‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 2)Chapitre 60 sur 98 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De la vertu des paroles de Notre Seig-neur ; et quels effets ontelles produits — soit dans la bienheureuse Vierge, — soit dans le disciple bien aimé, — soit enfia dans ceux dont il était le représentant?

I. — La promulgation authentique de la fécondité ■spirituelle de Marie, faite dans les circonstances que nous avons dites, avait une vertu merveilleuse pour imprimer au cœur de la Vierg-e l'affection la plus maternelle pour les hommes. En môme temps, elle est très propre à nous donner à nous-mêmes une conviction plus palpable et mieux sentie de notre filiation. Il en est d'elle, à ce point de vue, comme de l'absolution sacramentelle. Quelque preuve qu'un pécheur puisse avoir et de la perfection de son repentir et du pardon reçu, presque jamais il ne g-oûlera la confiance et la sérénité de l'âme qui lui vient de la sentence d'un prêtre, lui disant au nom de Jésus-Christ : Je vous absous de vos péchés ; allez en paix.

On peut se demander si les paroles de Notre Seig-neur n'eurent pas d'autre effet. Or, au sentiment de savants docteurs et de grands saints, leur efficacité ne s'arrêta pas là. Les paroles de Jésus-Christ étaient de celles que les théologiens ont nommées pratiques^ parce qu'elles portent avec elles la vérité qu'elles énoncent. Notre Seigneur, à la dernière Cène, prit du pain, le bénit et dit en le présentant aux Apôtres : « Ceci

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est mon corps. Et c'était son corps qu'il leur donnait à mang-er; ce qui jusque-là n'était que du pain était devenu, par la vertu même de ses paroles, la propre chair du Fils de Dieu. Un aveugle, prosterné devant le Sauveur, le conjure de lui rendre la vue. Qu'il vous soit fait selon votre foi, dit Jésus, et il voit. Paroles pratiques encore, puisqu'elles ont opéré ce qu'elles signiliaient.

Dirons-nous des paroles de Jésus-Glirist mourant : Voici votre fils, voici votre mère, qu'elles n'ont pas seulement promulg^ué la maternité de Marie, mais qu'elles l'ont faite ? C'est ce que j'ai lu dans plus d'un auteur, et ce qui toutefois ne peut être admis, selon toute la propriété des termes : car la raison fondamentale pour laquelle nous devons voir en Marie notre mère suivant la grâce est sa coopération au mystère de notre délivrance, je veux dire l'enfantement du Sauveur et sa propre compassion.

Moins encore pourrions-nous adopter une opinion singulière^ autrefois soutenue par quelques auteurs(i). D'après elle, Jean, par la vertu des paroles du Sei-

(i) Le P. Alph. Salmeroii l'a réfutée dans ses Comment, in hislor. evang , t. X, tract. 4i « terlium dubiuni est. » Cf. P. Tlieoph. Raynaud, Diptijcha Mariana. P. 1, puncl. 8, n. a8. (lelte opinion aurait, ce semble, pour premier auteur un théologien de l'Ordre de S. François, Nicolas de Orbellis. Salmeron pourtant (/. c.) ne fait pas mention du docte et pieu.x franciscain, u Quelques-uns, dit-il, presque de notre temps et dans notre siècle ont prétendu qu'en vertu des paroles du Seigneur, Jean fut constitué fils de la B. Vierge suivant la nature. Jadis un certain Baurinon d-fendit à Rome cette opinion dans une dispute publique, et c'est contre lui, je pense, que l'évéque de Brescia (Brixieasis) Dominique de Dominis écrivit au temps de Pie II. Plus récemment, un prédicateur soutenait une opinion identique, à Tarragone, en Espagne D'après lui, Jean, parmi ses autres prérogatives, comptait celle d'avoir reçu de Dieu une filiation naturelle par rapport à la B. Mère de Dieu ». Viennent ensuite les arguments apportés en faveur de la thèse, et qu'il serait oiseux de rappeler en détail. Le premier de tous est comme toujours une preuve basée sur l'efficacité des paroles de la consécration.

