‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 2)Chapitre 64 sur 98 · CH · texte numérisé non relu

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conslaniment de la terre nos supplications et nos hommages, elle daigne, au ciel, faire monter vers Dieu pour nous une prière empressée. En effet, il n'y a pas à en douter, celle qui a mérité de fournir le prix de notre rachat peut aussi, mieux que tous les Saints ensemble, faire agréer ses suffrages pour les rachetés » (i).

Voyez-vous les deux fonctions générales de la maternité spirituelle de Marie : celle que nous avons étudiée jusqu'à cette heure, fonction de coopératrice à la rédemption du monde, consommée pleinement sur le Calvaire; et celle qui nous reste à méditer, fonction de dispensatrice du bien de son Fils? Voyez-vous aussi comment la première appelle la seconde : car^ si les suffrages de Marie l'emportent en vertu sur les prières réunies de tous les Saints de la terre et du ciel, n'est-ce pas parce qu'elle a seule mérité de préparer pour le sacrifice et d'offrir le prix de la Rédemption? Jésus-Christ, son Fils unique (2)?

Après cette courte entrée en matière, laquelle, à vrai dire, comprend en germe tous les développements qui vont suivre, nous allons tout d'abord asseoir notre thèse sur des raisons tirées de la nature même des choses; ensuite viendra l'appel aux témoignages

(i) Append. serm. S. Augustini, serm. 208, n° 12. P. L. xxxix, 21 34. On estime que ce sermon est ou de Fulbert de Chartres, ou plus probablement, peut-être du B. Ambroise Autpert (viii« siècle). Quoi qu'il en soit, on le retrouve à la suite des œuvres de S. Jérôme,m Manlissa, ep. 10. P. L. XXX, 143, sqq.

(2) Le même rapfort est encore nettement marqué dans l'oraison de la messe votive de la sainte Vierge, à célébrer de Noël à la Purification. « G Dieu qui, par la Virginité féconde de la bienheureuse Marie, avez procuré au genre humain les richesses du salut ; faites nous vous en prions, que nous sentions qu'elle intercède pour nous, celle par qui nous avons mérité de recevoir l'Auteur de la vie, Jésus-Christ, JNotre Seigneur ».

positifs des saintes Ecritures, des Pères et de nos docteurs.

II. — ;- Supposant donc cette vérité que la très Sainte Vierg-e nous a donné sciemment, volontairement et librement l'auteur et le principe de toute grâce et de toute vie surnaturelle, et que, non contente de l'enfanter pour le sacrifice attendu par tous les siècles, elle l'a nourri, gardé, suivi pas à pas jusqu'à la croix, comme l'assistante inséparable de son immolation; cette vérité, dis-je, établie sur des démonstrations solides, que devons -nous conclure? La doctrine qui fait le sujet de ce chapitre : car elle découle de ces prémisses comme d'une source féconde, et par mille ruisseaux. Encore ici, l'embarras n'est pas de trouver les preuves de cette multiple déduction, mais de les ordonner de manière à n'en affaiblir ni la force ni la portée.

A quoi tendent tous les dons de grâce que nous fait la libéralité divine, et d'où viennent-ils? La foi nous l'enseigne, c'est du Rédempteur, Fils de Marie, que nous les tenons, sans exception pour un seul. Et la findes mêmes dons est deparfaire en nous le Christ Jésus (i), de nous incorporera lui, de faire de nous, non seulement un Christ, à l'imitation du Premier- ."^é, mais le Christ total, Christus totiis, suivant l'admirable pensée de saint Augustin (2). De là nous avons déjà conclu, dans l'un des premiers chapitres de cette deuxième Partie (3), qu'il nous faut une mère, et que

(i) GalaL., iv, 5.

(2) La Grâce et la gloire, 1. v., c. k, t. I. pp. 3i5 suiv.

eu. I. — DISTRIBUTION DES GRACES 3^9

celte mère est,cii toute vérité, la bienheureuse Vierg-e Marie.

Mais là ne doivent pas s'arrêter nos déductions : car il appartient aux mères, non seulement de donner la naissance à leurs (ils, mais encore et surtout de présider à leur pleine formation. C'est ce que la sacrée Vierge a fait pour le Sauveur, la tête de la personne mystique dont nous sommes les membres. Supposez qu'après avoir coopéré sur le Calvaire à la première et virtuelle naissance du genre humain (i), elle ne concoure plus à l'application des grâces par où coule la vie divine; c'est une mère encore, si vous le voulez, mais une nîère qui ne fait plus pour les membres ce qu'elle a fait pour le Chef, incapable de présider à leur formation spirituelle.

