‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 2)Chapitre 4 sur 98 · CH. I. PLAN DE REVANCHE DIVINE (J · texte numérisé non relu

CH. I. PLAN DE REVANCHE DIVINE (J

blit Marie dans la véritable grandeur par une sainte société avec Dieu : Le Seigneur est avec vous, lui dit Gabriel. L'ange de ténèbres parlant à Eve lui inspire un dessein de rébellion : Pourquoi est-ce que Dieu vous a commandé de ne point manger de ce fruit si beau (i)? L'ange de lumière parlant à Marie lui persuade l'obéissance : Ne craignez point, Marie, lui ditil, rien n'est impossible au Seigneur. Eve croit au serpent et Marie à l'ange. De cette sorte, dit Tertullien, une foi pieuse efface la faute d'une téméraire crédulité, et Marie répare en croyant à Dieu ce qu'Eve avait ruiné en croyant au diable: Quod illa credendo deliqiiit, haec credendo delevit (2). Et pour achever le mystère, Eve, séduite par le démon, est contrainte de fuir devant la face de Dieu, et Marie, instruite par l'ange, est rendue digne de porter Dieu, afin, dit saint Irénée (écoutez les paroles de ce grand martyre)^ afin que la Vierge Marie fut l'avocate de la vierge Eve (3). « Après un rapport si exact, qui pourrait douter que Marie fût l'Eve de la nouvelle alliance et la mère du nouveau peuple? Non, certainement, chrétiens, ce ne sont point les hommes qui nous persuadent une vérité si constante. C'est Dieu même qui nous convainc par l'ordre de ses conseils très profonds, par la merveilleuse économie de ses desseins, par la convenance des choses si évidemment déclarées, par le rapport nécessaire de tous les mystères » (4).

IL — Assurément, ces analogies et ces rapproche-

(i) Gen., ui, 2.

(2) Tertul., De carne Christi, c. 17, P. L. 11, 783.

(3) S. Iren., c. Haeres. L. v, c. 19. n. i. P. G. vu, 1175.

(4) Bossuet. Lebarq, 1. c, t. ]I, p. 5, 6. Voir aussi le > serm. pour l'Annonc, i'"" p. ; serm. pour la fête du Rosaire, exorde ; sermon pour le jour du scapulaire, i'' point; Elevât, sur les mystères, 8" sem., 5« élevât.

ments sont admirables, et l'on ne voit pas de quelle source ils procéderaient, si Dieu n'en était pas la cause. Toutefois, pour attribuer à Marie le rôle de nouvelle Eve auprès du nouvel Adam, nous avons d'autres preuves que des inductions et des rapprochements, si manifestes qu'ils puissent être. Bossuet,dans les textes que nous venons de transcrire, a fait presque constamment appel aux Pères. En effet, le témoignage des Pères est de telle autorité dans cette matière qu'il suffit à produire une absolue certitude; et cela, parce qu'il est évidemment l'écho de la révélation divine, et qu'il a son principe dans l'enseignement apostolique. C'est ce que nous allons démontrer en étudiant avec quelque détail les plus vénérables monuments de la tradition (i).

Ne considérons d'abord que trois témoignages : celui de saint Justin qui écrivait en Orient; celui de Tertullien qui écrivit en Occident, et celui de saint Irénée qui relie, pour ainsi dire, les deux Eglises, puisque, après avoir appartenu de très près à l'école de saint Jean en Asie Mineure, il vint féconder de sa doctrine et de son sang l'Eglise des Gaules.

Témoignage de saint Justin : « Nous savons qu'avant toute créature II (le Verbe) procédait de la puissance et de la volonté du Père... et que par le ministère de la Vierge il devint homme, afin que la désobéissance, qui avait eu le serpent pour moteur, Jînit de la même manière qu'elle avait commencé. Eve, lorsqu'elle était vierge et sans tache, écouta la parole du serpent et enfanta la désobéissance et la mort. Mais la

(i) Le Gard. Newman, dans sa lettre au Z)"" Piisey sur le culte de la S. F/eriye.a maçistraiemcnt traité ce point de doctrine; aussi lui avonsnous fait plus d'un emprunt.