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gneur, serait devenu pour Marie, non pas un enfant d'adoption, mais un fils selon la nature, /llius natiiralis. Le P. Théophile Uaynaud qui rapporte la même opinion pour la réfuter avec la vivacité parfois trop mordante de son style, va même jusqu'à soupçonner les auteurs d'avoir imaginé je ne sais quelle transsubstantiation du fils de Zébédée au fils de la Vierge, Mère de Dieu. Quoi qu'il en soit, rien n'est moins vraisemblable qu'un pareil sentiment, soit qu'il s'étende à la filiation commune des chrétiens, soit qu'on l'ait restreinte, comme il est plus croyable, à celle du disciple bien-aimé de Jésus.

La raison en est manifeste. Car toute filiation naturelle est une relation de père et de mère à fils, qui présuppose comme fondement essentiel une génération proprement dite, c'est-à-dire, une transmission de la nature des parents au fruit vivant qui portera le nom de fils.

C'est vainement qu'on invoquait à l'appui de ces pieuses rêveries l'autorité de saint Pierre Damien. Voici, d'ailleurs, le passage à l'aide duquel on prétendait les confirmer; on jugera s'il contient ce qu'on voulait y trouver. Il est tiré du deuxième sermon sur l'apôtre saint Jean. « Les paroles prononcées par le Sauveur en croix : Femme, voilà votre fils, et : voilà votre mère, ne doivent pas être entendues comme des paroles purement humaines; elles furent efjicacea, appuyées qu'elles étaient sur la vertu divine et l'invincible autorité de la vérité. Car le Verbe unique du Père est un Verbe substantiel, éternel, consubstantiel au Père, et, par conséquent, ses paroles, parce qu'elles sont esprit et vie, ne peuvent passer sans effet. Le ciel et la terre passeront, a-t-il dit lui-même, mais

eu. IV. EFFETS DE L\ l'UOMULGATION SoQ

pour mes paroles elles ne passeront point (i). De même qu'il a dit à sa mère : Voilà votre fils; il a dit aux disci[)les: Voilà mon corps. Et telle fut la puissance de ces dernières paroles que le pain qu'il montrait fut aussitôt changé en son corps. Il a dit et tout a été fait; il a ordonné, et tout a été créé (2). Ainsi, par une certaine analogie, ex qiiadani similitudine, si nous osons parler de la sorte, le bienheureux Jean ne reçut pas seulement le nom de fils, mais, en vertu des paroles du Seigneur, il mérita de contracter une liaison plus intime et plus profonde avec la Vierg-e bénie. Considérons donc, ô mes hien-aimés, quelle est la gloire de ce grand homme, dont le sacrement de cette adoption mystérieuse a fait et le fils de la Vierg-e et le frère du Sauveur » (3).

11 n'est pas difficile d'entrer dans la pensée du saint docteur. Loin de rêver je ne sais quelle métamorphose physique du disciple en la personne de son Maître, il la rejette clairement, quand il ramène tout à des analogies. Quelle vertu donne- t-il donc aux paroles du Seig-neur? Celle que nous reconnaissons nous mêmes; la vertu de produire et dans la Vierg'e et dans le disciple la source toujours jaillissante des sentiments de la meilleure des mères pour son fils et du meilleur des fils pour sa mère. C'est, en effet, ce que ne pourraient jamais faire des paroles purement humaines. Elles ont, si vous le voulez, la puissance d'établir des devoirs et des nœuds extérieurs; mais jamais elles ne peuvent, /?«r elles-mêmes ,iYd.\\^{oTm&T immédiatement

(il iMatlh., XXIV, 35.

(2) Psalm., cxLviii, 5.

f3) S. Petr. Damian., serm. 6j, de S. Joanne Apost. a. P. L. cxliv

les cœurs; faire, en un moment, un cœur de fils, un cœur de mère.

