‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 2)Chapitre 59 sur 98 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Opporlunhé de la promulgation de la maternité spirituelle de la Vierge Marie, faite au Calvaire par le Rédempteur mourant.

Nous avons à méditer dans ce chapitre une double opportunité : premièrement, opportunité d'une promulgation explicite de la maternité de g"râce; secondement, opportunité de la faire au moment même où le Seigneur, allant expirer sur la croix, dit à sa mère : Voici votre fils.

I. — Opportunité d'une promulgation explicite de la maternité de grâce. Je ne le nie pas, il aurait absolument suffi que cette maternité, comme plusieurs autres vérités de l'ordre surnaturel, nous eût été révélée d'une manière implicite. Et certes, quand même Jésus-Christ n'aurait pas prononcé, du haut de sa croix, la double affirmation rapportée par saint Jean, cette maternité sainte ne serait pas un mystère ignoré des chrétiens. Il y aurait assez d'autres principes d'où nous pouvons la déduire. Mais quel surcroît de confiance et de consolation pour les fidèles d'entendre Jésus lui-même, et dans un pareil moment, proclamer de sa voix mourante qu'il leur a donné sa mère.

Ainsi Jésus-Christ pouvait-il, s'il l'eût voulu, nous donner sa grâce par des sacrements, où le don qu'il en

cil. m. — oppûRTUiNiTi;; de la l'aoMULG.VTioN 29.5

fait, ne sérail pas, comme dans les noires, sig-nifié par des paroles expresses. Mais, parce qu'il est notre Dieii^ Jésus-Christ connaît à fond la nature humaine, et sait quelle puissance a la parole pour la toucher et la convaincre. C'est pourquoi il en a fait partout l'enveloppe sensible de ses libéralités divines envers nous; et c'est à raison du même dessein que la sainte Eg-lise, éclairée par son Esprit, a institué tant de cérémonies extérieures pour nous manifester les mystères invisibles de la grâce et de Dieu. La Mère de Dieu est ma mère : je le tiens de la bouche même de son Fils et de mon Dieu. Que puis-je désirer de plus, et que faut-il encore pour que je la vénère et je l'aime plus que toutes choses, à l'exception de Dieu?

Souverainement utile pour les disciples, cette atiestalion solennelle de sa maternité l'était aussi pour Marie. Encore qu'elle fût par grâce au-dessus de l'humanité, la Vierge était de notre nature ; capable par conséquent d'être plus vivement émue, si la voix, et surtout la voix de son Fils, confirmait pour elle ce qu'elle savait être réalisé dans les faits.

Ajoutons à ces considérations, fondées sur la nature des choses, un autre chef de raisons tirées défaits analogues. C'est une loi de la Providence que Dieu ne confère pas immédiatement par lui-même une fonction dans son royaume, sans le faire connaître par une déclaration solennelle. Ainsi a-t-il agi pour son Fils. Bien que mille prodiges l'eussent révélé comme l'Envoyé de sa droite, nous le voyons, sans parler de la manifestation faite aux bergers par les Anges, au premier jour de son existence humaine, authentiquement présenté par la voix du Père comme le Fils bien-aimé de Dieu, que le monde doit écouter et suivre; el tout

à l'heure sa royauté va nous apparaître proclamée dans le moment même de son plus profond anéantissement. Ainsi Dieu a-t-il fait pour la mère du même Fils, au jour trois fois heureux de l'Annonciation ; ainsi Jésus-Ghrisl fera-t-il pour ses Apôtres, avant de remonter au ciel.

II. — Mais s'il était si opportun de promulguer la maternité spirituelle de Marie, aucun moment n'était convenable comme celui-là même où la Mère de douleurs, debout près de Jésus en croix, consommait avec lui l'œuvre de notre salut. C'est à sa maternité divine que nous en demanderons une première preuve.