eu. I. PLAN DE REVANCHE DIVINE II

Vierge Marie tressaillit de foi et d'allégresse en recevant de la bouche de l'Ange la bonne nouvelle que l'Esprit de Dieu descendrait dans son sein, que la Vertu du Très-Haut la couvrirait de son ombre, et que, en conséquence, le Saint qui naîtrait d'elle serait le Fils de Dieu. Sa réponse fut un fuit. C'est pourquoi d'elle est né celui que tant d'Écritures ont prédit, comme nous l'avons déjà montré; celui par qui Dieu écrase le serpent avec les anges et les hommes dégradés à son image, et délivre de la mort les pécheurs qui, croyantenlui, font pénitence de leurs crimes » (i). Témoignage de TertuUien : « Dieu a regagné par un dessein d'émulation son image et sa ressemblance dont s'était emparé le démon. En Eve encore vierge s'était insinuée la parole qui créa la mort; c'est aussi dans une vierge que devait descendre le Verbe de Dieu qui créa la vie; afin que l'humanité perdue par ce sexe recouvrât le salut par le même sexe. Eve avait cru le serpent, Marie crut Gabriel ; la faute commise par la crédulité de l'une, l'autre l'a effacée par sa foi » (2).

Témoignage de saint Irénée : « Par un rapport frappant, on trouve la Vierge Marie obéissante lorsqu'elle dit : Voici votre servante, ô Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole. Eve, au contraire, fut désobéissante, lorsqu'elle était encore vierge. Eve, ayant Adam pour époux, mais vierge encore..., devint, par sa désobéissance, une cause de mort pour elle-même et pour le genre humain tout entier; de même Marie, demeurée vierge aussi près d'un époux prédestiné.

(1) s. Justin., Dial. cum Tryph. P. G,, vi, 709.

(2) TtvlxxW., De carne Christi, c. 17. P. L., 11, 782.

devint par son obéissance une cause de salut pour , elle-même et pour toute la race humaine.

« C'est pourquoi Notre Seigneur a dit que les premiers seraient les derniers, et que les derniers seraient les premiers... Le Seigneur donc a reçu dans son sein les anciens pères, et les a régénérés dans la vie de Dieu, en devenant lui-même le premier des vivants, parce qu'Adam était devenu le premier des morts. C'est pour cela cjue saint Luc commence la liste des générations à partir de Notre Seigneur et la fait remonter jusqu'à Adam, voulant exprimer par là que ce ne furent pas les générations précédentes qui lui donnèrent la vie, mais Lui qui les fit renaître par l'Evangile de vie. Et c'est ainsi que l'obéissance de Marie brisa les chaînes forgées par la désobéissance d'Eve. Ce que, vierge encore, Eve avait lié par l'incrédulité, la Vierge Marie l'a délié par la foi » (r). Et encore : « Eve fut séduite par la voix d'un ange au point de fuir Dieu, et de trangresser son commandement; Marie accueillit avec pleine obéissance la voix de l'Ange qui lui annonçait qu'elle allait porter Dieu en elle. La première s'était montrée désobéissante à Dieu ; l'autre, au contraire, docile à l'inspiration divine, lui obéit si parfaitement que la Vierge Marie put devenir l'avocate de la vierge Eve. De même donc que le genre humain a été voué à la mort par une vierge, il a été sauvé par une vierge ; l'obéissance d'une vierge faisant équilibre à la désobéissance d'une vierge » {2).

Il nous reste à montrer l'origine apostolique de ce triple témoignage. Nous pouvons, à coup sûr, regarder le sentiment de ces trois Pères touchant la Vierge

(1) s. Iren., adv. Haeres., 1. m, c. 32, n. 4- P- G., vu, gBS, sq. (3) Id., c. 19, n. I. Ibid., 1175.

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Mère de Dieu, comme Texpresssion de la doctrine reçue communément à leur époque et dans leurs pays respectifs : car les écrivains, après tout, sont les témoins des faits et des croyances. En outre, la coïncidence des idées et l'entière similitude des antithèses prouvent qu'ils n'ont pas créé leur doctrine. Aussi bien, ne la donnent-ils nullement comme un produit de leurs méditations particulières. Or, si cette doctrine n'est pas d'eux, d'où l'ont-ils reçue? Car il faut qu'elle soit venue d'une source quelconque; et cette source doit être commune. Pouvons-nous assigner à la source commune de ces traditions locales une date plus récente que celle des Apôtres? Assurément non. Avant le milieu du troisième siècle, nous trouvons cette doctrine en Afrique et à Rome avec Tertullien, et dès la fin du second, en Palestine et en Asie avec saint Justin, et dans les Gaules avec saint Irénée ; c'est-à-dire dans tout le monde chrétien. Quelle source commune d'une si vaste diffusion, si ce n'est la prédication des Apôtres? De plus, n'oublions pas que saint Jean n'est mort qu'environ trente ou quarante ans avant la conversion de saint Justin et la naissance de Tertullien; et que saint Irénée, étant disciple de saint Polycarpe (i), puisa, par conséquent, sa doctrine aux sources primitives de l'enseignement apostolique.