J'aurais moins de peine à l'entendre, s'il nous était donné, comme autrefois aux esprits angéliques, d'atteindre d'un élan à la perfection, d'un bond à la béatitude finale, c'est-à-dire à la plénitude de l'homme parfait. Mais, dans l'ordre religieux et moral, tout autant que dans l'ordre physique, nous sommes soumis à la loi de l'évolution; petits enfants, infantes, au sortir des eaux du baptême, et devant grandir sous l'action de la grâce, lentement, parfois même avec des reculs, sans jamais échapper pleinement en ce monde aux faiblesses de la formation. Comprenez-vous maintenant la nécessité d'une mère qui, d'accord avec Jé-

(i) Oïl pourrait dire qu'il y a, dans l'ordre surnaturel, comme une double naissance à la vie divine. La première est celle que je viens de nommer virtuelle. ISMe. est commune à tous les hommes, et donne à tous le droit de dire à Dieu, Noire Père. La seconde, celle qui nous constitue for nielle ment enfants de Dieu, et nous introduit de fait dans la famille divine, résulte de l'infusion de la grâce sanctifiame dans les cœurs; grâce ([ui, conjointe inséparablement à l'iiabitation du Saint- Esprit, est le fondement et la raison intime de notre filiation divine.

35o L. Y. MATERNITÉ TOUJOURS EN EXERCICE

sus-Christ et par Jésus-Christ, fasse arriver jusqu'à nous les moyens de conservation et de croissance, c'est-à-dire, les grâces méritées par le Sauveur?

Et cette nécessité paraît d'autant plus pressante que, remontant à l'origine des biens surnaturels épandus sur les hommes, nous trouverons que s'ils viennent principalement du Fils, la mère a généreusement prêté son ministère pour leur acquisition.

Certes, je ne dirai pas que la Rédemption du monde est le prix des mérites et des satisfactions de la Mère de Dieu. Déjà nous avons éliminé cette opinioncomme incompatible avec le rôle exclusif du Rédempteur. Ce qu'elle a mérité, c'est le droit d'être l'instrument par lequel Jésus-Christ dispense les grâces de salut. On peut l'affirmer en ce sens : au moment où la Vierge Mère revêtit librement de sa chair le Verbe fait homme, au moment plus solennel encore où, debout sur le Calvaire, elle l'offrait à Dieu comme notre victime et le prix de notre rachat, elle acquit une sorte de juridiction sur tous les écoulements de la grâce : car celte grâce part d'un sang puisé dans ses veines et d'une chair faite de sa propre chair.

J'ai dit : une sorte de juridiction. Les Saints l'ont prêché longtemps avant moi, et d'une manière encore plus énergique. Témoin ce passage de saint Bernardin de Sienne: «Toute grâce, communiquée aux hommes dans ce siècle, l'est par une triple procession : car elle va du Père au Christ, du Christ à la Vierge et de la Vierge à nous... En effet, à partir de l'heure où Marie conçut le Fils de Dieu dans son chaste sein, elle a joui d'une espèce de juridiction ou d'autorité sur toutes les processions temporelles du Saint Esprit, en sorte que nulle créature ne reçoit de Dieu aucune

grâce dont Marie ne soit la dispensatrice... Elle peut donc être justement appelée la pleine de grâce, puisque toute g-râce coule par elle sur l'Eglise militante » (i). C'est une pensée reprise par Bossuet : « Vous avez en vos mains, dit-il à cette bienheureuse mère, vous avez, si j'ose le dire, la clef des bénédictions divines. C'est votre Fils qui est cette clef mystérieuse par laquelle sont ouverts les coffres du Père Eternel : il ferme et personne n'ouvre, il ouvre etpersonne ne ferme. C'est son sang qui fait inonder 'sur nous les grâces célestes. Et à quel autre donnera-t-il plus de droit sur ce sang qu'à celle d'où il a tiré tout son sang? Sa chair est votre chair, ô Marie, son sang est votre sang ; et il me semble que ce sang précieux prenait plaisir à ruisseler pour vous à gros bouillons sur la croix, sentant bien que vous étiez la source d'où il découlait. Au reste, vous vivez avec lui dans une amitié si parfaite qu'il est impossible que vous ne soyez pas exaucée » (2).

