‹ La mer polaire [microforme]Chapitre 3 sur 70 · ARR ARR ST ENT CS · texte numérisé non relu

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John Franklin, ou à toute personne faisant partie de l'expédition, que les baleiniers n'ayant pu pénétrer jusqu’à l’ouest de la baie de Baffin, il n'y avait à attendre d'eux aucun secours; il leur était ensuite recommandé de se diriger vers le port Léopold, où mon intention était de former un dépôt de provisions et peut-être de faire hiverner l’Investigator.

« Cet engagement pris, il fallait le tenir; mais déjà, chaque nuit le thermomètre tombait à 9° ou 10° centigrades sous zéro, et la glace nouvelle se formait si rapidement dans les interstices de la vieille banquise, qu’il nous fallut plusieurs jours d'efforts pour gagner le port désigné. Nous étions déjà au 11 septembre, et si nous n'avions pas atteint le mouillage ce jour-là, il nous eût été impossible d'y pénétrer plus tard; car, pendant la nuit, la grande banquise venant se réunir à la terre, ferma hermétiquement l'entrée du havre et nous força à y prendre nos quartiers d'hiver.

« Quoique je ne pusse être qu'extrèmement contrarié du peu de progrès que nous avions faits dans cette première saison, cependant nous devions remercier la Providence de nous avoir permis d'atteindre des quartiers d'hiver sûrs dans le port Léopold; cette position était, de toutes, la

plus convenable, si l’on en avait eu une à choisir

pour cet objet; car, se trouvant à la jonction de quatre grands canaux, le détroit de Barrow, le détroit de Lancastre, celui du Prince-Régent et le canal de Wellington, il était presque impossible que des équipages, après avoir abandonné leurs navires, passassent le long des côtes d'aucun de ces bras de mer sans remarquer des indices de notre voisinage.

« L'hiver se passa comme tous les hivers de ces climats; mais une longue expérience et l'esprit libéral qui avait présidé à l'expédition nous avaient pourvus de bien des ressources, et, par suite, d’un bien-être dont n'avait joui aucune autre expédition ; et pourtant il est à remarquer que la santé de l'équipage eut plus à souffrir durant cet hiver qu’en aucune autre circonstance. Le peu de succès de nos tentatives a pu contribuer à abattre l’ardeur de nos hommes, et malheureusement les froids de l’hiver se sont prolongés, d'une manière inaccoutumée, fort avant dans le printemps, avant qu’on ait pu diriger cette ardeur vers de nouveaux efforts.

« Pendant l'hiver nous primes dans des piéges une grande quantité de renards blancs vivants. On sait que ces animaux traversent d'immenses étendues de pays pour chercher leur nourriture Je fis river à leur cou des colliers de cuivre sur lesquels on avait gravé l'indication de la position

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LA MER POLAIRE. 19 des navires et des dépôts de vivres, et je Les fis mettre en liberté, dans l'espoir que ces messagers

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gnements à l’Érèbe et à la Terreur ; car il n’y avait pas à douter que les équipages de ces navires ne fussent très-empressés à prendre ces animaux s'ils les voyaient.

« Après quelques courses préliminaires faites en avril et dans les premiers jours du mois suivant, pour aller former de petits dépôts de vivres à l’ouest et au sud de notre position, je quittai les navires le 15 mai avec un détachement composé du lieutenant M’Clintock et de douze hommes. Nous avions pris pour quarante jours de vivres qui furent attachés, ainsi que des tentes, des vêtements, des couvertures et d’autres objets nécessair 2s, sur deux traineaux.

« La côte septentrionale du North-Somerset borde le détroit de Barrow jusqu’au cap Bunny, où elle tourne brusquement vers le sud. Des hautes falaises qui avoisinent ce cap élevé, la vue s'étend à l'ouest jusqu’au cap Walker, sur l'île Russel, au nord jusqu'au canal de Weilington. Tout cet espace, au moment où je le contemplai,

4 était occupé par un amas effrayant de montagnes

et de masses de glaces amoncelées, tandis que du côté du midi la mer gelée o‘frait une «‘rface comparativement unie et plus favorable pour voyager.

20 LA MER POLAIRE Je me décidai, en conséquence, à ne pas diviser ma troupe comme j'en avais eu d’abord l’intention, et à suivre les sinuosités de la côte dans la direction du sud : +. tous mes hommes réunis. Bien nous prit de cette résolution; car bientôt beaucoup d’entre eux, estropiés et affaiblis, ne purent plus nous être de la moindre utilité, et la nécessité où nous fûmes de porter les plus malades sur les traîneaux et de nous priver des services de plusieurs autres qui avaient à peine la force de nous suivre, ajouta outre mesure à la fatigue de ceux qui étaient encore en état de travailler.

