‹ La mer polaire [microforme]Chapitre 23 sur 70 · TERRE · texte numérisé non relu

TERRE

nt hui on s - si

Hiver de 1850 à 4854.

« …. Quelques beaux jours de plus m’eussent

permis de franchir l'issue du détroit et d'atteindre

: les parages connus de l'archipel Parry, où peut- | être nous étions attendus... Cette faveur ne nous

la côte ive faie d'un vire se situavaste es imolaires les aroit au onserrd-est intage rix de perte te la donc leurs, ment ssé le

ssent ndre Jeutnous

fut pas accordée. Après avoi: consumé en vains efforts le reste du mois de septembre, après avoir fait vingt tentatives successives pour nous faire une trouée et avoir manqué de périr autant de fois, nous fümes contraints de chercher un asile pour l'Investigator dans l'échancrure d’un vaste champ de glace, auquel nous l'amarrèmes étroitement à force de câbles et de chaines. Dérivant avec notre port flottant, nous fùmes ramenés jusque derrière les îles de la Princesse-Royale. Pendant cette périlleuse navigation, le bâtiment reçu

plus d'une rude secousse et plus d’une fois fut entrainé vers les côtes du détroit; mais l’épais ra

deau qui l’entourait le préserva de toute atteinte. Dans la prévision d’une catastrophe qui nous forcerait à quitter le navire, je fis monter sur lepont des provisions pour un an et distribuer à tous les hommes de l’équipage leurs effets de campement, tels que tentes, couvertures, vêtements chauds et bottes fourrées. Pour prémunir le bâtiment lui-même contre de trop fortes avaries dans le cas où il viendrait à se renverser sur la glace, je le fis entourer d’une ceinture matelassée et composée de nos hamacs gonflés comme des outres. Cela fait et notre havre errant parfaitement :onsolidé et fixé par 21 degrés au-dessous de zér,, nous complétämes nos arrangements de ménage et nos préparatifs contre l'hiver du pôle.

« …. Le 10 octobre, accompagné du lieutenant Creswell, du docteur Amstrong, de M. Miertsching et de quelques hommes, j’ailai pédestrement pren dre possession de la terre du Prince-Albert. Cette formalité fut suivie d’une excursion dans l'intérieur qui nous y fit découvrir de profonds ravins et de grands lacs; mais ce fut en vain que, du sommet d'une colline de quinze cents pieds de haut, nous cherchàmes à apercevoir la mer de Melville. Complétement glacées, ses eaux se confondaient avec la terre dans le lointain.

« .… Notre retour au vaisseau fut marqué par un de ces accidents si fréquents dans les mers polaires. Une crevasse de près de cent mètres de largeur s'était ouverte depuis le matin entre la glace et le rivage. En vain nous suivimes celui-ci pendant plusieurs milles; l'intervalle béant et liquide était toujours le même, et cependant la nuit commençait à tomber. Nous dûmes nous arrêter et ürer des coups de fusil pour nous faire entendre du vaisseau ; mais nous étions trop loin pourètre entendus. A huit heures seulement, des gens de l'équipage, détachés à notre recherche depuis le commencement de l'obscurité, aperçurent par bonheur la lueur des derniers coups tirés, et se dirigèrent de notre côté. Après avoir sondé l'obstacle qui s’étendait entre eux etnous, ilscoururent au navire chercher deux canots Halkelt qui nous

transportèrent à l’autre bord, non sans quelque péril et sans beaucoup de peine.

« Je ne puis trop insister sur le mérite decette invention. Ces admirables petits esquifs en caoutchouc sont gonflés d’air à bord, puis transportés avec une extrème facilité sur les épaules d’un seul homme, à travers les glaces du plus difficile accès, dont les aspérités tranchantes mettraient en pièces tout autre embarcation. Grâce à eux, ce jourlà, on a réussi à sauver une troupe nombreuse qui, sans tentes, sans couvertures, sans feu et sans aliments, allait ètre exposée aux rigueurs d’une nuit arctique pendant laquelle le thermomètre tomba à 23 degrés au-dessous de zéro.

Excursions et reconnaïissances géographiques.