Marie, nous le savons, dès le premier instant de son existence, fut d'une certaine manière la Mère de Dieu. Elle le fut par destination, puisque toute la raison de sa venue dans le monde était sa maternité future. Elle le fut en préparation. Si, dès ce moment même. Dieu commença de verser à flots sur elle une abondance incomparable de grâces, c'est qu'il la considérait déjà comme celle qui devait donner l'être d'homme à son Fils unique. A partir de cette heure aussi, Marie concevait par l'esprit celui qu'elle devait un jour enfanter dans sa chair. Et pourtant, c'est alors seulement qu'elle devint actuellement mère, je veux dire à son Annonciation, que le m3'stère de sa maternité divine lui fut expressément révélé. Ainsi en doit-il être de la révélation formelle, explicite et publique de sa maternité spirituelle. Pour qu'elle l'entende sortir de la bouche de Jésus, son Fils par nature, ce n'est pas assez que nous soyons ses fils par destination, ni qu'elle ait déjà concouru pour sa part avec le Sauveur au mystère de notre adoption ; il faut que celte renaissance

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soit consommée, du moins en principe; en d'autres termes, il faut que l'œuvre de la rédemption ait reçu son complément final, dans les communes douleurs de Jésus et de Marie.

C'est là ce que viennent aussi confirmer deux autres illustres exemples, celui de la grande promesse faite au père des croyants, et celui de la proclamation de la royauté de Jésus-Christ, Notre Seigneur.

A peine le sacrifice d'Abraham était-il achevé, de la manière etians la mesure déterminées par Dieu, qu'il entendit ces divines paroles : « Je l'ai juré par moimême, dit le Seigneur; parce que tu as fait ceci, et que tu n'as pas épargné ton fils unique àcause de moi ; je te bénirai et je multiplierai ta race comme les étoiles du ciel et comme le sable qui est sur la rivage de la mer » (i). Grande et magnifique promesse que Dieu réalisa bientôt à la lettre dans le peuple juif, et plus tard dans la multitude des fidèles, postérité du saint patriarche suivant l'esprit. Vous le voyez, l*a mystérieuse paternité d'Abraham est solennellement proclamée par Dieu. Mais quand? Alors qu'il l'a méritée par l'acte le plus héroïque auquel Dieu l'avaitattachée. Parce c/ue tu as fait cela, moi je multiplierai ta race.

Or, il n'en va pas autrement de la royauté du Verbe fait homme. Cette royauté sera le prix de son immolation volontaire. « Le Seigneur, disait le Prophète, en racontant par anticipation la Passion du Christ, le Seigneur a voulu le briser par la souffrance. Mais parce qu'il a donné sa vie pour expier le péché, il verra une postérité sans fin... Parce que son âme a été dans le travail et l'angoisse, il verra

(i) Gen., XXII, i6, 17.

et il sera rassasié... Parce qu'il s'est livré à la mort et qu'il a été mis au nombre des scélérats; parce qu'il s'est chargé des péchés dune multitude criminelle et qu'il a prié pour les viola'eurs de la loi, je lui donnerai en partage un peuple nombreux, et il distribuera les dépouilles des forts » (i). Cette postérité sans fin du Ciirist, ce peuple enrichi par lui de la dépouille des forts, nous les connaissons, et nous voyons de nos yeux réalisé dans nous-mêmes l'oracle divin.

El maintenant, ouvrez l'Evangile, et lisez comment cette royauté de son Fils, Dieu la proclame solennellement dans le moinenlet surles lieux mêmes, où ce Fils en faisait la conquête par l'effusion de son sang. C'est Pilate, inconscient du mystère, maisPilate instrument et ministre de D!eu, qui fai". cette déclaration, publiquement, en présence du peuple, à la face du monde. «Or, Pilate... fit amener Jésus dehors, et il s'assit sur son tribunal, au lieu qui est appelé Liihostrotos, en hébreuGabbatlia, — etPilate ditauxJuifs : Voilà votre Roi. — Et comme ils criaient : Enlevez-le, enlevez-le, crucifiez-le, Pilate leur demanda : Ciucifierai-je votie Roi » (2)? Djulez-vous que cette attestation vienne du Père par l'organs de Pilate, levez les yeux et lisez l'inscription qui surmonte la têle du Crucifié : Jésus de Nazareth, roi des Juifs. Le Roi des Juifs, Roi tant désiré, si longtemps attendu, c'est le Messie, le Fils de Dieu, le triomphateur du monde. Vainement les ennemis de Jésus-Christ vont trouver le procureur rijmain; vainement ils le pressent de modifier à leur gré son inscription. Lui, si faiblt3 tout à l'heure, si

(1) Isa., LUI, 10, sqq.