Ces derniers mots de Bossuet suffisent à dissiper je ne sais quelle imagination de certaines âmes, se figurant, dans leur simplicité, qu'il en est des dons surnaturels de la grâce comme d'une chose qui serait matériellement transmise de Jésus-Christ à sa mère pour que nous la recevions d'elle. L'expression de canal souvent employée confirmerait cette illusion. Non, la grâce n'est rien de semblable. C'est Dieu luimême qui l'infuse dans les âmes, mais en considération des mérites de Jésus, à la prière de Marie. Yoilà

(i) s. Bernard. Sen., Serm. de Annuncial. 6, a. i, c. 2. t. I opp., p. 90.

(2) Bossuet. 2' sermon pour le vendr. de la 1" mn. de la Passion. I p Œuvres Orat., l. l,pp. 86, 87.

dans quel sens celte bénie Vierge est aussi la trésorière de la grâce. A Dieu ne plaise que nous matérialisions ce qui de sa nature est purement spirituel.

Notons aussi, pour répondre d'avance aux objections calomnieuses des Prolestants, qu'il ne faut pas prendre le lerme de juridiction, dans le texte de saint Bernardin de Sienne (i), comme s'il s'agissait d'un domaine ou d'une autorité proprement dite. Le saint lui-même nous met en garde contre une pareille méprise. Une certaine Juridiction, dit-il, c'est-à-dire un certain droit fondé sur les dispositions mêmes de Dieu, appelant la Vierge à coopérer, dans la mesure que nous avons dite, à la rédemptiou du monde, et conséquemment sur le mérite que cette mission lui valut, surtout au Calvaire.

Proposons un autre chef de preuves. Personne ne conteste que donner au monde le principe universel de la grâce, être la mère de l'auteur de tout don parfait, ne soit plus que d'être le canal distributeur de la même grâce et d^s mêmes dons. Or, dans les opéralions de la divine sagesse, le plus emporte le moins, quand le plus et le moins appartiennent au même ordre, au même dessein.

Deux analogies contril)ueront à mettre ces vérités dans un nouveau jour. N'est-il pas vrai que Dieu, ayant voulu se donner à nous par Jésus-Christ, cet ordre désormais ne change plus. Ce qui a eu lieu généralement pour tous au Calvaire se continue toujours et pour chacun des hommes à travers les siècles. Nul ne peut aller au Père que parle Fils {2); j'entends,

(i] Suarez sest servi lui-même de la même expression. (2) Joar., XIV, 6.

par le Fils revctii de notre chair. Vouloir obtenir les grâces et l'amilié du Père sans les recevoir par son Christ, c'est impiété ou illusion pure. Pareillement, Jésus ayant voulu se donner à nous par Marie (i),cet ordre ne doit pas changer davantage. La voie normale pour arriver au Fils doit passer par la mère Donc, parce que c'est la grâce qui nous mène au Fils c'est à Marie qu'il appartient de nous obtenir cette grâce. Telle est, eu substance, la première analogie. Voici la seconde.

Eve, par cela même qu'elle a coopéré avec le premier homme à la révolte d'où sortit la déchéance originelle, a donné la mort, en principe, à toute la famille humaine. A ce titre seul elle est vraiment la mère des morts, j'entends des morts à la vie surnaturelle et divine. Mais Eve enfanta des fils avec Adam le grand coupable, et c'est par elle, après lui, que le péché, qui est la mort de l'âme, les infecta de fait, k leur première origine. Ainsi donc, si nous le comprenons bien, Eve n'a pas seulement concouru général lement et de droit à priver l'humanité de la justice primitive, en y^ versant de concert avec son époux l'ordre divinement établi; elle a, de plus, et par une suite nécessaire, coopéré pour sa part à distribuer la mort aux hommes qu'elle engendrait à la vie naturelle; et ce qu'elle fit immédiatement pour ses propres fils, elle continue de le faire, médiatement du moins, pour leurs descendants, à mesure que, partis du premier couple, ils arrivent à l'existence (2).

