que les ténèbres de l'hiver les eurent entourés; et toutes ces peines, tout ce travail furent en pure perte : au printemps suivant , les dépôts qu'ils avaient établis se trouvèrent presque tous détruits par les ours ou impropres à servir de nourriture.

Sur la terre ferme , le cas est tout à fait différent : on ne court guère risque de se mouiller, et par le froid le plus vif, je n'ai jamais éprouvé de graves désagréments dans nos excursions, aussi longtemps que j'ai pu garantir ma petite troupe de l'humidité. Il est impossible, du reste, de s'en défendre entièrement, et ce n'est pas la moindre des difficultés que rencontre le voyageur dans ces lointaines entreprises ; même par les plus basses températures, il ne peut éviter que ses habits et sa couche de fourrures n'en soient plus ou moins imprégnés, la chaleur de son corps faisant fondre la neige sur laquelle il s'étend pour dormir.

Tout le monde voulait être de ce premier voyage : j'a-

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