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LA MER PUÜLAIRE, 233 Nous arrivames au cap York le 21; tout y témoignait des retards de l’été; la neige aurait dû disparaître depuis quinze jours, et cependant une plaine de glace immense s’étendait au sud et à l'est. Nous n'avions que deux partis à prendre : attendre que les glaces nous livrassentun passage, ou quitter la côte et essayer les mers ouvertes dans l’ouest.
Réunissant mes officiers, je leur expliquai que n'ayant de provisions que pour trois semaines au plus, il était nécessaire d'avancer. Nous construisimes sur une éminence bien visible un cairn où nousenfermâämes unrapportsuccinct de l’état dans lequel nous nous irouvions et de la route que nous suivions; cela fait, nous dirigeant vers le sud-ouest, nous nous lançèmes à travers les aspérités sans bornes de la glace.
Celle-ci devenait de plus en plus compacte : il élait très-difficile de se diriger ; je m'étais endormi épuisé de fatigue quand on m'éveillä pour me dire qu'on avait perdu le chenal. Sans rien laisser paruitre de mon émotion, j'ordonnai de faire halte sur la glace, sous prétexte de faire sécher les vêtements et les provisions. Peu de temps après, le
temps se leva assez pour nous permettre d'exa-
miner le pays.
Me Gary et moi montàämes sur une banquise de :
quelque trois cents pieds de haut. La vue était
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vraiment effrayante : nous étions au plus profond d’une baie ; de toutes parts entourés par d’immenses icebergs qui surgissaient au milieu d’un chaos de glaçons enchevêtrés les uns dans les autres. Mon brave et hardi second, peu impressionnable de sa nature, habitué d’ailleurs et depuis longtemps à toutes les vicissitudes de la vie de baleinier, ne put s'empêcher de verser "des larmes devant cette désolation.
Il n’y avait qu'un parti à prendre : à tout prix il fallait mettre nos embarcations sur les traîneaux et nous diriger vers l’ouest. Après trois jours d'un rude travail, nous nous trouvâmes de nouveau dans un chenal d’eau libre.
Mais nosprovisions baissaient, nous ne trouvions plus d'oiseaux, et nous n’eùmes pas la chance de tuer des phoques ou des morses. Les forces de mes hommes s’épuisaient par suite de la ration à laquelle je les avais réduits; je fus cependant obligé, après avoir réfléchi au temps qu’il nous faudrait pour arriver au cap Shackelton, de réduire encore cette maigre ration à cinq onces de poussière de pain, quatre onces de suif et trois onces de viande d'oiseau.
L’humidité, la nourritureinsuffisante nous affai-
blirent de plus en plus: l'avenir prenait un aspect
de plus en plus sombre; la difficulté de respirer nous assaillit de nouveau, et nos jambes s’enflè-
LA MER POLAIRE. 235 \ tb | rent tellement, que nous fùmes obligés de fendre | ‘if Tr nos bottes de toile à voile. Mais le symptôme qui Al l'un | m'inquiétait le plus, était la privation de sommeil. 1
jes Seul il nous délivrait de la fièvre lente qui nous 1! HéBs saisissait pendant notre travail de chaque jour; hl puis | plus de sommeil, plus d'espoir de salut! ‘1 di Nous étions dans une baie ouverte, au milieu 2 Éué ; du courant qui entraine les glaces du nôle dans . | |
| l'Atlantique; nos bateaux étaient en si mauvais Li prix état qu’il fallait les vider à chaque instant pour : eaux | les empêcher de couler bas. di ee Épuisés de fatigue, mourants de faim, telle était ; | tous notre triste position, quand nous aperçümes un 'U
| phoque endormi sur un glaçon qu'emportait le (il Hotis | courant. C'était un veau marin, mais si énorme, ‘1 e de que je le pris d’abord pour un morse; je fis un si- :+fl s de gnal à l’Espérance, tous tremblant d’anxiété, nous : 1 on à nous dirigeàmes vers l'animal dans un anxieux " 4 dant | silence, et Petersen, armé d'une carabine rayée, { bte se mit à l'avant de l’embarcation. En approchant, fl hüite î notre excitation devint telle, que les hommes ne : il düss ; pouvaient plus ramer ensemble. Ch
HA Le phoque n'était pas endormi; il leva la tête au } ‘|
É moment où nous arrivions à portée de carabine: “1 fai ‘ je me rappelle encore l'expression désolée, déses- S spect : pérée qui se peignit sur le visage hâve, amaigri
| de mes matelots, quand ils virent le mouvement nflè- de l'animal : à sa capture était attachée la vie de
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