‹ La mer polaire [microforme]Chapitre 66 sur 70 · DR TE · texte numérisé non relu

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dissantes et solitaires, Mais on sait comment nous fûmes forcés de renoncer à ce désir

Une mer libre près du pôle, ou même un bassin polaire, a été un sujet de théories débattues longtemps ; nous venons de Le raviver par nos découvertes. Déjà à l'époque de Barentz, en 1590, sans mentionner de plus incertaines chroniques, l’eau fut aperçue à l’est du cap nord de la Nouvelle-Zemble; et jusqu'à ce que son étendue fut déterminée par des observations directes, elle fut prise pour la mer ellemème. Les pêcheurs hollandais autour du Spitzberg poussèrent leurs croisières aventureuses à travers la glace dans des espaces libres, variant en étendue et en forme suivant la saison et les vents ; et le docteur Scoresby, une respectable autorité, fait allusion à ces ouvertures dans la banquise comme une induction à une eau libre dans le voisinage du pôle. Le baron de Wrangell, à 40 milles de la côte de l’Asie arctique, vit, il le crut du moins, un océan sans limites, oubliant pour l'instant combien sont bornées les limites de la vision humaine sur une sphère. Plus récemment, le capitaine Penny proclama une mer libre dans le détroit de Wellington, à l'endroit même où sir Edward Belcher a depuis été contraint d’abandonner ses navires pris dans les glaces. Enfin mon prédécesseur, le capitaine Inglefield, du haut du mât de son petit navire, annonça un bassin polaire à 15 milles de la glace qui arrêta notre marche l'année suivante.

Toutes ces découvertes illusoires ont sans doute

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été notées avec une parfaite intégrité, et d'autres peuvent penser que mon observation, quoique sur une plus grande échelle, se rangera dans la même catégorie. Toutefois, la mer que je me suis hasardé à appeler libre a été suivie pendant nombre de milles le long de la côte, et vue d’une élévation de 580 pieds, toujours sans limite et sans glace, se soulevant et se brisant contre les rochers du rivage.

Il est impossible, en rappelant les faits relatifs à cette découverte, — la neige fondue sur les rochers, les troupes d'oiseaux marins, la végétation augmentant de plus en plus, l'élévation du thermomètre dans l’eau, — de ne pas être frappé dela probabilité d'un climat plus doux vers le pôle. Mais signaler les modifications de température au voisinage de la mer libre, ce n’est pas résoudre la question, qui reste non résolue : Quelle est la cause de la mer libre ?

Ce n’est pas ici le lieu d'entrer dans cette discussion. Il n’y a pas de doute pour moi qu'à une époque encore dans la limite des tenps historiques, le climat de cette région était plus doux que maintenant. Je pourrais baser cette opinion sur le fait, mis en relief par notre expédition, du soulèvement séculaire de la ligne de côte. Mais indépendamment des anciennes plages et terrasses, et d’autres marques géologiques qui montrent que le rivage s’est élevé, des huttes de pierres sont éparpillées tout le long de ces parages, dans des lieux maintenant entourés de glace, au point d’exclure la possibilité de la chasse,

310 : APPENDICES. et par conséquent, pour les peuplades qui en vivent, la possibilité d'y demeurer.

La tradition signale ces parages comme ayant été autrefois des champs favoris de chasse, Au havre Rensselaer, appelé par les indigènes Aunatok ou la place du dégel, nous rencontrâämes des huttes en bon état de conservation, avec des assises de pierre pour soutenir les carcasses de phoques et de walrus.

À Lanny Georges et dans la grande coupure de la baie Dallos, sont les restes d’un village, entourés d'os de phoques et de baleines, le tout maintenant enfermé dans la glace, En connexion avec ces faits, attestant non-seulement l’extension antérieure de la race des Esquimaux plus au nord, mais encore les changements du climat, il faut ranger le patin tro par M. Morton sur les bords de la baie Morris, a une latitude de 81°. Il était fait d’un os de baleine très-habilement travaillé.

Dans cette récapitulation de faits, je laisse de côté la question de savoir si le climat plüs chaud de cette région dépend d’une loi physique applicable aux lignes isothermes actuelles. Encore moins suis-je disposé à exprimer une opinion touchant l'influence que les courants peuvent exercer sur la température de ces contrées; je laisse cette discussion à ceux qui font leur étude spéciale de la physique du globe. C'est à ceux-là que je proposerai humblement d’examiner si le courant du golfe, déjà suivi jusqu’à la côte de la Nouvelle-Zemble, ne se propage pas le long de cette île jusqu’auprès du pôle. Une différenco

de quelques degrés dans la température moyenne de l'été suffirait pour amener le renouvellement périodi que de l’eau libre, ou, comme disent les Russes, d'une grande Polinia.

Les lois qui limitent la ligne de la neige perpétuelle et les glaciers sont certainement liées au problème de ces espaces d'eau dans le voisinage du pôle.

APPENDICES. 311 f

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