Donc, pour que le rapport entre l'ancienne et la

(i) Nobis datus, nobis natus

Ex iiitacta Virgiiie (2) Si l'acle d'engendrer est le véhicule de la mort spirituelle, c'est que ce père et celte mère continuent le premier couple d'où ils sont issus.

LA MIiRE DES HOMMES. I. 23

nouvelle Eve se maintienne, il faut que celle-ci coopère prochainement avec le nouvel Adam à la distribution qui se fait de la vie surnaturelle dans tout le cours des siècles. Si vous lui retranchez sa part dans l'application des mérites et de la rédemption du Christ, vous n'avez plus que dans une mesure incomplète l'Eve nouvelle à côté du nouvel Adam, et de ce chef encore le plan de la Réparation va perdre de sa majestueuse et parfaite harmonie.

Insistons sur le caractère de nouvelle Eve pour en tirer tout ce qu'il renferme. Je me rappelle l'antique promesse : « Et le Seigneur dit au serpent : Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme, entre ta race et sa race, et celle-ci te brisera la tête. » Ces inimi* liés, je les voyais tout à l'heure en acte au Calvaire; et \a, femme avec sa race et par sa race, c'est-à-dire la Vierg-e-Mère avec Jésus et par Jésus, écrasait la tête du monstre infernal. Mais, si vaincu, si renversé, si broyé qu'il soit, celui-ci n'est pas anéanti. Le dragon se redresse encore pour combattre et pour dévorer l'autre postérité de Marie, celle que nous sommes, nous ses fils d'adoption. Donc les inimitiés gardent leur cours ; donc les embù'hes, la lutte vont continuer. Donc aussi, la femme et sa race, Jésus-Christ et Marie, doivent poursuivre et compléter leur œuvre réparatrice.

Et comment cette œuvre se continue-t-elle pour Jésus ? Est-ce donc qu'il doit encore souffrir et mourir pour mériter le pardon des coupables, et leur acquérir les grâces de salut? Non; mais il faut qu'il applique à chacun des hommes les trésors de miséricorde et de sainteté qu'il a si chèrement achetés pour eux. Donc, ô Marie, vous devez encore être avec

Jésus dans cette universelle répartition des fruits du Calvaire, au même titre, dans la môme mesure, et pour les mêmes causes pour lesquelles vous participiez à leur acquisition. Ici encore il n'est pas bon que l'homme soit seul (i).

Faut-il ajouter aussi que Jésus-Christ ne pouvait refuser à sa mère cette fonction de choix dans la distribution de ses grâces, sans faire en quelque sorte violence à son amour maternel? Puis-je me persuader, €n effet, que cet amour de notre salut qui lui fit prononcer son double fiat : le flat de Nazareth et le Jîat du Calvaire, se soit refroidi ; que, par conséquent, elle ne soit plus la même pour nous, toujours bonne et toujours mère ? Or, un amour comme le sien ne pourrait être satisfait; il serait, au séjour de la béatitude, privé de sa jouissance la plus délicate, s'il ne s'épanchait en bienfaits, s'il ne pouvait travailler actuellement à la formation, au développement, à la conservation de ses fils. Et comment le ferait-il, si les grâces destinées à cette grande œuvre sortaient du Cœur de Jésus sans passer aucunement par les mains de Marie ?

Et non seulement Dieu, refusant à Marie toute participation actuelle dans l'etTusion de ses grâces, la priverait de la consolation la plus chère à son cœur maternel ; mais, pour le faire, il devrait encore changer l'ordre de la Providence : car c'est une loi de cette Providence qu'il se serve du ministère des causes se-^ condes pour répandre ses bienfaits sur les créatures. N'est-ce pas ce qu'il fait dans l'ordre naturel ; n'estce pas encore ainsi qu'il en agit constamment sur la

(j) Gen., n, 18,

terre dans l'ordre de la grâce ? De quelque côté que je tourne les yeux, je le vois qui fait servir les œuvres de ses mains à la sanctification des hommes. C'est leur gloire de participer à ce qu'il y a de plus haut et de plus auguste dans la causalité divine ; et cette gloire, Marie, quand elle était parmi nous, dans l'état de son humiliation, en jouissait plus largement que toute autre créature de Dieu. Est-il possible qu'elle lui soit retirée, maintenant que Dieu l'a couronnée dans les splendeuis du ciel, comme la Reine universelle de la créalion? Ou plutôt ne faut-il pas qu'elle la possède d'autant plus éclatante qu'elle-même est plus honorée ? Or, si vous lui enlevez sa part de choix dans la répartition des grâces, vous lui ôtez nécessairement et du même coup ce joyau, l'un des plus chers et le plus précieux de son diadème.