« Cette circonstance, jointe à la diminution de nos provisions, plus qu'à moitié consommées, mit un terme à notre exploration de la côte. Nous étions alors au 5 juin.

« Donnant un jour de repos au gros de ma troupe, je m'avançai, avec les deux plus dispos de mes hommes, jusqu’au promontoire le plus méridional qui füt en vue de notre campement. Il est situé par 72° 38’ de latitude nord et 98° de longitude à l’ouest de Paris. L'état de l’atmosphère était on ne peut plus favorable, et l'œil eût facilement distingué à cent milles une hauteur

un peu considérable. Le cap le plus élevé que nous eussions en vue dans le sud n'était pourtant pas à plus de la moitié de cette distance, et plus loin la côte se dirigeait vers le cap Nico-

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las Ie, point le plus septentrional que j'eusse atteint en 1832, lorsque j'accompagnais sir John Ross sur la Victory. Certes il fallait que mon escorte füt tout à fait hors de service pour que je renonçasse à visiter de nouveau ce cap, ainsi que le pôle magnétique qui en est voisin. Nous érigeâmes ensuite un cairn ou grand tas de pierres sur un mamelon situé juste au-dessus de nos tentes, et l’on y plaça uu cylindre de cuivre contenant le détail de nos opérations et tous les renseignements nécessaires pour guider ceux des hommes de sir John Franklin qui pourraient arriver sur cette partie de la côte.

« Quoique nos ressources ne nous permissent pas de prolonger davantage nos investigations, nous eümes du moins la satisfaction d’être sûrs que, si ceux que nous cherchions avaient jamais paru sur la côte nord ou la côte ouest du North- Somerset, nous en aurions trouvé quelques traces. S'ils avaient abandonné leurs navires dans les parages de l’île Melville, ils auraient dù arriver sur ces côtes longtemps avant cette époque ; et là, ils nous auraient trouvés dans la position la plus favorable pour leur prèter assistance et lesconduire à nos bâtiments.

« Nous nous étions mis en route pour retourner à nos quartiers d'hiver, dans la soirée du 6 juin; après avoir surmonté une foule de difficultés inhé-

rentes au sol et au climat, nous rejoignimes les navires le 23 du même mois. Le détachement était tellement abimé par la fatigue, que chacun des hommes qui le composaient resta entre les mains du docteur pendant trois semaines, pour un motif ou pour un autre; et j'ai le regret d'ajouter que deux d’entre eux ne sont pas encore rétablis au moment où j'écris.

« En mon absence, le capitaine Bird et le lieutenant Mac Clure avaient fait explorer quelques points des deux côtes de l'entrée du Régent et des rivages nord du détroit de Barrow. Tous ceux qui faisaient partie de ces détachements revinrent, comme nous, affectés d'ophthalmies, d’entorses ou de débilité, mais sans avoir trouvé la moindre trace de l'expédition perdue.

« Le temps s’écoula sans amener de résultats satisfaisants ; nos équipages, affaiblis par des efforts incessants, étaient dans une situation peu favorable pour entreprendre les pénibles travaux qu'ils avaient encore à accomplir. La saison était tellement arriérée qu'on pouvait à peine apercevoir une flaque d’eau sur toute la surface glacée du port, si ce n’est le long de la ligne de gravier qui avait été entraînée vers l'entrée pendant l'hiver. Aussi y avait-il peu d'apparence que nous pussions nous dégager pendant l'été dans lequel nous entrions.

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« Tous les hommes valides commencèrent à scier la glace pour augmenter la largeur du canal, de manière à permettre aux navires d’y passer, et d'atteindre la pointe du port qui était à une distance de plus de deux milles.

« Ces travaux se poursuivirent jusqu'au 15

août ; le canal était alors presque terminé, et la glace du port se rompit dans sa direction en deux parties presque égales, ce qui nous épargna quelques jours de travail. La glace du large paraissait encore aussi solidement fixe que pendant l’hiver, mais nous pümes voir qu'elle diminuait le long des côtes, et, le 28 août, nous réussimes à nous dégager du havre: Nous y laissâmes une cabane solidement construite avec nosespars de rechange, des vivres pour douz mois, des combustibles et la chaloupe de l’Investigator, que j'avais fait allonger de sept pieds.

« Dans la prévision du passage en ce lieu de l'expédition de sir John Franklin, ces ressources devaient lui servir à atteindre les établissements danois du Groënland, ou nous procurer le même

secours dans le cas où quelque malheur arriverait à nos navires sur la route de l’ouest.

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