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voir plus loin encore la rangée de montagnes qui la couronnent; elles étaient fort hautes, arrondies et non coniques à leur sommet comme celles qui l'avoisinaient, quoique peut-être ce changement apparent provint de la distance, car il remarqua que leurs ondulations se perdaient insensiblement à l'horizon.
La plus haute élévation du point d'observation où il fut obligé de s'arrêter lui parut detrois cents pieds au-dessus de la mer. De là il remarqua, à six degrés ouest du nord, un pic très-éloigné tronqué à son sommet comme les rochers de lu baie de la Madeleine. Nu comme la roche vive, il était strié verticalement avec des côtes saillantes. Nos estimations réunies lui assignent une élévation de 2500 à 3000 p'eds. Ce pic, la terre la plus septentrionale connue, a reçu le nom du grand pionnier des voyages arctiques, sir Edward Parry.
Ce ne fut pas sans grande joie que dans la scirée du 10 juillet, me promenant avec M. Bonsall, j’entendis dans le lointain la voix des chiens. Généralement ces fidèles serviteurs, encore à de grandes distances, annonçaïient leur bienvenue par des aboiements à plein gosier, et se précipitaient avec une telle vitesse que leurs cris ne les précédaient que de peu; mais il n'en fut pas de même avec ces voyageurs fatigués. Hans et Mor-
ton se trainaient à côté de leur meute; ils furent longtemps avant de goûter complétement le repos et le confort que leur offrait le navire.
Adieux et départ.
Le reste de l’été se passa sans dégager notre bàtiment, et l'hiver 1854-55 nous retrouva bloqués dans le havre de Rensselaer par les mêmes glaces que l’année précédente. — Cet hiver nous soumit aux mêmes épreuves que le premier, et quoiqu'il nous trouvât peut-être plus préparés à lerecevoir, il nous laissa plus affaiblis. Pendant sa durée, nous perdimes deux de nos compagnons par la maladie. Un troisième, Hans le Groënlandais, déserta et s'enfuit dans un clan lointain d'Esquimaux, préférant leur genre de vie aux chances de notre avenir.
Avril et mai revinrent sans apporter de changement à notre situation. En juin, nous reconnümes la nécessité d'abandonner notre navire. Dès lors, il n'y avait pas à hésiter; il nous fallait préparer nos bateaux pour un long et nérilleux voyage; ils étaient si petits, si chargés, en simauvais état, qu’ils pouvaient à peine justifier notre espoir de les voir flotter. En attendant, un vent du sud-ouest, chargé de pluie, amoncela des nuages sombres sur la baie, et sembla nous me-
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Vue de la côte N, O. du chenal Kennedy.
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nacer d'un emprisonnement forcé sur notre pré: caire plage de glace.
…. 18 juillet. — Les Esquimaux nous ont rejoints ; ils sont tous venus pour nous dire adieu : Metek, Nualik, Myouk, et Nessarak, et Tellerek, et Sipsu, et... Je pourrais les nommer tous; eux aussi nous connaissent bien, nous avons trouvé des frères sur cette terre désolée.
Je suis à prendre mes notes, les enfants euxmêmes viennent me parler : « Kuyanake, Kuyanake, Nelegak Soak, merci, merci, grand chef. » Metek entasse devant nous des oiseaux comme si nous devions éternellement manger, et la pauvre Aninguah pleure à l'entrée de ma tente, s'essuyant les yeux avec une peau d'oiseau.
Il y en a vingt-deux autour de moi, et en voici venir encore. Des enfants de dix ans poussent devant eux des traineaux où se trouvent les babys. La tribu tout entière campe sur la plaine de glace.
Nos amis nous ont toujours considérés comme leurs hôtes. Sans eux nos tristes préparatifs de voyage auraient duré quinze jours de plus, et nous
étions tellement en retard que nos chances de sa-
lut pouvaient se mesurer sur les heures.
Le vol est le seul reproche sérieux que nous ayons eu à leur faire. Ils ont peut-être médité la trahison, et j'ai lieu de croire qu’à notre arrivée,
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| étant sous l'empire de craintes superstitieuses, ils ont pensé à nous tuer; mais rien de ce sentiment
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Le fils de Metek.
ne subsistait depuis longtemps. Nous nous étiors si bien pliés à leur manière de vivre, nous leur avions donné une si franche hospitalité dans notre pauvre navireet pendant leurs chasses à l'ours
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que toute trace d'inimitié avait complétement disparu.
Le pouvoir qu’ils m'attribuaient comme angekok, ou sorcier, pouvoir confirmé par ma carahine à six coups, ne fut peut-être pas d'abord sans quelque influence sur cette amitié, mais jamais amitié ne devint plus sincère. Dans les derniers temps, des objets du plus grand prix pour eux gisaient épars de tous côtés; ils les virent et ne dérobèrent pas même un clou.
