‹ La mer polaire [microforme]Chapitre 47 sur 70 · VOYAGE DU CAPITAINE MAC CLINTOCK SUR LE FOX · texte numérisé non relu

VOYAGE DU CAPITAINE MAC CLINTOCK SUR LE FOX

Lady Franklin; achat, équipoment, armement et équipage du Fox. — Départ d'Angleterre. — Les établissements danois du Groënland. — Huit mois de prison et de dérive dans la glace. — Retour au Groënland. — Les Highlandais arctiques. — Le détroit de Pond. — L’île Beechey. Monument funèbre — Le détroit de Bellot, hivernage. —. Esquimaux de Boothia. — Recherches sur l’île du Roi-Guillaume, — Cadavres, documents et reliques. — Retour en Angleterre.

Lady Franklin s achat, équipement et équipage du Fox.

La perte des vaisseaux placés sous la direction de sir Edward Belcher et ie rapport du docteur Rae mirent un terme aux recherches officielles du souvernement anglais. Il jugea que toute tentative était désormais sans ohjet; mais telle ne pouvait être l'opinion de lady Franklin, qui, reportant dès lors à la renommée de son illustre époux et de ses braves COMpagnons la sollicitude incessante

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qu’elle avait vainement prodiguée à leur salut résolut de consacrer à l'exploration religieuse du

‘ théâtre de leur désastre, les débris de sa fortune,

épuisée à leur intention sur toutes les routes du pôle. Elle fit ce que le gouvernement britannique, après huit ans de recherches vaines, après dixneuf expéditions sans résultat, huit vaisseaux perdus, et vingt millions dépensés, jugeait impossible. L’attachement indomptable et sans espoir d'une épouse se montra une fois ile plus à la face du monde, plus puissant que les administrations et les conseils des s ouverain

Dans le courant de 1357, elle acheta ainsi de ses deniers et du montant de quelques souscriptions privées qui lui vinrent en aide, le yacht le Fox, bàtiment de 177 tonneaux. Elle équipa, arma ce vaisseau de plaisance, modifia son gréement, sa coque et sa membrure de manière à le rendre capable de lutter contre les lames et les glaces de la mer Polaire, et en confia le comman.ement au capitaine Mac Clintock, qui ne voulut accepter qu’à titre gratuit l'honneur de le diriger à travers les hasards et les périls de ces parages arctiques qu'il venait de pratiquer pendant six longues années. Un autre vétéran de ces mers, le lieutenant Hobson, sollicita comme une faveur d’être son second -sans accepter plus que lui de rémunération, et le capitaine Allen W. Young, officier distingué de la

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marine marchande, renchérissant sur ce désintéressement, non-seulement voulut servir à bord du Fox comme simple maiître-pilote, mais contribua de sa bourse, et pour une somme considérable, à l'armement de ce navire. Ce généreux dévouement à la cause de la noble veuve fut imité par le docteur Walker, chirurgien et naturaliste de l’expédition, etenfin par tous lessous-officiers et marins au nombre de vingt-six qui complétèrent l'équipage du petit navire.

C'est ainsi que grâce à l’énergique dévouement d'une femme, — que nul désastre n'aurait pu abattre, et nul obstacle décourager, qui n’avai jamais faibli, ni hésité, même quand les hommes les plus forts doutaiïent ou succombaient à la fatigue, — le mystère funèbre que le génie du pôle avait célé dix ans dans ses sombres solitudes, fut enfin dévoilé. On sait de la destinée des marins de l'Érèbeet de la Terreur, partis d'Angleterre le 26 mai 1845 sous le commandement de sir John Franklin, tout ce qu’on pouvait espérer d'en savoir. On peut désormais suivre sur la carte des régions arctiques la route qu'ils ont suivie, depuis l'instant où les brumes de la soirée du 26 juillet 1845 les dérobèrent à la vue des baleiniers de la mer de Baffin, jusqu’au jour où, décimés par trois hivers polaires, en proie à la défaillance et au scorbut, et portant le deuil de leur glorieux chef,

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ils abandonnèrent leurs navires démantelés et soudés dans la mer congelée, pour s’acheminer vers les établissements de la baie d'Hudson et succomber un à un, jusqu’au dernier, sur une route, dont quinze ans auparavant Je capitaine Back avait fait connaitre les misères et Les périls.

La relation suivante est tirée textuellement des différents rapports adressés à l’Amirauté et aux

sociétés scientifiques de Londres, par le capitaine

Mac Clintock, au retour de son expédition!.

