CH. I. — PLAN DE REVANCHE DIVINE O
tète, il l'accable de ses propres machines, et il imprime la marque de sa victoire partout où il voit quelque caractère de son rival impuissant. Et d'où vient cela? C'est qu'il est jaloux et poussé d'une charitable émulation. C'est pourquoi, la foi nous enseigne que si un homme nous perd, un homme nous sauve; la mort règ-ne dans la race d'Adam, c'est de la race d'Adam que la vie est née; Dieu fait servir de remède à notre péché la mort qui en était la punition; l'arbre nous tue, l'arbre nous guérit; et, pour accomplir toutes choses, nous voyons dans l'Eucharistie qu'un manger salutaire répare le mal qu'un manger téméraire avait fait. L'émulation de Dieu a fait cet ouvrage.
« Et si vous me demandez, chrétiens, d'où lui vient cette émulation contre sa créature impuissante,je vous répondrai, en un mot, qu'elle vient d'un amour extrême pour le genre humain. Pour relever notre courage abattu, il se plaît de nous faire voir toutes les forces de notre tyran renversées; et, voulant nous faire sentir que nous sommes véritablement rétablis, il nous montre tous les instruments de notre malheur miséricordieusement employés au ministère de notre salut : telle est l'émulation du Dieu des armées.
« Et de là vient que nos anciens Pères, voyant, par une induction si universelle, que Dieus'estrésolument attaché d'opérer notre bonheur par les mêmes choses qui ont été le principe de notre perte, ils en ont tiré cette conséquence : si tel est le dessein de Dieu, que tout ce quia eu part à notre ruine doive coopérera notre salut, puisque les deux sexes sont intervenus dans la désolation de notre nature, il fallait qu'ils se trouvassent en sa délivrance ; et parce que le genre humain est précipité à la damnation éternelle par un
homme et par une femme, il était certainement convenable que Dieu prédestinât une nouvelle Eve aussi bien qu'un nouvel Adam, afin de donner à la terre, au lieu de la race humaine qui avait été condamnée, une nouvelle postérité qui fût sanctifiée par la grâce » (i).
Du reste, comme nous le verrons bientôt, c'est là un point de doctrine qui a toute la force et l'étendue d'un axiome, en Orient non moins qu'en Occident. Le voici, d'abord, expressément formulé par saint Pierre Chrysologue, au début d'un sermon sur l'Annonciation de la bienheureuse Mère de Dieu : « Vous venez d'entendre, mes frères bien-aimés, l'Ange traiter avec la femme de la réparation de l'homme, et vous avez compris qu'il s'agissait de ramener l'homme à la vie par les mêmes voies par où il s'était abîmé dans la mort » (2). A quelques années de distance, Basile de Séleucie, l'un des plus grands adversaires de Nestorius, le rappelait dans des termes équivalents : (( Le Fils unique de Dieu, dit ce Père, a, par des remèdes diamétralement opposés, contrariis medicamentis, guéri les blessures du genre humain » (3). Le voici de nouveau dans une lettre écrite par Eusèbe d'Alexandrie, vers la fin du sixième siècle : « Ainsi donc, ces mêmes armes par lesquelles le diable porta le coup de mort aux premiers hommes dans le paradis, Dieu les a retournées contre le diable pour le terrasser » (4).
(i) Yiossnti, 4^ serm. pour la fête de l'Annonc. (à Metz, i655), l'î^point. — Œuvres orat., Lebarcq, t. 11, p. 3, suiv.
{2} Audistis ag-i ut homo cursibus iisdem guibus dilapsus fuerat in mortem, rediret ad vitarn. Serin. i4a de Annunc. B. M. V. P. L. Lii, 579.
(3) Basil. Seleuc, orat. 3, n. 4. P, G. lxxxv, 61.
(4) Euseb. Alex., P. G. lxxxvj, 339.