«Cependant ilme faïlait à tout prix constater que le canal du Prince-de-Galles (j'ai ainsi nommé le détroit‘) communiquait avec les eaux de l'archipel de Parry. C’est pourquoi je voulus entreprendre moi-même cettereconnaissance, quoique la saison tüt déjà fort avancée pour une telle excursion. Parti le 21 octobre, j'eus, le 26, l'inexprimable joie de planter ma tente par 70° 31’ de latitude et par117°delongitude, c'est-à-dire sur la ligne même

1. La plupart des géographes ont donné à ce détroit le nom de l’Investigalor, que nous croyons qu'il doit garder.

où les cartes de sir Edward Parry placent la terre de Bank, entrevue par lui en 1819, des hauteurs de l’île Melville. Ainsi mes travaux, rattachés à ceux de monillustre devancier, donnaient la solution tant cherchée du passage au nord de l’Amérique, et la côte nord-est de l'île de Baring était la terre de Bank.

a Cette découverte a été faite par une expédition de six hommes, un officier et moi, avec un traineau. Il faisait un froid mordant à cette époque avancée de l’année, d'autant que la glace sur iaquelle nous étions obligés de dormir n'était pas suffisamment couverte de neige sèche, comme elle l'est d'ordinaire au printemps, et alors on est chaudement et confortablement sous les tentes. Notre excursion heureusemen‘ à été courte ; nous n'avons mis que dix jours à faire cent quatre-vingts milles sur la glare. La fin a failli mal tourner pour moi. Le dernier jour, je quittai le traineau pour arriver un peu avant les autres au bâtiment et faire préparer quelques ravitaillements pour eux. J'avais encore environ quinze miiles à faire. Peu de temps après avoir quitté mes compagnons, j'entrai dans un épais brouillard; cependant, tant qu'il fit jour et que je pus voir ma boussole, je m'en tirai bien; mais à cinq heures la nuit vint, et je perdis mon chemin. Je me trouvai fourvoyé dans des monceaux de glace aussi difticiles à fran

terre teurs hés à solu- Améétait

ition traioque r ia- | pas elle | est iles.

lOUS ngts "ner eau ent our ire.

ns, ant

je

chir et aussi durs que des tas de pavés, et sur lesquels je trébuchais et tombais à chaque pas au risque de me briser bras, tête et jambes. Je fus obligé de m'arrêter, étant très-épuisé, car je n'avais rien pris qu'un maigre déjeuner à sept heures du matin. Je me fis un lit confortable dans

ig #Æ , nd > ed

— Es Ed ” nd J,

pes ss PAS.

2 edf = PEL Dre Re + re d rit dde

L'ile Melville vue de la terre de Bank.

la neige sous l’abri d’une large dalle de glace, en y enfonçant mes jambes jusqu'aux genoux pour empêcher mes doigts de pied de se geler. Je tombai bientôt dans un profond sommeil, d’où, à environ minuit, je fus tiré par le passage d’un brillant météore traversant le ciel; je me levai, je trouvai une nuit élincelante d'étoiles, illuminée

He eee ue

nee 2 po à

EE

ee

sé

en outre par une brillante aurore boréale, et je me dirigeai du côté du navire. Mais, ayant usé toutes mes munitions, je ne pouvais attirer l’attention du bord; alors j’errai jusqu’au jour, et je finis par découvrir que j'avais dépassé le bâti ment d'environ quatre milles. En reprenant ma route, je rencontrai plusieurs traces d'ours ; mais j'arrivai à huit heures, sain et sauf, quoiqu'il y eût 26 degrés au-dessous de zéro et que je fusse resté vingt-cinq heures sans nourriture.

« À monretourau navire, j'appris, non sans une vive satisfaction, que sept bœufs musqués, tué en mon absence par nos chasseurs sur la terre du Prince-Albert, avaient augmenté notre approvisionnement d'environ treize cents livres d’excellente viande fraîche, ressource inespérée et bien précieuse pour l'hiver.