Les établissements danois du Groënland,

Partis d'Aberdeen le 1e juillet 1857, nous avions, dix-huit jours après, la vue de la côte sud-ouest du Groënland. Bordéed’innombrablesilots, couronnée de hautes montagnes, richement colorée de vives teintes par un beau soleil d'été, elle nous apparut revêtue d’une splendeur inattendue et telle peut-être que la vit Éric le Rouge lorsqu'il lui donna le nom de Terre verte.

Le 20 juillet nous vinmes mouiller dans le bon petit havre de Frédérikshaab, qui correspond,

1. Nous l'avons complétée de quelques détails empruntés à sa relation officielle, qui a été publiée un peu plus tard sous ce titre : À narrative of the Discovery of the fate of sir John Frankin and his compagnons by captain Mac Clintock. London, John Murray.

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suivant quelques antiquaires, à ce Brattalid où Éric fonda en l’an 986 le premier établissement scandinave.

Les Esquimaux, une des causes premières, sinon la principale, de la ruine de cette antique colonisation, ne sont pas soumis aux lois danoises ; mais, quoique fiers de leur indépendance, ils n’en sont pas moins sincèrement, et pour de bonnes raisons, attachés au Danemark; en effet, un ministre luthérien, un docteur et un maître d'école, entretenus par le gouvernement danois dans chaque district, y apportent gratuitement leurs lumières; et lorsque, par suite d’un trop long hiver et de leur imprévoyance, ces peuplades se trouvent dans la détresse, c’est encore le gouvernement qui leur fournit généreusement des approvisionnements pour rien: les spiritueux seuls sont rigoureusementinterdits. Tousces Esquimauxsontchrétiens et quelques-uns savent lire et écrire.

Nous, Anglais, avons-nous fait plus, ou seulementautant, pour les indigènes d’une de nos nombreuses colonies et surtout pour les Esquimaux, dans nos territoires du Labrador et de la baie d'Hudson ?

Non-seulement les éléments de la science sont propagés parmi les indigènes du Groënland, mais une imprimerie et une presse lithographique ont été récemment établies dans la colonie de God-

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thaab, et ce n’a pas été sans émotion quenous avons vu les premiers produits sortis de cette presse hyperboréenne. La publication dont nous parlons, Kaladlit Okalluktualliait, est un recueil de légendes écrites et imprimées par des indigènes en langue groënlandaise, avec traduction danoise. Une douzaine de gravures dessinées et gravées sur bois, également par un indigène, et huit chansons nationales avec les paroles et la musique accompagnent le texte et composent un ouvrage aussi intéressant qu’original. Il est, à ce qu’il paraît, question de continuer cette collection, attendu qu'il existe chez les indigènes beaucoup de traditions du même genre.

Si'ce livre nous étonne par la netteté de l’exécution et par les illustrations dont il est pourvu, les premiers essais d'impression lithographique méritent encore bien davantage notre attention: car ici on n'avait sous la main aucun homme du métier, et il a fallu pour ainsi dire deviner peu à peu les procédés, même les inventer de nouveau. Les feuilles que nous avons eues sous les yeux sont des lithographies coloriées, assez grandes, représentant la colonie de Godthaab, un glacier et une partie de la côte si pittoresque de Disco, avec ces masses de glace surplombantes, pareilles à des cascades; le tout est accompagné de deux cartes, dont l’une a été dressée par un mission-

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naire d'aprés les données et les esquisses d’un indigène expérimenté, Benjamin Peter, chasseur de rennes. Les Groënlandais ont une prodigieuse mémoire locale, et les chasseurs de rennes qui, l'été, parcourent l'intérieur jusqu'aux limites des glaces éternelles, font preuve d’un talent particulier pour reproduire sur le papier l’image des pays qu'ils ont visités.

Deux inspecteurs se partagent le Groënland, l'un visite le nord, l’autre le sud. Ce dernier, le docteur Rink, est arrivé, un jour avant nous, à Frédérikshaab, pour commencer sa ronde d'été. IL est venu me chercher à bord. Après l'office divin je suis descendu, et nous avons été faire ensemble une bonne promenade sur la pente recouverte de mousse des montagnes voisines.

Notre première rencontre avait eu lieu dans le nord du Groënland, en 1848, et,comme depuis nous ne nous étions pas revus, nous avions beaucoup de choses à nous dire. M. le docteur Rink est un homme de science et de talent ; c’est un voyageur distingué, fort versé dans la géologie et la botanique.

Grâce à son concours nous avons acheté ici huit tonneaux de charbon et tous les petits articles qui pouvaient nous être nécessaires, puis de la morue en quantité, pas mal de gibier, très-abondant sur la côte, surtout des ptarmigans et de

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