(2) Joan.j XIX, i3, sqq.

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limide devant leurs clameursJiKsqu'à sacrifier nn juste qu'il savait de science certaine être innocent, rcsisle. D'un mot il coupe court à toute sollicitation : Ce qui est écrit est écrit. Est-il possible de ne pas reconnaître ici la main et l'action de Dieu? Donc, c'est Dieu lui-môme qui a tout dicté. El cette promul^^'-ation de la royauté de son Fils, il la destine au monde entier: car « elle est écrite, dit l'Evang-ile, en hébreu, en grec et en latin » (i); preuve authentique qu'elle n'est pas seulement pour les Juifs, mais pour toute nation.

La conséquence à tirer de ces exemples, du dernier surtout, est manifeste. O.îi, la maternité de grâce devait être proclamée; oui, l'heure de cette proclamation fut celle où Jésus dit à sa mère : Femme, voilà votre fils. Car c'est à cette heure seulement que la Sainte Vierge devint complètement mère des hommes. Jusque-là, elle l'était imparfaitement, comme son Fils lui-même n'était pis complètement Sauveur. De même qu'il fallait à Jésus sa Passion et sa croix pour que, les péchés du monde étant expiés, il fît couler à flots sur les hommes la grâce de la filiation divine avec le sang rédempteur; ainsi fallut-il à Marie sa compassion pour qu'elle eût sa part de choix dans le salut opéré par son Fils. Alors seulement Jésus-Christ, nous faisant entrer dans la vie de Dieu par sa mort, pouvait dire à son Père céleste, en lui présentant l'homme racheté : Voilà votre fils. De même, alors seulement il pouvait montrer le même homm3 à celle qui, conjointement avec le Père et d'une même volonté, venait de l'enfanter avec une angoisse inexprimable, et lui dire : Voilà votre fils. S'il est né de mon sang, il sort

(i) Joan., XIX, 19, sqq.

LA MATERNITE PROMULGUEE

aussi de votre cœur déchiré; car c'est de vous que j'ai reçu le sang qui le vivifie, et c'est aussi de votre consentement que je l'ai versé.

Cette première preuve est convaincante; mais il en est d'autres qui ne sont pas moins solides. Laissons encore ici parler Bossuet: personne n'a mieux que lui traité de ce mystère. « D'où vient que notre Sauveur a voulu attendre cette heure dernière pour nous donner à Marie comme ses enfants? En voici la véritable raison: c'est qu'il veut lui donner pour nous des entrailles et un cœur de mère. Et comment cela, direzvous? Admirez le secret de Dieu. Marie était au pied de la croix; elle voyait ce cher Fils tout couvert de plaies, étendant ses bras à un peuple incrédule et impitoyable, son sang- qui débordait de tous côtés par ses veines cruellement déchirées. Oui pourrait vous dire quelle était l'émotion du sang maternel? Ah ! jamaiselle né sentit mieux qu'elle était mère. Toutes les souffrances de son Fils le lui faisaient sentir au vif. Que fera ici le Sauveur? Vous allez voir qu'il sait parfaitement le secret d'émouvoir les affections. Quand Tâme est prévenue pour un objet de quelque passion violente, elle en reçoit aisément les impressions pour tous les autres qui se présentent. Par exemple, vous êtes possédé d'uu mouvement de colère ; il sera difficile que ceux qui approchent de vous n'en ressentent quelques effets. Il en est de même dans les autres passions, parce que, l'âme étant déjà excitée, il nereste plus qu'à l'appliquer sur d'autres objets, à quoi son propre mouvement la rend extrêmement disposée.

« C'est pourquoi le Seigneur Jésus, qui voulait que sa mère fût la nôtre, afin d'être notre frère en toute façon, considérant du haut de sa croix, combien son

en. III. — OPPORTUNITÉ DE LA PROMULGATION 3oi

àme était alteiulrie, comme si c'eût été là qu'il l'eût attendue, il [nh son temjis de lui dire, lui montrant saint Jean: 0 Femme, voilà votre fils (i). Ce sont ses mots, et voici son sens: 0 femme affligée, à qui un amour infortuné fait éprouver maintenant jusqu'où peut aller la tendresse et la compassion d'une mère, cette même affection maternelle dont vous êtes touchée si vivement pour moi, ayez-la pour Jean, mon disciple et mon bien-aimé ; ayez-la pour tous les fidèles que je vous recommande en sa personne, parce qu'ils sont tous mes disciples et mes bien-aimés. Ce sont là ces paroles qui imprimèrent au cœur de Marie une tendresse de mère pour tous les fidèles comme pour ses véritables enfants. Car est-il rien de plus efficace sur le cœur de la très sainte Vierge que les paroles de Jésus mourant » (2) ?

