‹ La mer polaire [microforme]Chapitre 48 sur 70 · SORT · texte numérisé non relu

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lièvres. Nous avons pu nous procurer en outre une couple de chevreaux; ces derniers sont fort rares. Il y a bien aussi quelques moutons, mais durant huit mois de l’année ils restent enfermés, et au milieu de l’été ils ne sortent que pendant le jour. Nous avons également acheté quelques spécimens du travail des Esquimaux, des échantillons de leurs habits, des kayaks, etc..., aïnsi que des plumes et des œufs d'oiseaux. J'ai rencontré quelques cygnes blancs, et ce qui m'a surtout frappé, c'est une espèce de grèbe, un podiceps cristatus, oiseau fort rare dans le Groënland. En ce moment, Frédérikshaab ne manque pas de bois: on voit sur la plage, échoués, désemparés, en pleine démolition, un brick et un autre grand navire, et enfin un vaisseau que le prince Napoléon, pendant le voyage qu’il fit en 1856 dans les mers du nord, a rencontré, flottant à la dérive,au mois de juillet 1856, entre l'Islande et le Groënland, et qui est venu échouer, au mois dr septembre suivant, dans ces parages.

Dans le trajet de Frédérikshaab à Uppernavick le plus septentrional des établissements danois, où j'arrivais le 6 août, je me procurai successivement dans les postes interméäiaires trente-cinq chiens de trait et deux conducteurs esquimaux, auxiliaires indispensables de nos futures recherches. En effet, l’espace de terre et de mer laissé

inexploré à l’ouest de Boothia, entre les découvertes de James Ross, Austin et Belcher au nord, celles de Collinson et de Mac-Clure à l’ouest, et enfin les excursions de Raeet d’Anderson au sud, espace que j'avais le projet de sillonner en tous sens, ne pouvait guère, comme la suite me le prouva, être parcouru qu’en traineau.

Huit mois de prison et de dérive dans les glaces,

Le 18 août, nous nous trouvions à mi-chemin de la baie de Melville au détroit de Lancastre, quand tout à coup, cernés par une immense accumulation de glace en dérive, nous nous vîimes condamnés à passer l'hiver au milieu du plus vaste champ de glaces flottantes dont j'aie entendu parler dans ma carrière de marin. Incapables de gagner un rivage quelconque ou d'établir un observatoire fixe sur la surface instable de l'immense radeau qui nous entraînait, nous fümes réduits à l’étude des vents et des courants dont nous étions les jouets. Contrairement à une théorie récente (celle du lieutenant Maury), nous reconnümes que l'influence atmosphérique était plus forte que celle de la mer sur les mouvements des glaces, et nous ne pûmes saisir le moindre indice du contre-courant sous-marin qui devrait porter au nord. Au contraire, de hautes monta-

gnes de glaces qui, suivant cette théorie, auraient dû marcher en sens inverse du Fox, dérivèrent, en lui tenant une compagnie plus fidèle que rassurante, depuis le 75° 30’ jusqu’au cercle arctique.

Pendant l'hiver, les forces élastiques des couches marines ouvrirent souvent de longues crevasses ou chenaux dans la voûte solidifiée qui les recouvrait, et ces solutions de continuité dans la glace se produisaient si violemment, que parfois de longues files de glaçons étaient projetées, comme par l'effet d’une mine, à lusieurs pieds en l'air, et formaient de véritables chaussées de chaque côté des crevasses d'où elles étaient sorties. Heureusement pour le Fox, il ne se trouva jamais dans l’axe même d’un de ces soulèvements ,bien que quelques-uns d’entre eux eussent lieu à une cinquantaine de mètres de nous, tout au plus. Pendant notre hivernage, nous nous procurâmes, dans ces sortes de chenals d’eau ouverte, environ 70 phoques, qui nous fournirent de la nourriture pour nos chiens et de l'huile pour nos lampes.

La poursuite de ces amphibies et quelques rencontres avec des ours blancs, rencontres où nous ne fûmes pas toujours assaillants, furent les intermèdes les plus actifs de notre captivité ; de même que les clairs de lune, les aurores boréales,

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la disparition du soleil le 5 novembre et son retour le 28 janvier, formèrent les scènes les plus intéressantes de nos spectacles.

Le 4 décembre j’eus à accomplir un des devoirs les plus solennels qui puissent incomber à un commandant de navire. Rien de plus émouvant

Clair de lune dans les glaces de la baie de Baffin.

qu'un enterrement en mer. Dans la soirée dudit jour, à sept heures nous étions rassemblés autour des restes mortels du pauvre Scott, notre mécanicien. La lecture de l'office des morts à la lueur des lanternes, le pavillon anglais abaissé sur le corps, tout dans cette cérémonie était fait pour éveiller en chacun de nous de graves émolions.

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La plus grande partie des prières dut être récitée à bord, à l'abri de la tente; on plaça ensuite le cadavre sur un traineau, on le conduisit ainsi à quelque distance du navire auprès d’une ouverture creusée à l’avance dans la glace ; on le descendit dans l’abîme; puis l'équipage défila autour de l'orifice qu'un froid de 40° refermait déjà. Quelle scène! jamais je ne l'oublierai. Cet infortuné Fox isolé du reste des humains, et captif dans la glace marine ; le pavillon hissé à mi-mût, la cloche sonnant le glas funèbre, et notre petite procession s’avançant lentement sur la face congelée de l’océan au milieu d’une profonde obscurité ; un silence mortel, un froid intense, età tout cet ensemble lugubre venait s'ajouter un phénomène lunaire qui n’est pas rare dans ces régions. Notre satellite se trouvait entouré d'une auréole lumineuse que traversait en forme de croix une pâle lumière; puis au-dessus et au-dessous de la lune se dessinaient deux autres segments d’auréole et tout autour on pouvait compter jusqu’à six parasélènes ou fausses lunes. L’atmosphère grise et sombre prêtait un aspect morne à cette scène qui se prolongea plus d’une heure.

Le pauvre Scott était tombé, deux jours auparayant, d’une écoutille, et cette chute avait occasionné une lésion interne et mortelle ; cet homme ferme et solide laissait une veuve et des orphelins.

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Funérailles dans les glaces et parasélènes.

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