CH. I. PLAN DE REVANCHE DIVINE IQ
à l'insligatioii d'une vierg'e, est tombé; le second, par la naissance d'une vierg-e, a relevé ce qui était tombé... Donc, le mal par la femme, ou plutôt le bien par la femme; précipités à terre par Eve, nous sommes redressés par Marie; esclaves par Eve et délivrés par Marie. Eve nous a ravi la longévité, Marie nous a rendu l'immortalité. Eve nous a fait condamner par le fruit de l'arbre, et Marie nous obtient notre grâce par le don de l'arbre : car le Christ, son fds, a été suspendu comme un fruit à la croix » (i).
Il serait inutile de pousser indéfiniment nos citations. D'ailleurs, les témoignages, à partir du cinquième siècle, s'offriraient avec une telle abondance qu'un volume entier ne suffirait pas à les contenir. Contentons-nous de fermer la série par quelques textes cueillis, les uns dans l'Occident, les autres en Orient. Voici d'abord saint Pierre Chrysologue (4oo- 45o), cet évêque de Ravenne dont la lettre dogmatique, écrite à l'hérésiarque Entichés, atteste le savoir et la grande autorité. Dans le Christ, dit ce Père, « la femme, qui jadis avait été l'occasion de notre perte, est devenue l'instrument de notre salut; et celle qui, de par le diable, fut si longtemps la mère des morts, a été faite par Dieu la mère des vivants... tant il est vrai que sans Marie ni la mort ne pouvait être expulsée, ni la vie réparée » (2).
Après saint Pierre Chrysologue, voici que saint Bernard, au nom d'une infinité d'autres, va nous retracer le même plan divin :
(i) In app. opp. S. Ambros., serm. 45, de i° Adam et 2°, n. 2. P. L., XVII, 692.
(2) S. Petr. Chrysol., serm. 64. P. L.,lxiv, 38o; cf. serm. Qfj.Ibid.,
« Oui, mes bien-aimés frères, un homme et une femme nous ont grandement nui, mais, grâces à Dieu, tout est merveilleusement réparé par un homme et par une femme, et même avec usure. Car il n'en est pas du don comme du péché : la grandeur de la ruine le cède à l'immensité du bienfait. Ainsi le très sage et très clément ouvrier de l'homme, loin de briser ce qui était si fortement ébranlé, l'a plus avantageusement rétabli, formant pour nous le nouvel
Adam de l'ancien, et transfusant Eve en Marie
Elle fut une cruelle médiatrice, cette Eve par qui l'antique serpent infecta l'homme lui-même de son venin pestilentiel; mais combien fidèle Marie, qui a préparé pour l'un et l'autre sexe l'antidote du salut. Celle-là fut un aide pour la séduction, celle-ci pour la propitiation ; celle-là suggéra la prévarication, celle-ci nous apporta la rédemption. Illa enim ministra seductionis ; Jiaec, propitiationis ; illa siiggessit praevaricationem^ haec ingessit redemptionem » (i).
La vérité, tant de fois enseignée par ses Pères et ses Docteurs, l'Église latine la chante dans ses hymnes. « 0 la plus glorieuse des vierges.... Ce que la malheureuse Eve nous avait enlevé, vous nous le rendez par votre vivifiant rejeton; et pour que nous, misérables, nous montions parmi les astres, vous ouvrez les portes du ciel w (2).
(i) s. Bernard., Serm. de xii Praerogat. n. 2. P. L.,CLXxxin, 429, 43o. Cf., hom. 2 in Missus est, n. 3. JbicL, G2. (;)) O gloriosa Virginum...
Quod Eva fristis absiulit.
Tu reddis alino gennine, etc. A qui désirerait entendre encore une mullilude d'autres témoins, je conseillerais de lire le P. Passaglia,rfe Immaculato Deiparae conceptu, sect. 5, c. i,du n. 902 au n. 978. Il y verrait les églises latine, grecque, syrienne, arménienne et copte s'unir par leurs docteurs et par leurs écrivains les plus célèbres, en même temps que par leurs monu-