CHAPITRE X
divertissante en soi , peut avoir parfois quelque côté agréable, mais notre installation fut, certes, la plus triste qu'il soit possible de voir. Le thermomètre marquait — 24<* C. , et nous n'avions d'autre feu que celui de la lampe sur laquelle mijotait le hachis de gibier et chauffait le café qui composaient notre repas du soir. Personne ne put dormir. Notre tente était plantée sur le talus de la colline, au-dessus d'un amas de pierres, lit le plus doux que nous eussions réussi à trouver. Nous la démontâmes au clair de lune pour continuer notre route.
J'ai déjà décrit la gorge sauvage où il nous fallait péniblement cheminer avant d'arriver à l'endroit où Sonntag et moi avions pu escalader le glacier. Le traîneau était sans cesse arrêté court par les roches et les blocs de glace, et nos hommes durent l'alléger en prenant sur leurs épaules les vivres et les divers objets qui en formaient le chargement. Parvenus enfin à notre escalier de la veille, nous nous préparâmes à en entreprendre l'ascension.
La petite vallée où nous nous trouvions est des plus pittoresques; elle est de forme iriangulaire et un lac en occupe le centre ; le Frère John s'élevait â notre gauche ; à notre droite, un petit fleuve de glace sortait d'une gorge profonde et courait au lac après avoir contourné un immense pilier de grès rouge qui se dressait devant nous, île de pierre au milieu d'une mer de glace. Je commençai les travaux scientifiques qui étaient le but de notre eicursion par l'étude du lac lui-même. A la fin de la sai son du dégel il était rempli jusqu'aux bords et, dès les premiers froids, une épaisse couche de glace le recouvrit en entier; puis l'eau s'écoula peu à peu, laissant cette pesante voûte sans autre appui que les rochers qui lui servaient d'arcs-boutants ; aussi elle s'affaissait sous son propre poids, et telle était la pression exercée par cette table immense de son centre à ses bords, que par une tempéra-