Saint Tiiomas de Villeneuve avait connu cette étrange doctrine ; mais, loin de l'admettre, il approuve de tout le poids de son autorité l'interprétation que nous proposions tout à l'heure, à propos du texte de saint Damien. « Jésus-Christ, dil-il, était suspendu à la croix, sur le point de mourir et de retourner là d'où il était descendu. Il fit ses dispositions testamentaires, léguant son esprit au Père, son corps à l'Eg-lise, son sang- aux pécheurs; au larron le royaume du ciel, aux soldats ses vêtements, à Pierre son Eglise, l'Esprit Saint aux Apôtres, et l'abondance de ses grâces aux élus. A ses pieds, il voit le disciple qu'il aimait, attendant sa part aux legs du Seigneur. Que vous léguerai-je, ô mon bien-aimé? Voici votre mère. C'est de tous mes biens le plus précieux et le plus cher, je vous la donne ; elle est à vous. Et se tournant vers sa mère: Voilà, dit-il, votre fils... Et n'allons pas croire que ce soient là des paroles creuses et stériles. On a vu des hommes doctes et pieux affirmer que cette filiation ne ressemble aucunement à celles qui, reposant sur les adoptions humaines, sont tout à l'extérieur, et n'emportent aucun changement intime dans l'être. Celui qui d'une parole a tout créé de rien, ne peut-il faire un fils de qui ne Tétait pas? S'il a pu le faire, il l'a fait. Ainsi raisonnent-ils. Le Christ, en elfet, n'a pas dit: Tenez-la pour votre mère ; il a dit du ton le plus affirmatif : Voilà votre mère.

« Que celte opinionsoit pieuse et religieuse, je ne le conteste pas; pourtant je n'oserais y engager ma foi. La Vierge est donc la mère de Jean, non par une disposition purement légale, non de par la nature, mais

cil. IV. EFFETS DE LA PUUMULG ATION 3ir

par grâce. C'est donc justement que le disciple, à partir de cette heure, la prit avec lui. Le Seigneur imprima par cette parole au cœur virg-inal de Marie un amour maternel pour Jean, mais un amour et plus fort et plus ardent que la rature n'en produit dans le commun des mères. Et réciproquement il mit aux entrailles de l'Apotre un respect filial pour la Vierg'e,. tel que nul fils n'en eut jamais pour sa mère. De même donc qu'en disant: Ceci est mon corps, il fit du pain son vrai corps; ainsi, quand il dit: Voilà votre fils, il transforma par amour le simple parent en fils. Pourtant, ce ne fut pas un lien de nature, mais de grâce; plus relevé toutefois, et plus intime que ne l'auraient pu faire la loi et l'adoption humaines » (i).

Voilà donc quel dut être l'effet ex opère operato des paroles du Seig"neur, et dans sa propre mère et dans le disciple bien-aimé. Et c'est aussi la vertu que Suarez leur reconnaît comme la seule qui soit vraisemblable. (( Plusieurs, dit le grave théologien, ont affirmé et même publié par écrit des paroles du Seig-neur qu'elles eurent une efficacité vraimentsing-ulière, celle de produire l'effet propre et physique qu'elles signifiaient. Elles auraient, en conséquence, imprimé dans la Vierg'e et dans le disciple aimé la relation physique et réelle d'une mère à son fils et d'un fils à sa mère; ce qui manifestement est fiction et impossi bilité. Car des relations de ce g"enre supposent un fondement qui ne se trouve pas ici. Ce qui toutefois est vraisemblable, c'est que le Christ imprima par les mêmes paroles un amour réciproque entre la bien-

(i) s. Thom. a Villanova, Conc. i de S. Joan. Apost., n» 9. 0pp., t. II, p. 5;5, sq.

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heureuse Vierg'e et Jean ; source d'amour maternel dans l'une, et source d'amour filial dans l'autre » (i). Mêmes pensées dans Cornélius a Lapide : « Les paroles du Christ ne sont pas, comme celles des hommes, purement orales et sans efficacité; mais, comme les paroles de Dieu, réelles, efficientes, produisant ce qu'elles signifient. C'est pourquoi, elles gravèrent dans l'Evang-éliste un amour, un esprit filial envers la tout heureuse Vierg'e, celui qu'on doit avoir pour une mère » (2).

II. — Si donc, comme nous l'avons démontré, et comme ce dernier auteur le reconnaît expressément lui-même, Jésus, dans la personne de Jean, s'adresse à l'universalité de ses disciples, c'est aussi l'effet que ses paroles doivent opérer en eux dans leurs rapports avec Marie. Du reste, la liste serait longue des auteurs où l'on trouve une doctrine semblable.