Saint Bernardin de Sienne apporte encore une autre preuve, discutable peut-être en elle-même, mais qui montre à quel point la vérité dont nous voulons rendre compte était fortement imprimée dans l'âme et le cœur des Saints. « Je trouve, écrit-il, en contemplant Jésus-Christ, notre Roi, deux dignités également admirables : dignité de Dieu le Père qui l'engendre de sa substance, dignité de Dieu le Fils produisant éternellement par voie de spiration Dieu le Saint-Esprit. Or, celte première dignité, qui fait du Père le principe du Fils, la Vierge y participe si excellemment que Jésus est aussi véritablement le Fils de la Vierge qu'il est le Filsdu Père. .. Participant à la première dignité, Marie doit participer encore, dans une certaine mesure, à la deuxième. Pourquoi ? Parce que, étant mère dun Fils d'où l'Esprit Saint procède, il est souverainement convenable qu'elle dispense quand elle veut, comme elle

cil. I. — DISTRIBUTION DES GRACES 357

veut, autant qu'elle veut, à qui elle veut, les dons, les vertus elles grâces du même Esprit » (i).

Je reprends la pensée du saint pour la présenter sous une forme un peu différente. Mère du Fils unique de Dieu, laVierg-e entre en communion très étroile avec la propriété du Père. Elle ne communie pas moins kXo. propriété an Saint Esprit : car, par toute elle-même, elle est œuvre d'amour, tellement oeuvre d'amour, qu'elle doit tout à l'éternelle dilection,même son existence. Que reste-t-il encore, sinon qu'elle participe à celte perfection qui fait de son Fils le principe de la troisième personne? Mais, parce que cette participation ne saurait, en aucune manière, aller jusqu'à la faire concourir à la procession du Saint-Esprit, il est de suprême convenance qu'elle coopère à l'existence qu'il a dans les âmes ; or, cela même est-ce autre chose que d'être après son Fils l'universelle dispensatrice des grâces, puisque c'est par celles-ci que le Saint-Esprit vient et réside en nous?

Dernière considération. Plus d'une fois nous avon^ vu Marie associée au divin Rédempteur, soit dans l'ordre de préparation, soit dans l'ordre d'exécution des divins mystères. Dans l'ordre de préparation : presque à l'égal du Sauveur du monde, elle a été promise aux Patriarches, annoncée par les Prophètes, figurée par les personnes et les choses de l'Ancienne Alliance, attendue par les justes, et, comme lui, dans une certaine mesure, la Désirée des Nations. Dans l'ordre d'exécution : c'est elle qui l'a reçu du Père; d'elle qu'il a pris une nature semblable à la nôtre; par elle qu'il est devenu l'un de nous. Elle a vécu de sa

(i) s. Bernard. Sen., Serm. S. Nativit. B. M. V. 5, a. un., c. 8, 0pp. t. IV, p. 96.

vie, travaillé, fui, souffert avec lui. Quand Jésus monte au Calvaire, charg-é du bois de son sacrifice, elle l'accompagne, le cœur broyé, mais n'ayant avec lui qu'une même intention, qu'une même volonté : glorifier Dieu, sauver le monde. Et voilà pourquoi, pendant que Jésus-Christ s'offre en holocauste d'agréable odeur, expiant nos crimes et nous méritant les grâces du salut, Marie, debout aux pieds de la croix, l'offre pour la même fin; participant à la rédemption du monde.