La veiile du départ, étant venu à leur parler du respect qu'ils avaient pour tout ce qui nous appartenait, Metek me répondit par deux courtes sentences qui résumaient toute sa morale : « Vous nous avez fait du bien. Nous n'avons pas faim, nous ne voulons pas voler. Vous nous avez fait du bien, nous voulons vous aider, nous ‘sommes vos amis. »
Ce fut une scène touchante que la distribution de nos présents d'adieu; à l’un une scie ou une lime, àl’autre un couteau, à tous un souvenir de nous. Les chiens furent donnés à la communauté, excepté Toodla Milk et Withey, je ne pouvais me séparer de ces animaux, les chefs de notre attelage.
Il ne nous restait plus qu’à faire nos derniers adieux à ce peuple confiant. Je leur parlai, comme on parle à des frères, leur disant que par delà
il : 224 LA MER POLAIRE,
les glaciers, par delà la mer ils trouveraient un pays leur offrant plus de ressources, où les jours étaient plus longs, où il y avait plus de pêche et de chasse,
Lil Je leur donnai des croquis de la carte jusqu’au HAN cap Shackleton, indiquant les promontoires, les | terrains de chasse et les meilleurs campements, depuis Red-Head jusqu'aux établissements danois. Ils m'écoutèrent avec un intérêt profond, se lançant de temps à autre des coups d’œil fort significatifs. Je ne serais pas étonné d'apprendre un jour qu'ils eussent tenté ce voyage avecHans pour chef. Ce fut par la douce lumière d’un dimanche ! soir, après avoir halé à grand'peine nos bateaux à ; travers les glaçonsentassés, que nous noustrouvämes dans la mer libre et ouverte. Avant minuit, nous avions lancé Éric le Rouge, poussétrois hourras en faveur du retour et déployé tous nos pavillons.
Quatre cents lieues sur la glace,
M° Gary, Petersen, Dickey, Stephenson, Whipple et moi nous étions dans /a Foi; Brooks était à bord de l'Espérance avec Hayes, Sontag, Morton, Blake et Goodfellow; l'équipage de l’Éric se composait de Bonsall, de Riley et de Godefroy.
Mais nous ne devions pas partir encore; latempête qui se préparait depuis longtemps poussait avec violence la mer contre la glace qui nous abritait et nous obligeait à nous retirer à mesure qu'elle brisait cet abri. La mer devint de plus en plus furieuse ; il fallut nous éloigner plus encore et reculer pas à pas devant la glace, qui éclatait, soulevée par les flots. Faudra-t-il abandonner tout espoir de nous embarquer? Nous traînons nos embarcations, à environ un mille de la mer, sous un grand iceberg emprisonné au milieu d’une plaine de glaces.
La tempête nous poursuit même jusque-là; toute la nuit il vente d'une manière épouvantable, et notre asile, l’iceberg, disparait au milieu de la glace brisée en éclats. De nouveau nous devons haler les embarcations, et nous ne nous arrêtons que près d’un autre iceberg, sur les pentes inclinées duquel je savais que nous trouverions un abri au cas où viendraient à se soulever des lames de fond qui nous eussent été fatales. La plaine de glace tout entière craquait, et nous la sentions vaciller sous nos pieds.
Ilest heureux que je ne mesois pas rendu au désir qu’avaient mes hommes de prendre la mer : nous eussions été balayés par la tempête sans aucune chance de salut.
La tourmente cessa enfin, la mer redevint aussi
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caime que s’il n'y avait pas eu d'orage, et, le
mardi 4% juillet au matin, nos trois embarcations
se mirent en route. Le vent fraîchit au moment
où elles doublaient la pointe ouest du cap Alexan-
dre ; nous tàächämes d'aborder à l’ile de Suther-
land, mais une ceinture de banquises escarpées
nous fit renoncer à notre projet; nous nous dirigeâmes vers Hakluyt; ce fut un rude passage : la mer était courte, poussée par un vent de sud-est; elle emplit d’eau {a Foi, l'Éric-le-Rouge coula bas, et ce fut à grand’peine que nous pümes le prendre à la remorque. Le vent tournait à l’ouest. Avec nos embarcations nous ne pouvions songer à faire face au temps. Je jetai un ‘egard rapide autour de moi, et, profitant de l'expérience acquise dans la précédente expédition, au détroit de Wellington, nous nous engag âmes dans un chena: ouvert au milieu des floes rompus.Tantôt nous poussant avec nos gaffes, tantôt faisant glisser nos embarcations sur la glace, nous atteignimes enfin l’île de Hakluyt.
Malgré des barrières de glace presque aussi abruptes que celles de la veille, nous réussimes à mettre nos cenots à terre. Il neigea toute la nuit. On fit une tente pour les malades, et à notre repas de poussière de pain et de suif nous pûmes joindre quelques oiseaux.
Le 22 au matin, nous poussâmes en avantàätra-
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