Bossuet l'a formellement prêchée dans l'un de ses plus beaux sermons. « De vous dire combien ces paroles, poussées du cœur du Fils, descendirent profondément au cœur de la mère, et l'impression qu'ils y firent, c'est une chose que je n'oserais pas entreprendre. Songez seulement que celui qui parle opère iojites choses par sa parole toute-puissante ; qu'elle doit avoir un efFet merveilleux, surtout dans sa sainte mère, et que, pour lui donner plus de force, il l'a animée de son sang, et l'a proférée d'une voix mourante, presque avec le dernier soupir. Tout cela

(1) Suarez., De mi/ster. Christi. D 87,8. ^.I" Tertium verbum... ». Suarez ajoute : Sed de hoc alias. S'il a voulu par là promettre de plus amples explications, j'ignore dans quelle partie de ses oeuvres on pourrait les trouver.

(■>) Cornel. a Lapide, Comment, in Evang. Joann. xix.

CH. IV. EFFETS DE LA PUOMULGATIO.N 3l3

joint ensemble, il n'est pas croyable ce qu'elle était capable de faire dans l'anie de la sainte Vierge » (i).

Je passe sous silence une foule d'autres témoignages attribuant l'efficacité qu'on vient de voir aux paroles du Seigneur. On les trouverait en grand nombre, si l'on se reportait aux ouvrages qui reconnaissent dans ces mêmes paroles une proclamation de la maternité de grâce (2).

Or, ce que l'autorité du témoignage nous porte à croire, la nature même des choses et l'expérience s'unissent pour nous le persuader. J'ai dit :Ia nature des choses. Rappelons-nous le grand principe posé par saint Thomas d'Aquin, lorsqu'il s'agissait d'établir les perfections de grâce octroyées à la Mère de Dieu : « Quand Dieu choisit par lui-même quelqu'une de ses créatures pour une fonction spéciale, il la dispose d'avance et la prépare à remplir dignement le ministère auquel il l'a destinée » (3). Que, dans certaines conditions toutes singulières, un homme puissant et riche laisse par testament un étranger pour fils à sa mère, il devra, s'il est sage et s'il les aime, leur recommander d'avoir l'un envers l'autre des sentiments conformes aux nouveaux liens qui les unissent. C'est tout ce qu'il peut faire. Mais ce qui serait assez pour un homme ne suffit pas, quand c'est un Dieu qui forme

(i) Bossnet. 2° serm. [.our le vend, de la Semaine de la Passion, s" point. Il faut, ce me semble, interpréter dans le même sens, au moins en ce qui concerne saint Jean, ce texte d'Arnaud, évêque de Chartres : « Vices filii naturalis accepit adoptivus, et transl'unditur in ministrum filialis affectus, formaturque et firmatur in ambobus pietatis unicae gratus concorsque compicxus, non ex traducenaturae, sed ex munere gratiae ". Ernald. Carnotens., de Verbis Doniini in cruce, tract. III, P. L. ci-xxxix, 1696.

(3) Voir plus haut, L. iv, cli. 2, p. a6C et suiv.

(3) S. Thom., 3 p., q. 27, a. 4. Cf. ['^ Partie, L. III, c. 3, t. I, p. a56, suiv.

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cette alliance, parce que son pouvoir à lui va plus loin.

Aussi bien, voyons-nous que, dans l'ordre de la nature, il a planté dans le cœur des mères et dans le cœur des enfants une affection mutuelle, si spontanée, si universelle que, pour ne pas l'avoir, il faudrait s'être dépouillé de l'humanité. Dieu ne peut être moins libéral dans l'ordre de la grâce. Donc, et c'est une conclusion qui s'impose, faisant et promulguant Marie notre mère, il a dû lui donner avec surabondance le cœur, les dispositions, les sentiments et l'affection d'une mère. Donc, les mêmes paroles qui, sorties de son cœur plus encore que de sa bouche, descendirent du haut de la croix sur la Vierge bénie, portèrent avec elles une flamme d'amour qui l'embrasa d'une affection toute maternelle pour les hommes. Et ces mêmes paroles allumèrent, en même temps, au cœur des disciples un amour filial pour Marie qui ne doit jamais s'éteindre : car la filiation qu'elles sanctionnent durera tout autant que la maternité, c'est-à-dire jusqu'à la consommation des siècles et par delà.