C'est ce que nous avons contemplé jusqu'ici. Reste pour achever l'œuvre un dernier ordre, celui de l'application. Est-il possible que Jésus-Christ y refuse à sa mère la place qu'elle avait dans les deux autres, et que désormais il soit bon pour l'homme d'être seul? Or, si elle n'a pas son influence universelle dans la dispensation des grâces, le genre d'union si constamment observé jusqu'ici ne subsiste plus, ou du moins s'est grandement relâché, quand tout demanderait qu'il allât croissant, puisqu'en toute autre chose celte union s'est resserrée. Au ciel, la mère est plus près du Fils; et sur la terre ils sont moins séparés que jamais, puisque, dans toutes les fêtes, dans toutes les louanges, dans tous les cœurs, Marie participe à l'amour, aux honneurs rendus à Jésus. Donc, elle doit être à sa manière, après Jésus, l'organe universel de l'application des mérites de Jésus. Si vous le niez, je ne comprendrai plus les desseins de Dieu. Il se donnerait le démenti que nous avons déjà rejeté plus d'une fois comme moins digne de la divine sagesse, et trop peu conciliable avec la suite que Dieu met dans ses conseils.

cil. I. DISTRIBUTION DES GRACES SoQ

IH. — Voilà certes des raisons admirables, et ii'eût- 011 pas d'autres preuves pour affirmer le rôle universel de Marie dans la distribution des grâces, il faudrait l'admettre sans conteste. Mais, je l'ai dit en commençant, l'autorité du témoignage vient ajouter une force irrésistible aux raisons tirées jusqu'ici de la nature même des choses.

C'est d'abord le témoignag-e de la Sainte Ecriture : témoignag-e des paroles, et témoig-nag-e des faits.

Témoignage des paroles. Revenons encore une fois à la promulgation de la maternité spirituelle de Marie : Voici, dit Jésus, votre mère, et voilà votre fils.

Ces paroles, pour qui sait les entendre, démontrent peut-être mieux que toute autre considération la vérité que nous cherchons à mettre en lumière. En effet, elles ont une portée indéfinie. Jésus-Christ ne dit pas seulement à Jean, et, dans la personne de Jean, à tous les fidèles : Voilà votre mère; c'est-à-dire, voilà celle qui vient de coopérer avec moi à l'acquisition des grâces qui feront votre vie surnaturelle. Il dit, sans distinction de temps ni de lieu, ni de mode : Voilà votre mère; c'est-à-dire, celle qui est et qui sera désormais pour vous une mère dans l'ordre de la grâce ; celle qui, de ce moment, vous tiendra toujours pour ses fils; des fils en formation, dans le cours successif des siècles; des fils arrivés àl'âge parfait, dansl'immobile éternité; celle à qui j'ai conféré pour vous toutes les fonctions, tous les privilèges, tous les devoirs d'une mère. Donc Marie, toujours et partout, remplira pour nous l'office d'une mère, comme Jésus-Christ, toujours et partout, continue sa fonction de Sauveur. Dites, si vous l'osez, que Jésus-Christ, après nous avoir sauvés sur le Calvaire, ne nous sauve pas encore, à chaque moment.

36o L, V. MATERNITÉ TOUJOURS EN EXERCICE

par l'application qu'il nous fait des mérites de sa Passion, et je vous accorderai que Marie, devenue mère sur le même Calvaire, n'exerce plus sa mission materternelle à l'égard de ses fils d'adoption.

Que dirai-je encore? N'y aurait-il pas une espèce de dérision dans cette proclamation de la maternité de Marie, tombant sur elle du haut de la croix, si les droits, les devoirs et les bienfaits de cette maternité devaient cesser à l'heure même où Jésus-Christ la promulgue avec notre filiation? Et pourtant, c'est là ce qu'il faudrait admettre, si la mère des hommes ne contribuait pas pour sa très grande part à l'application des mérites de Jésus-Christ, c'est-à-dire à la dispensation des grâces qui, préparant et produisant en eux la vie divine, transforment les enfants des hommes en fils adoptifs de Dieu. A Marie donc, incomparablement p'us qu'à saint Paul, il appartient de dire, non pas seulement auxGalates, mais à tous les fidèles du Christ et pour toute la durée des siècles : « Mes petits enfants, je vous engendre de nouveau jusqu'à ce que le Christ soit pleinement formé en vous » (i).

A l'autorité de la parole les Saintes Ecritures ajoutent le témoignage des faits. J'en choisirai deux parmi plusieurs autres: car chacun d'eux comprend un grand mystère. Le premier, consigné dans l'Evangile de saint Luc, est le récit de la visite de la bienheureuse Vierge chez sa cousine Elisabeth; le second, rapporté par les Actes, est la descente du Saint Espiit sur les Apôtres, réunis au Cénacle avec les premiers disciples. Pour bien saisir la liaison de ce double mystère avec la maternité spirituelle de Marie, il faut se rap-

(i) Gai ,1V,

peler que notre vie surnaturelle et notre étal d'adoption sont constitués par deux éléments : lagrâce sanctifiante et l'habitation du Saint Esprit. Du reste, l'un des éléments ne va ni ne peut aller sans l'autre. La grâce sanctifiante appelle l'Hôte divin (r), et la présence intime de Dieu en nous y suppose la grâce. Nous ne devons pas voir là deux bienfaits séparés ni séparables; et tel est leur enchaînement harmonieux que Dieu même ne pourrait le briser, puisqu'il est formé par l'essence même des choses (2).