III. — Pour révoquer en doute l'apostolicité d'une doctrine si universelle, il faudrait la trouver contredite ou mise en question par quelque témoignage opposé. Or, loin de la rejeter, l'Église par la plume et par la

(i) C'est ce qu'il affirme lui-même dans une lettre à Florinus, dont Eusèbe nous a conservé un fragment. Cf. Euseb., H. E., 1. v, c. 20. P. G., XX, 485.

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bouche de ses Docteurs, l'a toujours enseignée depuis le iii*^ siècle, et l'on signalerait difficilement un point de croyance si constamment et si explicitement reçu- C'est là une vérité de telle importance pour notre sujet qu'il ne faut pas craindre de multiplier les témoignages. Nous avons présenté ceux des premiers siècles de l'ère chrétienne. En voici d'autres non moins illustres empruntés aux âges suivants, et de tous les pays renfermés dans le sein de l'Eglise.

Au quatrième siècle, nous avons en Orient saint Cyrille pour Jérusalem, saint Ephrem pour la Syrie, saint Épiphane pour Chypre, l'Egypte et la Palestine, saint Jean Chrysoslome pour Antioche et Constantinople.

« Comme la mort, dit le premier, était venue par Eve encore vierge, il convenait que la vie revînt par une vierge, ou plutôt d'une vierge ; et parce que le serpent avait trompé l'une, il convenait aussi que Gabriel pût annoncer la bonne nouvelle à l'autre » (1). « Au commencement, par le péché de nos premiers ancêtres, la mort étendit son empire sur tous les hommes; aujourd'hui, par la Vierge Mère nous passons de la mort à la vie. Au commencement, le serpent s'empara des oreilles d'Eve, et de là le venin se répandit dans tout le corps. Aujourd'hui, Marie reçoit par l'ouïe Celui qui nous assure l'éternelle féhcité : ce qui fut un instrument de mort est devenu instrument de vie » (2). Ainsi parle saint Ephrem. Un ancien orateur sacré, dont les œuvres furent jadis attribuées à saint Athanase, ne se contente pas d'opposer entre elles Eve et

(i) s. Cyrill. Hierosol. (3i5-386), Caicch., xii, n. i5. P. G., xxxiii, 7^1.

(2) S. Ephrem, Serm. 3 de Diversis. Opp.,t.JII (syr.-lat.), p. 607. Ct. Serin, exe'j., i, t. II (syr.-lat.), p. 3i8, Sig.

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Marie. Il donne expressément à celle-ci le titre de nouvelle Eve : « nova Ëva, mater vitae mincupata » (i).

Plus remarquable encore, s'il était possible, est le témoignage de saint Epiphane : « C'est Marie saluée pleine de grâce qu'Eve représentait, quand, sous le voile d'une figure, elle reçut le nom de Mère des vivants. En effet, Eve fut appelée la mère des vivants, après qu'elle eut entendu la sentence : Tu es terre et tu retourneras à la terre (2) ; c'est-à-dire, après son péché. Ce n'est donc pas un léger sujet d'étonncment de lui voir attribuer un pareil nom, à la suite de sa déchéance. A regarder l'ordre extérieur et sensible, c'est de cette Eve qu'est issue toute la race humaine sur la terre ; mais, en réalité, c'est par Marie que la Vie même a été introduite dans le monde. Ayant porté dans son sein le Vivant par excellence, elle est devenue la Mère des vivants. Donc c'est à Marie, sous la figure d'Eve, que s'applique ce nom de mère...