« Cette saison si redoutable, et dont l'approche avait excité bien des craintes parmi nous, s’écoula fort doucement. Bien qu’en janvier, février et mars le froid descendit parfois jusqu’à 44° et que la température moyenne füt au-dessous de 30°, l’état sanitaire de l'équipage ne fut aucunement altéré. Point de doute que ce résultat remarquable ne fût dù à l'énergie de nos marins, à l'excellence des provisions de toute espèce que nous avions à bord,

et au bon système de ventilation de l’intérieur du vaisseau.

, et je nt usé r l’at- , etje bäti nt ma ; mais qu'il y fusse

IS une , tué rre du proviexcelt bien

roche coula mars ue la l’état Itéré, e fût e des bord, r du

« Dès les premiers jours de mars, les préparatifs de 1a campagne de 1851 furent commencés, Je fis d’abord transporter sur une des iles de la Princesse-Royale une grande chaloupe avec trois mois de vivres, afin que si l’Investigaltor venait à être écrasé au moment de la rupture des glaces, son équipage conservâtles moyens d'atteindre le Plover dans le détroit de Behring. Une autre chaloupe fut aussi disposée sur le rivage de la terre du Prince-Albert, afin de servir aux divers détachements qui pourraient se trouver, à leur retour, séparés de leurs compagnons par la dérive ou la destruction du navire.

« Le 18 avril, par un beau temps, trois détachements, organisés à l'avance et pourvus chacun d'un traineau chargé de provisions pour six semaines, s'éloignèrent dans trois directions. Le premier, sous la conduite du lieuteuant Creswell, avait pour mission l'exploration de l’île de Baring. Le lieutenant Haswell, avec le second, devait longer les rivages méridionaux de la terre du Prince- Albert, duns la direction de la terre de Wollaston. Enfin, je chargeai M. Winniat, l’un de nos contremaitres, de reconnaitre la partie septentrionale des mêmes terres, et de s'avancer autant que possible vers le cap Walker. »

Entre cette date et le 10 juin, le lieutenant Cres-

vell parcourut l’île de Baring dans toute sa lon-

F ; ne mana iréessinnnmencrien tre trtertendit enter. je NME

gueur, de près de quatre-vingts lieues, et pénétra dans sa largeur jusqu’au 125° méridien. Le voyage de M. Winniat, qui dura cinquante jours, se prolongea droit à l’ouest le long d’une même ligne de côtes, sur : », de 10° de longitude. On a su depuis que, le 24 mai, lorsqu'il se décida à rétrograder, il ne s'était trouvé qu’à deux journées de marche du lieutenant Osborn (de l'expédition Austin), qui, la veille, ayant épuisé plus de la moitié de ses vivres, avait pris également le parti de rétrograder vers les vaisseaux stationnés dans le détroit de Barrow.

Une circonstance presque identique se rattache à l’exeursion d’où le lieutenant Haswell était revenu dès le 29 mai. Ayant suivi les rivages occidentaux de la terre d'Albert, et traversé deux de ces golfes étroits et profonds qui abondent dans ies parages arctiques, et que les marins ont souvent pris pour des détroits, il termina sa course à un point où le docteur Rae, venant des établissements de la baie d'Hudson, a dù parvenir quelques jours après lui.

L. Dès l’été de 1849 le docteur Rae avait tenté de remplir la mission dont l’avait chargé M. Richardson, forcé de retourner en Angleterre. Mais pendant taute cette saison et la suivante Pétat des glaces et des courants dans le détroit du Dauphin lui présentèrent un obstacle infranchissable, Avec une persistance qu’on ne saurait trop admirer, il revint à la charge en 1851, et

; pénétra voyage , Se prome ligne On a su à rétros rnées de ion Ausa moitié ti de rédans le

rattache était rees OCCideux de nt dans ont soua course établisir quel-

remplir la retourner à suivante uphin lui ersistance

1651, et

Tribu nouvelle d'Esquimaux,

Les rivages qu'il avait parcourus étaient fréquentés par des Esquimaux qui y venaient chasser les veaux marins ; faute d'interprète, il n'avait pu entrer en communication utile avec eux. Cette circonstance détermina le capitaine Mac Clure à partir au plus vite avec M. Miertsching et quelques hommes pour aller à la recherche de ces nomades et tâcher d’en obtenir quelques renseignements.

