Sherard Osborn, Discovery of ihe N. W. passage
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bord, et les éléments, si longtemps contraires, nous servirent alors si bien, qu'ils nous firent franchir en un jour l'intervalle que nous leur disputions depuis un an. Le 18 l’Investigator, ayant contourné toute la partie méridionale de la terre de Baring, relevait son extrémité ouest, le cap Kellett; le 19, nous atteignions, à deux degrés plus au nord, son promontoire nord-ouest, que j'ai désigné sous le nom de Prince-Alfred ; mais là nous attendaient de nouvelles tribulations.
« …. Dans la matinée du 20, une barrière de glace, appuyée à la côte, nous barra le chemin. Pour éviter d’être entraînés par les champs flottants, nous nous amarrâmes aussi près que possible de la terre, à un bloc de peu d’étendue, mais fort pesant, qui nous semblait solidement fixé sur un bas-fond, à environ quatre-vingts pas du rivage. C'étaitlànotre unique rempart contre les formidabies glaçons de la mer polaire, qu’un vent d'ouest poussait sur nous avec une vitesse d'un mille à l'heure. Le soir, notre position empira. Un champ flottant vint heurter le bloc qui nous protégeait et le secoua si profondément, qu'une langue de glace qui plongeait sous notre quille souleva l’Investigator d'au moins six pieds. Cependant, en tirant le meilleur parti de nos ancres et de nos amarres, nous réussimes à nous mainteir pendant ce conflit, à la suite duquel le champ flottant
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se brisa en morceaux, tandis que nous étions poussés un peu plus près de la côte.
«.…. Nous étions arrêtés là depuis plusieurs jours, lorsque dans la matinée du 29 août, les glaces commencèrent à s’ébranler. Une d'elles, d'une grande étendue, soulevant sans doute par une de ses pointes sous-marines le bloc aucuel nous étions amarrés, le redressa perpendiculaire-
ment à la hauteur de notre vergue de misaine.
On peut juger de notre anxiété en un pareil moment. Heureusement la glace flottante se fendit et dériva à droite et à gauche de notre abri qui, après plusieurs oscillations, dont chacune était pour nous une menace de mort, reprit sa position primitive; mais déraciné, par 1: choc qu'il avait subi, du fond où il était échoué, il ne tarda pas à dériver à son tour. Il nous entraîna avec lui, car la proximité de la côte nous défendait impérieusement de le quitter. Nous doublâmes nos amarres et nous suivimes cet étrange r°morqueur, en broyant sous notre carène les paquets de glaçons qu'il brisait devant ous, pendant que notre poupe soutenuit les assauts violents des masses qui se précipitaient dans notre sillage.
« Au bout de quelques heures, glaçons et navire devinrent de nouveau stationnaires. Nous profitâmes de ce moment de calme pour démonter et réparer, sur la glace même, notre gouvernail qui
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avait été fortement endommagé. Il venait à peine d’être réparé et ia nuit était venue, lorsque le mouvement de la mer recommença et nous emporta rapidement vers le delta noyé d’une large rivière, où les débris des glaces du large s’étaicnt accumulés en véritables montagnes. Pris entre cet obstacle et le bloc qui flottait avec nous, il ne nous restait que le choix de deux alternatives égalemen: ‘stes, ou un naufrage à la côte si nous coupions 1: 5 amarres, ou un écrasement inévitable si nous gardions notre position. J'eus alors recours à la ressource extrême que j'avais déjà eme ployée dans le détroit du Prince-de-Galles. J’envoyai, à travers mille périls, notre maître canonnier enfoncer un énorme pétard dans le flanc de la glace qui nous faisait obstacle. L'explosion n’y produisit que quelques légères fissures, que la pression exercée par les masses voisines rendait à peine visibles. Cependant nous n’étions plus qu’à quelques pas de l’écueil, ei l'équipage, monté sur le pont, attendait dans une solennelle anxiété l'issue de cette crise qui semblait ne pouvoir nous être q:2 fatale. Quoique l'Investigator abordât la glace directement de son avant, et que la pression eût lieu dans le sens de la plus grande force de sa membrure, la secousse fut si violente que les mâts ébranlés jusque dans leur base, les sifflements des cordages et les profonds gémissements
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de toute la charpente du navire nous annoncèérent que la lutte ne pouvait se prolonger longtemps encore. En ce moment même le càble-chaine, qui nous attachait à notre glaçon, cassa tout à coup, et plusieurs ancres chassèrent.
« Il ne nous restait plus qu’à faire lâcher toutes les amarres, et, en donnant cet ordre, je pensais qu’en peu de minutes nous serions jetés à la côte. Mais comme la plage était doucement inclinée, j'espérais que nous pourrions y trouver un asile pendant l'hiver, tandis que notre destruction serait complète si le vaisseau était écrasé entre les glaces flottantes.
« Mais avant que mon commandement püt être exécuté, la miséricorde divine intervint. Le champ de glace, ‘endu par la mine, se partagea, sous notre proue, en trois fragments qui disparurent dans l'Océan. L’Investigator, qui donnait une bande effrayante à tribord, se releva peu à peu et flotta de nouveau sans autre avarie que la perte d’une partie de sa doublure en cuivre, qui avait été roulée comme une feuille de papier.
« Après cette rude épreuve, nous fûmes de nouveau soudés dans la glace immobile, à peu près à mi-chemin entre le cap du Prince-Alfred et le cap Austin. La position était loin d’être bonne; mais nous étions en septembre, la température était redescendue à 9° au-dessous du point de
congélation. Tout annonçait qu’il fallait se préparer à subir un hivernage, même en pleine côte. Je crus devoir profiter de la sécurité relative dont nous jouissions pour faire faire à l'équipage quelques excursions dans l'intérieur des terres, où l'on rencontra de belles vallées encore verdoyantes et des traces nombreuses de toutes les variétés d'animaux propres à ces régions. Sur plusieurs points, des vestiges de campements d Esquimaux annonçaient aussi qu’à une autre époque l'île de Baring avait été habitée. C’est dans une de ces explorations qu’à environ cinq cents pieds au-dessus du niveau de la mer nous avons découvert une rangée de collines composée d'amas de bois à tous les états, depuis la pétrification jusqu'au copeau inflammable, et un bivalve grand comme une huître, mais plutôt de la forme d’une coquille, un parfait fossile. Je regarde cela commeunenouvelle preuve, s’il enfallait encore, du déluge universel; car assurément ces bois et ces coquilles n’appartiennent point à ces régions, dont le plus grand végétal est un saule nain rampant de la grosseur d'un tuyau de pipe, et qui sert de nourriture aux rennes *.
« .. Le 10 septembre, à la suite d'une pluie abondante, qui ramena subitement la tempéra-