« Il y a encore une autre chose, une chose vraiment admirable, à remarquer sur ces deux femmes; je veux dire sur Eve et sur Marie. Eve est devenue pour l'homme une cause de mort, et c'est par elle que la mort est entrée dans le monde; Marie fut un principe de vie, puisque c'est par elle que la vie nous est advenue. Le Fils de Dieu est descendu dans le monde, afin que là où le péché avait abondé surabondât la grâce {?>). Donc, d'où était venue la mort, nous est

(1) Pseudo-Athan., serm. de Annanc. Deip., n. 14. P. G.xviii, çjSy. Ce qui démontre que ce sermon n'est pas du grand patriarche d'Alexandrie, ce n'est pas seulement qu'où y trouve l'Assomption corporelle de Marie affirmée et décrite, mais plus encore que l'auteur réfute ejc professa l'hérésie de Neslorius et celle d'Eutychès. 11 se tait sur le mouolhélisme, preuve que l'œuvre est antérieure à cette 'hérésie.

(a) Gea., m, 19.

(3) Rom., V, 20.

arrivée la vie, afin que la vie remplaçât la mort, et que la mort apportée par la femme fût chassée par celui qui naquit de la femme pour être notre vie » (i).

Voici maintenant saint Jean Chrysostome. C'est dans la fête de Pâques qu'il célèbre la revanche divine et propose l'antithèse ordinaire entre Eve et Marie. « Tous réjouissons-nous et tressaillons d'allégresse. Car si la victoire d'aujourd'hui est le triomphe du Seigneur, la joie pourtant doit être commune. Le Christ n'a-t-il pas fait tout pour notre salut? Ces armes avec lesquelles le diable nous avait écrasés, c'est par elles qu'il l'a renversé. Comment cela, me direzvous ? Écoutez. Une vierge^ un bois et la mort représentent notre défaite. Voyez maintenant comment ces trois choses sont devenues pour nous un principe de victoire. Pour Eve, voici Marie; pour l'arbre de la science du bien et du mal, voici le bois de la croix ; pour la mort d'Adam, voici la mort du Seigneur. Voyez-vous le démon terrassé par les mêmes armes qui l'avaient fait victorieux » (2) ?

J'ajouterais à ces autorités orientales le témoignage de saint Grégoire le Thaumaturge, si la première homélie sur l'Annonciation, publiée sous son nom, était certainement de lui. En tous cas, voici ce qu'on peut y lire : « C'est dans la Sainte Vierge seulement que la chute d'Eve est réparée » (3).

Comme l'Église orientale, l'Église d'Occident a ses témoins pour le quatrième siècle, moins nombreux peutêtre, mais non moins affirmatifs, ni moins illustres. A

fi) s. Epiphan., adv. Haeres.,Haer., 78, n. 18. P. G.,xLn, 727, sq., (2)8. Joan. Chrysost., hom. in S. Pascha, n. 2. P. G.l,!i, 7*58. (3) S. Greg. Thaum , hom. i in Annunc. P. G. x, 1148. Cf., S. Taras. Constant., in SS. Deip. Praesentat., n. 11. P. G., xcviii, \!\<^^,

sqq.

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leur tête marche saint Jérôme (33 1-420). On peut dire de lui qu'il représente le monde entier, sauf peut-être l'Afrique : car il fut l'ami du pape Damase à Rome, le disciple de saint Grégoire de Nazianze à Constantinople et du célèbre Didyme à Alexandrie. Né chez les Dalmates, il habita tour à tour, aux différentes époques de sa carrière, l'Italie, la Gaule, la Palestine, la Syrie. Or, dans une de ses lettres, il énonce non pas comme une opinion particulière, non pas comme une chose douteuse, mais comme un axiome rigoureux et manifeste, cette courte sentence qui comprend tout : « La mort par Eve; la vie par Marie » (i).

Comme Jérôme, saint Augustin (354-4^o) peut être compté pour un Père du quatrième siècle, encore qu'il ait vécu trente ans dans le cinquième. Lui aussi promulgue le grand principe : « La mort par une femme, et par une femme la vie » (2). On peut relire, en guise de commentaires, les beaux développements donnés par lui-même à ce principe dans le chapitre où nous parlions des convenances de la maternité divine (3).

(i) s. Hieron.. ep. 22 ad Eustochluin, n. 21. P. L., xxn, 4o8.

(2) Hue acce.dit magnum sacramentum ut. quoniam per feminain mors nobis acciderat, vita nobis per feminam nascerelur. S. Augusl., de Agone Chrisli, c. 22. P. L., xl, 3o3.