A la vérité, ces côtes du détroit autour des îles de la Princesse-Royale présentaient, sur un grand nombre de points, des traces d'établissements d'Esquimaux; mais ces ruines, si on peut donner

le 10 juin de la même année put mander à sir George Simpson, gouverneur des établissements de la baie d'Hudson :

« J'ai l’honneur de porter à votre connaissance que je viens d'arriver aujourd’hui même à la station de la rivière Kendall, revenant des parages arctiques avec les deux hommes qui m'accompagnaient. J'ai exploré les rivages de la terre de Wollaston sur 7 degrés de longitude et sur près de 2 de latitude, sans y découvrir de détroit ou de passage conduisant au nord, sans y trouver les moindres traces de l'expédition de Franklin, sans même pouvoir obtenir le plus léger renseignement sur son compte de la part des Esquimaux avec lesquels j’ai communiqué, créatures douces et inoffensives que la pêche et la chasse font vivre äans une abondance relative au sein de ces régions perdues.

« L’aller et le retour de mon voyage comprennent quarante jours et un parcours de 942 milles (plus de 400 lieues). »

ER { j | { Ë

A sa En Nm

ce nom à de pareils vestiges, étaienttrès-anciennes et couvertes de mousse ; de plus, aucun des indigènes du nord de l'Amérique, avec lesquels l’Invesligator avait eu des rapports l’année d’avant, n'avait la moindre connaissance d’une terre habitée dans la direction du nord-est.

Partis le 30 mai, le capitaine et M. Miertsching atteignirent le 2 juin le campement qu'ils cherchaient, à l'extrémité sud-est du détroit, sur une sorte de presqu'île qui sépare celui-ci de l'entrée de Minto. L'établissement nomade consistait en cinq tentes, occupées par quelques hommes, cinq femmes et un nombre proportionné d'enfants.

La plupart des hommes faits étant à la chasse lors de l’arrivée des hommes blancs, ceux qui restaient ne surent répondre aux premiers saluts de M. Miertsching que par un cri unanime de : « Oh! peur! peur! vous nous faites grande peur!» Assertion naïve que certes ne démentaient ni le son de voix ni la contenance de ces pauvres gens. Néanmoins, leur terreur se calma bientôt devant les assurances réitérées et les protestations amicales des Anglais. Un des chasseurs absents revint sur l’entrefaite. Mac Clure le dépeint comme un beau, grand, actif et vigoureux sauvage, portant sur ses épaules un arc et des traits, et tenant à la main unlarge couteau de chasse encore bien affilé ; il était bien vêtu en peau de phoque, et ses mem-

nciennes des indiuels l’In-

d'avant, terre ha-

ertsching ils chersur une e l'entrée istait en nes, cinq fants.

la chasse ceux qui rs saluts nime de :

de peur! »

ent ni le res gens.

Ôt devant ons amints revint omme un , portant nant à la en affilé ; ses MeEM-=

bres inférieurs, dont les proportions auraient fait envie à un beau fils de l’Europe, étaient protégés par des mocassins et des hauts-de-chausses d’un travail parfait. Bref, sa tenue, sa confiance, sa franchise et ses manières cordiales impression nèrent vivement les kablounas, ses hôtes, et le signalèrent à leur estime comme un remarquable spécimen de cette race hardie de nomades, dont la vie n'est qu'un combat contre la nature marâtre de ces froides régions.

Tous les individus de ce petit clan étaient de simples et honnêtes créatures. Sans propension pour le vol, ce vice si commun chez les sauvages, ils se hâtaient d'offrir, en échange de chaque présent qu'ils recevaient, les objets de leur chétif mobilier qu'ils supposaient être agréables à leurs hôtes. Le capitaine ayant passé un mouchoir d: laine rouge autour du cou d’une jeune fille, celle . courut demander à l'interprète ce qu’elle devait donner en échange; et lorsque M. Miertsching lui eut fait comprendre que ce n'était de la part du chef kablouna qu’un hommage purement gratuit rendu à sa jeunesse, elle trouva, pour exprimer sa gratitude, quelques parolestout à faitgracieuses, et un sourire que lui eût envié une Européenne. Puis elle demanda à quelle espèce d'animal avait appartenu cette dépouille.

