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En effet, le brouillard venant à se dissiper en partie, les voyageurs aperçurent, à leur grand étonnement, au milieu du détroit et à moins de deux milles sur leur gauche, un chenal d’eau li. bre; Hans ne pouvait en croire ses yeux, et sans les oiseaux qu'on voyait voleter en grand nombre sur cette surface d’un bleu foncé, Morton dit qu’il n'y aurait pas ajouté foi lui-même.
Le lendemain, la bande de glace qui les portait entre la terre et le chenal ayant beaucoup diminué de largeur, ils virent la marée monter rapidement dans celui-ci. Des glaçons très épais allaient aussi vite que les voyageurs, de plus petits les dépassaient, avec une marche d’au moins quatre nœuds. D’après les remarques faites par eux dans la dernière nuit, la marée, allant du nord au sud, entrainait peu de glace. Celle qui courait maintenant si vite au nord semblait être la glace brisée autour du cap et sur le bord de la banquise, Le thermomètre dans l’eau donnait 36° 22, du thermomètre de Fahrenheït, c'est-à-dire quatre degrés au-dessus du point de congélation.
Après avoir contourné le cap, qui est marqué sur la carte du nom d'André Jackson, ils trouvèrent un banc de glace uni à l’entrée d’une baie, qui a reçu depuis le nom du célèbre financier américain Robert Morris. C'était une glace polie,
sur laquelle les chiens couraient à toute vitesse.
Là le traineau faisait au moins six milles à l’heure. Ce fut le meilleur jour de marche de tout le voyage.
Quatre escarpements se trouvaientau fond et sur les côtés de la baie, puis le terrain s’abaissait, se dirigeant en pente vers une banquise peu élevée, offrant une large plaine entre de longues pointes et coupée de quelques monticules. Un vol de cravants (anas bernicla) descendait le long de cette basse terre, beaucoup de canards couvraient l’eau libre. Des hirondelles, des mouettes de plusieurs variétés, tournoyaient par centaines ; elles étaient si familières, qu'elles s'approchaient à quelques mètres des voyageurs; d’autres grands oiseaux blancs s’élevaient haut dans l'air et faisaient retentir les échos des rochers de leurs notes aiguës. Jamais Morton n'avait vu autant d'oiseaux réunis: l’eau et les escarpements de la côte en étaient couverts.
Sur les glaces arrêtées dans !e chenal Kennedy se jouaient des phoques de plusieurs espèces. |
Les eiders étaienten si grand nombre, que Hans, lirant dans une troupe, en tua une paire d’un seul coup.
Il y avait làplus de verdure que nous n’en avions vu depuis notre entrée dans le détroit de Smith. La neige parsemait les vallées et l’eau filtrait des
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roches. À cette époque encore peu avancée, Hans reconnut quelques fleurs; il mangea des jeunes pousses de lychnis et m'apporta des capsules sèches d’une hesperis qui avait survécu aux vicissitudes de l'hiver. Morton fut frappé de l’abondance de petites joubarbes de la dimension d’un pois. La vie semblait renaître à mesure qu’ils s’avançaient au nord.
Peu après, ils aperçurent à un demi-mille devant eux leurs chiens tenanten arrêt ne ourseet son ourson. La lutte fut désespéree, 1: mère ne s’écartant jamais de plus de deux yards, veillant toujours sur son petit. Quand les chiens l’approchaient, elle s'asseyait sur ses hanches, prenant l’ourson entre ses jambes de derrière et combattant avec ses griffes; elle poussait des rugissements à être entendus à un mille de là. « Jamais, dit Morton, je n'ai vu animal plus en détresse. » Elle allongeait le cou, s’élançait sur le chien le plus à sa portée, grinçant des dents el tournant ses griffes comme les ailes d'un moulin à vent. Si elle manquait son coup, elle n'osait poursuivre ua chien, de peur que les autres ne se précipitassent sur le petit, faisait entendre un rugissement de rage désappointée, et continuait à jouer des pattes et à étendre sa gueule grande ouverte au devant de ses agresseurs. Hans mit fin à la lutte par une balle tirée à bout portant dans la
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tête de l'animal. L’ourson se fit tuer sur le corps de sa mère.
Le 24 juin, Morton atteignit le cap Constitution qu'il essaya en vain de tourner, car la mer en battait la base. Faisant de son mieux pour gravir les rochers, il n’arriva qu’à quelques centaines de pieds. Là il fixa à son bàton le drapeau de l’Anturlic, une petite relique bien chère, qui m'avait suivi dans mes deux voyages polaires. Ce drapeau avait été sauvé du naufrage d’un sloop de guerre des États-Unis, Le Peawerh, lorsqu'il toucha dans la rivière Colombia. Il avait accompagné le commodore Wilkes dans ses lointaines explorations du continent antarctique. C'était maintenant son étrange destinée de flotter sur la terre la plus septentrionale nonseulement de l'Amérique, mais de notre globe ; près de lui étaient nos emblèmes maçonniques de l'équerre et du compas. Morton les laissa flotter une heure et demie au haut du noir rocher qui couvrait de son ombre les eaux blanchissantes que la mer libre faisait écumer à ses pieds.
La côte au delà du cap doit, selnn lui, s’abaisser vers l’est, puisqu'il lui fut imvoossible, du point où il était placé, de voir aucune tcrre sous | le cap. La côte ouest au contraire courait vers le
nord où son œil la suivait jusqu'à cinquante milles. Le jour étaitclair, il lui fut facile d’aperce-
ps