N'esL-ce pas là ce que nous révèle, à chaque page et presque à chaque ligne, l'histoire du peuple chrétien; et jamais paroles eurent-elles un si vivant et si palpable commentaire? Ce n'est pas ici le lieu de raconter les universelles manifestations de ce double amour. La tendresse et le dévouement de la bienheureuse Vierge ne se lassent jamais : tant résonne toujours à l'oreille de son cœur la toute aimante et toute puissante parole de l'Homme-Dieu : Femme, vo'ci votre fils. Et ce que nous disons de la mère,il faut l'entendre, toute proportion gardée, des enfants qui lui furent donnés.

C'est que la parole de Jésus : Voilà votre mère,

en. IV. EFFETS DE LA PROMULGATION 3l5

agit toujours, à travers les siècles, portant comme instinctifs dans le cœur des fidèles le respect, la confiance et l'amour pour leur divine mère (i). Ne m'opposez pas ces chrétiens qui montrent à son ég-ard ou l'indilTérence ou l'oubli : car il se trouve des fils suivant la nature qui ne sont ni plus aimants ni plus respectueux pour leur mère; ou parce qu'ils n'ont pas le bonheur de la connaître, ou parce qu'ils sont plus ou moins dénaturés. Si leur conduite ne prouve rien contre la voix commune de la nature ; pourquoi voudricz-vous méconnaître celle de la grâce, ^ous le spécieux prétexte qu'elle n'est ni toujours entendue, ni toujours obcie?

Du reste, nous pouvons encore invoquer sur ce point un témoignag-e bien précieux. C'est Léon XIII qui le rend, dans une de ses Encycliques sur le Rosaire. Parlant de lindulgence et de la bénig-nité sans mélange et sans bornes de la bienheureuse Marie, notre universelle intermédiaire auprès de son Fils, le Pontife ajoute : « C'est ainsi que Dieu nous l'a préparée. Par cela même qu'il l'a donnée comme mère à son Fils unique, illui a inculquédes sentiments maternels, des sentiments qui ne respirent que l'amour et le pardon... C'est telle aussi que Jésus l'a proclamée du haut de la croix, quand il a commis à ses soins, à son amour, l'universalité du genre humain.

(i) Je rappelle que l'abbé Guerric a très heureusement signalé ce double effet dans son premier sermon sur l'Assomption de Marie. Après avoir monlré la vivacité et la durée des sentiments maternels de cette Vierge, même rebutée [lar ses fils, il ajoute : « Vide aulem si non et filii malrem videutur agnoscero, dictante ntiqiie iusis vehiti quadajn natiwali pielate Jîdei, ut ad invocationem nominis ejus rcfugiaiit in omnibus uecessitatibus et periculis. tanquam parvuli ad binum matris ». Guerric. abb., in Assainpt. scrm. i, nn. 3 el 4- P- L. clxxvv, pp. j88,

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dans la personne de Jean son disciple bien-aimé ; c'est telle enfin qu'elle s'est donnée elle-même lorsque, recueillant d'un cœur viril l'héritage d'immense labeur q.ue lui laissait son fils mourant, elle commença sans retard à remplir envers tous ses devoirs de mère.

« Et ce dessein de miséricorde réalisé en Marie par Dieu et confirmé parle Testament du Christ,les Apôtres et les premiers fidèles en eurent, dès le principe, le sentiment joyeux. Ils le sentirent aussi, les vénérables Pères de l'Eglise et toutes les nations chrétiennes de tout âge avec eux. Et quand même leurs paroles et leursécrits se tairaient, une voix qui s'échappe de toute poitrine chrétienne nous le rappellerait encore éloquemment. Et la raison, c'est que la foi divine, par une impulsion très puissante et très douce, nous pousse et nous entraîne vers Marie... Ils sont donc à plaindre ceux qui, participant à notre foi sainte, osent traiter parfois d'excessif et d'extrême notre culte pour la Vierge Mère : car ils blessent grandement en cela la piété filiale » (i).

Le même Pontife suprême, dans une autre encyclique,parle encore de cette dévotion filiale des chrétiens pour Marie comme d'un sentiment qui leur est en quelque sorte naturel. Il avait rappelé la scène du Calvaire; comment, dans la personne de son disciple, le Christ avait assigné Marie pour mère au genre humain tout entier, mais spécialement aux fidèles; comment, après avoir été la coopératrice de l'humaine rédemption, la Vierge a reçu un pouvoir presque immense pour en dispenser les fruits de grâce. «. Voilà

(i) Léo XIII, Encycl. Oclobri mense (aa sept. 1891).

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