«a... Avant notre arrivée sur ces côtes, dit Mac

Clure, ils n'avaient jamais vu d'homme blanc. C'est la race ‘a plus intéessante que j'aie jamais rencontrée. Elle vit uniquement de chasse et ne possède pas d'autres armes que celles que nécessite cet exercice. Les passions les plus violentes de notre nature lui semblent inconnues. Elle m'a rappelé l'idéal charmant de l'homme tout fraîchement sorti des mains du Créateur et non encore souillé par le contact de la civilisation trop vantée. Il est certain au contraire que tous les sauvages qui trafiquent avec la compagnie maudite de la baie d'Hudson sont les plus grands réprouvés de la terre.

« Chose remarquable ! leur langage ne diffère en rien de celui que parlent leurs congénères des côtes du Labrador. Aussi, grâce à notre excellent interprète, nous apprimes de ces braves gens que la côte sud-ouest de la terre du Prince -Albert se prolonge, en contournant beaucoup degolfes, jusqu’en face du continent américain, que nos Esquimaux appellent Nunavaksaraluk. C’est donc cette même côte qui, entrevue en 1821 et 1826 par Franklin et Richardson, visitée en 1839 par Dease et Simpson, et plus tard par M. Rae, a reçu de ces voyageurs la double appellation d’île de Wollaston et de terre Victoria.

« Suivant leur rapport, toute cette région abonde en gibier, et le nombre de leurs compatriotes s’ac-

blanc.

jamais e etne néceslentes le m'a aîcheencore ) vans sauaudite ouvés

diffère 2s des ellent s que ert se , jJussquicette ) par Dease e ces Ilas-

onde s’ac-

croît à mesure qu’on descend vers le sud. Ils peuvent même tracer de toutes ces lignes de côtes une esquisse assez exacte, et ils se servaient du papier et du crayon aussi bien que s'ils eussent été habitués aux questions hydrographiques".

L'été dans le détroit.

« Aux approches de l'été, les marins de /’Investigator ne voyaient nas venir sans une anxiété profonde le moment où devaient se disjoindre les masses formidables qui les protégeaient tout en les retenant captifs. Le 7 juillet, le premier signe du dégel se manifesta par un intervalle liquide qui se forma le long du rivage de la terre du Prince-Albert; puis, sous la double influence de la pluie et de la température remontée à 7° audessous de zéro, la glace fondis si rapidement que le 14 elle s’ouvrit subitement et silencieusement autour du navire, toujours enfermé dans son havre de quarante pas de largeur au centre du champ de glace qui nous servait d’asile depuis neuf mois. Sa dissolution graduelle nous rendit libres le 17, mais presque aussitôt le voisinage de plusieurs autres champs flottants nous obligea

1. Le capitaine Collinson, qui hiverua quelques mois plus tard avec son vaisseau l'Entreprise, dans les mêmes parages, ne cessa d’entretenir les meilleurs rapports avec cette petite tribu.

à chercher l'abri de l’un d'eux et à nous y amarrer.

« Le mois de juillet est sous le 70° de latitude « le cœur de l'été. Pendant que les marins de “ l’Investigator luttaient dans le détroit contre les vents régnants et les courants chargés de glaçons, le blanc linceul de l'hiver faisait place sur les terres des deux rives à des teintes rousses et brunes. Les ravins qui avaient retenti des détonations et des mugissements des avalanches, étaient rentrés dans un silence rclatif; la débàcle ayant cessé, les eaux roulaient avec de modestes murmures entre leurs hautes berges. De loin en loin, dans l’intérieur des terres, le long - des arêtes de queique picélevé, de longues raies blanches indiquaient les irradiations de glaciers impénétrables à la chaleur. Mais sur les pentes opposées au soleil, dans les vallons abrités, : l'humble Flore du Nord étalait ses richesses éphémères, ses épais tapis de lichens et de « mousses, auss: variés en espèces qu’en couleurs. Là, les charmantes corolles d’or de l’anémone et du pavot, les boutons pourprés de la saxifrage, les blanches fieurettes de la plante nommée orgueil de Londres, et les feuilles légèrement rosées de l’oseille, s’épanouissent pêle-mêle au sein de la riche verdure du saule nain, caressent l’œil du voyageur et reporient sa pensée

amar-

atitude ins de tre les de gla- L place rousnti des nches, à débàle moes. De e long s raies Laciers pentes brités, esses et de leurs.

pne et frage, ée ort role au aresnsée

vers quelque coin chéri de sa terre natale, où les fleurs, les arbres, le gazon, dépassant incompa-

. rablement la beauté de ce qu’il a devant lui,

n’ont pourtant jamais été aussi bien appréciés de son cœur.