(3) La Mère de Dieu,\. i, c. t^, pp. 71, suiv. Parmi les sermons douteux pour le moins du saint docteur, il en est plusieurs où la même doctrine est fortement inculquée. On les trouve dans le 39° volume de la

. Patrologie de Migne, en appendice, à la suite des sermons authentiques. Ce sont les pensées de saint Augustin ; mais on a trop de peine à reconnaître sa manière et son stjle. Voici quelques exli'aits qui nous prouveront combien l'antithèse entre Eve et Marie était chose familière dans les temps reculés.

« Si le monde fut, dès l'origine, horriblement souillé par le vice, si le paradis même l'a vu captif, la cause en est à la femme. Car il est écrit : Par la femme le péché a été introduit dans le monde, et par elle nous sommes tous voués à la mort (Eccli., xxv, 33). Et encore: L'homme n'a pas été séduit ; mais c'est la femme qui, séduite, tomba dans la prévarication (I Tim., 11, i4). Par elle donc le monde dégradé courba la tète sous le joug du diable : car on est l'esclave de celui par qui l'on a été vaincu (Il Petr., 11, 19).

« L'harmonieux accord des éléments une fois rompu, le déluge dé-

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Nul doute que saint Augustin n'ait appris celte doctrine auprès de son maître Ambroise, avant de la creuser lui-même pour ses propres méditations.

Les écrits absolument authentiques du grand évêque de Milan ne paraissent pas avoir touché ce point de notre croyance. Mais, parmi les ouvrages publiés sous son nom, il en est un pour le moins qui le développe avec insistance. « Ecoutez, mes bien-aimés, quel est le mystère de la loi... Par le premier homme, c'est la vie perdue; par le second, la vie recouvrée. Le premier a perdu la grâce qu'il avait reçue de Dieu; le second nous la rend avec la vie. Le premier,

truisit l'homme, sans pouvoir toutefois effacer le ptché. Isaac, lils d'une mère stérile, a mérité de porler la figure delà croix; mais il ne fut pas digne d'être victime pour les péchés du monde. JMoise, expose sur les eaux, Moïse, l'envoyé de Dieu, arrache le peuple juif à la servitude, mais lui, non plus, n'en délivre pas le monde; il extermine l'Ef^yplieii, non le péché; il fait périr le Pharaon dans les ^outlres de la mer. il n'expulse ni le diable ni ses légions. David se déclare lui-même né dans l'iniquité; ce n'est donc pas à lui qu'il était réserve de purger la terre de ses crimes.

«.Cependant, le char du monde roulait, emporté dansla révolution des temps, sans que personne apportât la délivrance; toujours plus alourdi partie nouveaux crimes, et disloqué par d'etlroyables secousses, il menaçait de s'en aller en pièces, et nulle part il ne trouvait de secours. Alors la cause est renvoyée à la femme, et l'origine est tranchée par l'origine. Ad feminani causa vevertltar, et orif/o per ori(jinein dctruiicatur ; l'origine du péché par la Mère du Christ; la lignée de l'impiété par la lignée de la piété ; la racine de la mort par la racine de la vie » . berm. 120, inNat. Doni. 4. P. L., xxxix, 1894, sq.

Mêmes pensées dans un autre sermon, où l'on trouve des traits et des termes analogues à ceux du précèdent. « Bénie soyez-vous entre les femmes, vous qui avez enfanté la vie pour elles et pour les hommes. La mère de notre race a fait entrer la peine dans le monde, et la Mère de Notre Seigneur, le salut. Eve fut l'auteur du péché, Marie, du mérite; Eve nous a donné la mort, et Marie, la vie... L'obéissance de l'une a répare la desobéissance de l'autre, et la foi de celle-là, la perfidie de celle-ci. C'est pourquoi Marie enfante Jésus dans l'allégresse ; elle l'embrasse avec transport, heureuse de porter ce fils qui la porte u. Serm. 194, de Annunc. Dom.2, n. 2. Ibidem, c. 2io5. On peut lire encore dans vui autre sermon très certainement apocryphe: u Quia primus auctor culpaedejeclus est per feminam, ideo auctorem graliae sine masculo coiicepit et peperit hodie femina Maria Virgo.Haec femina lolins mundi mater et Domina. . » Ex serm. ad FF. in eremo, serm. 20, de Nativ. Domini. P. L., xl, 1268.

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