Or, que voyez-vous dans les mystères de la Visitation et de la Pentecôte? La première application sensible de la vertu sanctificatrice du Sauveur après son Incarnation; la premièi-e mission publique du Saint Esprit sur l'Eglise, considérée dans ses chefs et dans ses membres. Personne ne niera que cette première application des mérites de Jésus-Christ à la sanctification des âmes, et cette première donation de l'Esprit Saint ne soient aptes à nous montrer comment et par quelle voie se feront les suivantes. Autant vaudrait dire que le pardon accordé à l'amour pénitent de Madeleine, à la foi confiante du larron sur la croix, sont des faits isolés et sans portée, dont on ne saurait induire la miséricorde de Jésus-Christ pour tout pécheur qui se repent comme eux. Autant vaudrait soutenir que la guérison de sa fille, accordée par Notre Seigneur aux humbles et pressantes importunités de la Chananéenne, ne témoig^ne pas de la puissance de toute prière persévérante. Non, des faits si diligemment relatés ont une sig-nification voulue de Dieu. Ils

(i) Dulcis hospes animae. (Hymn. Veni, Creator.) (a) Voir notre ouvrage intitulé la Grâce et la Gloire, 1. iv, c. 3, t. I, pp. 23o et suiv.

sont comme l'exemplaire et le spécimen de ce que sa bonté fera perpétuellement dans l'Ég^lise, moins visiblement, il est vrai, mais avec une efficacité toujours également admirable.

Or. s'il est une chose manifeste, c'est que dans l'un et dans l'autre des deux mystères, dans la sanctification du Précurseur comme dans la descente de l'Esprit Saint sur l'Eg^lise naissante^ apparaît l'intervention de Marie. D'où nous avons le droit de conclure à son intervention constante dans la sanctification des hommes et dans l'effusion du Saint Esprit et de ses dons. Relisons, pour nous en convaincre, les

textes sacrés.

Voici d'abord ce qu'ils nous apprennent de la sanctification de saint Jean-Baptiste : « Il arriva qu'à peine ' Elisabeth eut entendu la salutation de Marie l'enfant tressaillit dans son sein, et Elisabeth fut remplie du Saint Esprit... ))(i).Ce tressaillement chez l'enfant est la marque certaine de sa justification. Il a reconnu la présence et l'influence sanctifiante de l'Epoux, et, comme il est désormais son ami, il ne peut contenir sa joie. Mais qui donc vient d'apporter Jésus à Jean si ce n'est Marie? Quand Jésus a-t-il opéré la sanctification de son précurseur? Tant que la Vierge n'a ; rien dit, Jean reste endormi dans le sein de sa mère. Ce qui le réveille, ce qui le fait tressaillir d'allégresse, c'est la salutation de Marie. A cette même salutation, Elisabeth est remplie du Saint Esprit, comme l'était son enfant. D'où vient à la parole de la Vierge cette action sur la mère et sur le fils ; ou, pour nous en tenir | strictement au texte, à quoi rapporter la liaison et ]

(i) Luc, 1, 4') 44.

l'ordre de ces faits : Marie saluant, Jean tressaillant de joie, Elisabeth prophétisant? A l'action du Verbe incarné, sans doute, mais à son action portée par la voix de sa mère (i). Pas d'autre explication plausible. Par conséquent, ces premières grâces du Dieu l'ait homme sont attachées au ministère de Marie. S'il en est le principal auteur, elle en est comme le sacrement et le véhicule (2).