« Le pluvier, le phalarope et le bruant élèvent là leurs petits, loin des regards de l’homme. Autour des berges des petits lacs formés dans tous les plis du terrain par la fonte des neiges, des palmipèdes de toutes sortes, le grand et le petit eider, le plongeon, le bernache, viennent dresser leurs nids en dépit du renard rôdeur et de l'oiseau-pirate, cherchant l’un et l’autre leur provende, lepremier parmi leurs oiseaux adultes,

«le second parmi les œufs; tandis que sur cha-

que saillie de quelque roc chenu, dont la paroi à pic exposée au midi garantit l'existence d’une eau libre et profonde à sa base, des bandes de

. mouettes criardes, de goëlands et de manchots

tiennent une bruyante assemblée. A cette époque de l’année, il n'y a pas de nuit pour interrompre ces scènes. Pendant douze heures, le soleil monte, monte dans la partie méridionale du ciel, puis pendant douze autres il s'incline vers l'horizon, sans y toucher. Alors il n’y a pas plus de ténèbres qu’il n’y a de lumière pendant la longue nuit de l'hiver. Il ne faudrait pas

« en inférer pourtant qu'à cette époque de l’année

« on ne peut apprécier, dans les régions arctiques, « les ténèbres qui séparent la portion du jour « consacrée au travail, de celle que réclame le re- « pos. De huit heures du soir à quatre heures du « matin, en dépit du soleil nageant dans les cieux, « on remarque un changement sensible. La lu- « mière est moins intense, les teintes de la mer « et de la terre sont moins vives, et les om- « bres moins tranchées ; les oiseaux cherchent « alors leurs perchoirs habituels comme s’il était « nuit : la nature entière se repose évidem- « ment.

« Rien n’est attrayant comme cette nuit polaire

« qui n’est pas une nuit, mais un long et doux « crépuscule qui, semblable à une écharpe d’ar- « gent, unit le jour présent au lendemain, à « l'heure où le matin et le soir trônent ensemble,

« se tenant par la main sous l’azur limpide et « non étoilé de minuit.

« Ceux qui ont contemplé une fois un tel spec-

« tacle ne l’oublient jamais, et quoique les souf-

« frances qu'entraîne une visite au théâtre où l’on « peuten jouir, soient bien capable d’amortir l’en- « thousiasme, il n’est point d'hommes, même « parmi les moins accessibles aux impressions du « grand et du beau, qui, en présence des merveil- « les de ces lointaines régions, n'aient été amenés

« à confesser la vérité frappante de ces versets

« bibliques qui décrivent la création, et en dé- « clarent toutes les phases honnes et parfaitest, »

Tentatives vaines® L’Envrestigator contourre l'ile de Baring,.

« À partir de cet instant jusqu’au milieu du mois d'août, ce ne fut à bord de l’Investigator qu'une lutte continue contre les glaces, les vents et les courants, ceux-ci nous ramenant toujours vers le sud, et le vaisseau s’efforçant toujours de se frayer un chemin vers l'issue nord-est du détroit.

« Le 16 août, nous n'en étions plus qu'à huit ou neuf lieues à peine; mais là une banquise impénétrable barrait le canal dans toute sa largeur, et la saison était trop avancée pour nous permettre d'espérer la rupture de cette barrière.

« En face de cet obstacle insurmontable, considérant que derrière nous la mer était parfaitement libre, je pris la résolution de revenir sur mes pas vers le sud, de doubler le cap Nelson, et de chercher, le long de la côte occidentale de Pile Baring, un passage au nord, entre la terre et la banquise.

« Sans plus délibérer, je hs aussitôt revirer de

Page 1