(i) On trouve ici dans les manuscrits de Bossuet cette note marginale, par laquelle il fortifie de l'autorilé de sa parole la signification mystique que nous donnions au texte. « S. Jean nous représente en cette action l'universalité des fidèles. Comprenez, s'il vous plaft, ce raisonnement. Tous les autres disciples de mon Sauveur l'ont abandonné; et Dieu l'a permis de la sorte^afin de nous faire entendre qu'il y en a peu qui suivent Jésus-Christ à la croix. Donc, tous les autres étant dispersés, la Providence n'a retenu près du Dieu mourant que Jean le bienaimé de son cœur. C'est l'unique, c'est le vrai fidèle. Car celui-l,i est vraiment fidèle à Jésus, qui suit Jésus jusqu'à la croix; et ainsi cet unique fidèle représente tous les fidèles, l'ar conséquent, lorsque Jésus- (.Jirst, parlant a sa mère, lui dit que saint Jean est son fils, ne croyez pas qu'il considère saiijt Jean comme un homme particulier ; il lui donne en la personne de Jean tous ses disciples et tous ses fidèles, tous les héritiers de la nouvelle alliance et tous les enfants de la croix. De là vient, comme je l'ai remarqué, qu'il Vappdle femme ; il veut dire femme par excellence, fem:; e choisie singulièrement pour être la mère du peuple élu. 0 femme, lui dit-il. ô nouvelle Eve; voilà votre fils, et lui et tous les fidèles qu'il représente, ce sont vos enfants. Jean est mon disciple et mon bien-aimé : recevez en sa personne tous les chrétiens, parce qu'il tient la place d'eux tous, et qu'ils sont tout aussi bien que Jean mes disciples et mes bien-aimés. » Second Scrm. pour la y^ativ. de la S. Vierge iédit. Lâchât), t. XI, p. 97, en note.

(2) Bossuet, 2' serm. pour la Nativ. de la S. V., 2' p. Cf. serm sur la Compassion, 2* serm. pour le vendr. de la sem. de la Passion, 2« point.

302 L. IV. LA MATEUNITJÉ l'ROMULGUEE

Voilà, si' je l'ai bien compris, la pensée de Bossuct. La bienheureuse Vierge ainm toujours son Fils d'un amour dont n'approchera jamais ni l'amour des Anges ni l'amour des Saints. Toutefois, cet amour si tendre, si fort, si continu, s'exalte encore à cette heure où Marie contemple Jésus dans l'acte de son saciifice. Jamais elle n'avait jusque-là compris ni senti, comme elle le fait, quels trésors de tendresse, de charité, de générosité, de mansuétude, en un mot, d'amabilités étaient renfermés dans ce cœur ; et, par conséquent, jamais non plus elle n'avait brûlé pour lui d'un amour égal à celui qui l'embrase. Or, c'est à ce moment où le cœur de Marie attendri , transporté, liquéfié par l'amour, ne sait plus qu'aimer ; c'est, dis-je, à ce moment que Jésus-Christ la surprend, pour ainsi dire, la saisit et la tourne vers nous. Ce disciple debout à vos côtés, et tous les hommes dans ce disciple, ils sont vos fils; mieuxencore, votre fils : car ma grâce, cette giâce achetée par tant de blessures, tant d'ignominies et de sang-, les incorpore ou doit les incorporer à ma personne. Vous les aimerez donc comme je les aime, et comme vous m'aimez; ou plutôt, c'est moi que vous aimerez en eux, moi votre fils dont ils sont les frères et les membres. Oui, ces bourreaux même vous les aimerez en mère : car la voix de mon sang, criant miséricorde vers le Père, n'excepte personne, et mon horreur pour leur déicide ne m'empêche pas de les aimer jusqu'à mourir pour eux .

Est-il possible d'imaginer une exhortation plus vive, plus pressanteetplus efficace? C'est pourquoi, le grand orateur voit dans les paroles de Jésus-Christ un glaive aigu qui, perçant le cœur virginal de Marie, porte, jusque dans ses dernières profondeurs, l'amour de mère

cil. m. OPPORTUNJTK DE LA PUOMULGATIUN 3o3

qu'il veut y faire entrer pour tous ses fidèles. « Ainsi, continue-t-il en s'adressant à la Vierge, vous nous avez pour ainsi dire enfantés d'un cœur déchiré par la violence d,'une al'fliclion sans mesure; et toutes les fois que les chrétiens paraissent devant vos yeux, vous vous souvenez de cette dernière parole, et vos entrailles s'émeuvent sur nous, comme sur les enfants de votre douleur » (i).

Je ne dissimulerai pas que ces pensées pourraient paraître opposées à ce nous dirons bientôt, à la suite des saints Pierre Damien et Thomas de Villeneuve, sur la uertii pratique des paroles du Sauveur, A quoi bon, en elfet, recourir aux circonstances douloureuses où ces paroles sont dites, pour en expliquer l'eftîcacité, si par elles-mêmes elles ont la puissance de produire en Marie son amour de mère?

Cette objection est plus plausible que solide. Les sacrements de l'Eglise contiennent en eux-mêmes la g'iâce, et par suite ont le pouvoir de la produire ou de l'augmenter en nous. Et pourtant, leur effet dépend pour une grande part de l'état et des dispositions de qui les reçoit ; et c'est assez pour nous faire entendre que les paroles du Seigneur à la Vierge, encore qu'on les suppose efficaces par elles-mêmes, ont dû imprimer en elle un amour d'autant plus fort que son cœur était mieux préparé par son déchirement maternel à le recevoir. C'est donc à bon droit que l'illustre panégyriste de Marie insiste sur la considération de l'heure où furent dites ces dernières paroles. Si la bienheureuse Vierg-e gardait si précieusement dans son cœur pour les méditer les mystères de l'enfance (2), com-

(i) Bussuet, ibid.

(2) Luc, II, 19.

3o4 L. IV. — LA MATERNITÉ PROMULGUEE

ment la Passion de Jésus ne lui serait-elle pas éternellement présente? Donc, perpétuellement aussi elle entend retentir au plus profond de ses entrailles ces paroles à jamais mémorables : Femme, voilà votre fils; et peut elle les entendre, sans être pressée d'en réaliser pleinement la signification?

Me demandez-vous s'il est encore d'autres motifs pour Jésus de proclamer Marie notre mère, à l'heure même où il va expirer sur la croix, je vous montrerai Jean l'Evang-éliste, et dans ce disciple tous les chrétiens qu'il représente? Lui dire et nous dire à ce moment là, quand il va déposer sa vie mortelle et cesser d'habiter visiblement parmi nous : Voici votre mère, n'est-ce pas nous présenter Marie comme notre unique refuge et notre unique espérance après lui? N'estce pas encore nous enseigner avec une éloquence non pareille ce qu'il faut que soient des enfants de Marie? Substitués pour ainsi dire à Jésus crucifié, déclarés fils sur le Calvaire, jetés dans les bras de la Mère de douleurs, ne devons-nous pas, nous ses enfants, nous les frères de Jésus, être mortifiés, porter la croix, partager l'opprobre et la pénitence du Sauveur ; d'autant plus frères que nous reproduirons plus en nous la Passion de Jésus et la Compassion de Marie?

Imitons le disciple bien-aimé. A peine a-t-il entendu la suprême recommandation de son bon Maître, qu'il se sent tout à coup possédé de l'alTection la plus filiale pour Marie. C'est dans sa qualité de mère qu'il la regardera toujours. « Et accepil eam discipulas in sua » (i). Elle est à lui. il est à elle, et rien ne sépa-

( )} Joan., XIX, 37.

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rera jamais le disciple de l'amour de la mère du bel amour. Son cœur, échauffé au Cœur de Jésus, brûlera pour elle du même dévouement affectueux qui remplissait Jésus.

LA JlERt DES H J.M.MES.

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