Il faut que celte vérité soit bien certaine pour avoir été si nettement professée par un homme de grand talent, mais en qui ni ses relations, ni son caractère ne permettent de soupçonner l'exagération, quand il s'agit de célébrer les privilèges de la Mère de Dieu. L'importance du texte me détermine à le citer en entier. Voici donc ce que je lis dans Nicole, à propos du mystère de la Visitation : « Saint Jean prévint Jésus-Christ dans l'ordre du ministère, et Jésus-

(i) Joannes materno in utero sanctificatur charismate insig^ni, lectisque donis ad vias Domini parandas iiislruitiir; haec tamen cotilinjçunt ex salutatione Mariae cognalam divino afflata visentis, dit Léon XIII dans l'Encyclique, Jucunda semper (R sept. 1894.)

(2) « Il faut savoir que le mystère de la Visitation est un mystère de Manifestation et de Lumière, et que le principe de cette manifestation est le divin composé de l'Enfant Jt'sus et de sa Mère, et de l'Enfant Jésus opérant par elle et vivant en elle », écrit le R. P. Guill. Gibieuf, de l'Oratoire, dans son ouvrage sur la Vie et les Grandeurs de la Mère de Dieu; 2<= p., ch. 5, | 4. C'est pourquoi, suivant le même auteur, non seulement la sanctification du Précurseur, mais le don de prophétie qui se révèle et dans les paroles d'Klisabeth et, plus tard, dans le Cantique dcZacharie, doivent être attribués à Marie, comme instrument de Jésus. Grandes furent les bénédictions que reçut la demeure d'Obédedom par la présence de l'Arche ; d'autant plus t:randes incomparablement celles que répandit l'Arche de la Nouvelle alliance sur la maison d'Elisabeth, « qu'il y a plus de ditlércnce entre la figure et la vérité. Et Elisabeth peut dire justement de la Vierçe ce qui est dit de la Sapience : Venerunt mihi omnia bona cuni illa, et innumerabilis honestas per inanus illius ; toutes sortes de biens me sont venus avec elle, et une infinité de gj'ràces m'ont été conférées par ses mains... Heureuses, ô Vierge, les maisons que vous visitez! Heureuses les personnes

ffile, G. 10, § 2

Christ prévint saint Jean dans l'ordre de la grâce qu'il lui conféra dans la visite que la Vierge rendit à Elisabeth qui le portait dans son sein. Ainsi, saint Jean après la Sainte Vierge reçut les prémices des grâces opérées par l'Incarnation du Fils de Dieu. Toutes celles qui avaient été données auparavant avaient bien été données en vue de l'Incarnation de Jésus-Christ (et de ses mérites) ; mais elles ne l'avaient pas été par Jésus-Christ homme. La première action de Jésus- Christ a été de former son précurseur. C'est pour cela qu'il le va chercher, et qu'il le prévient de sa visite... «Jésus-Christ associe la Vierge au dessein qu'il avait de former un précurseur, en remplissant de grâce l'âme de saint Jean. Il veut que cela s'exécute par son ministère. 11 lui donne part à la naissance spirituelle de saint Jean, comme elle avait eu part au mystère même de l'Incarnation. Et comme saint Jean représentait l'Eglise ettous les élus, puisqu'il est dit de lui qu'il a été envoyé de Dieu afin que tous croient par lui (Jean, i, 7), et qu'on ne peut parvenir au salut que par la voie de la pénitence qu'il a enseignée aux hommes ; Jésus-Christ nous a montré par là que la Sainte Vierge coopère par sa charité à la naissance spirituelle de tous les élus, et que^ lorsque Jésus- Christ les visite par sa grâce, la Vierge les visite par sa charité, en leur obtenant cette grâce par ses intercessions. Ainsi elle est notre véritable mère, et nous la devons toujours regarder aussi unie à Jésus - Christ dans les opérations qu'il fait sur nous, comme elle l'était dans cette visite rendue à Elisabeth et à saint Jean » (i).

(i) Kicdie, Continuât, des Essais de Morale. Pensées morales sur les

Transportons-nous maintenant au Cénacle. Apôtres et disciples, sur l'ordre du Sauveur montant au ciel, s'y préparent dans la retraite et. dans la prière, à « recevoir la vertu du Saint-Esprit qui doit venir sur eux )) (i). Pourquoi la Sainte Ecriture, toujours si sobre de détails au sujet de la Mère de Dieu, nous la représente-t-elle nominativement, en termes exprès, priant avec eux, au milieu d'eux? « Tous persévéraient unanimement dans la prière avec Marie, Mère de Jésus ». C'est à Léon XIII que nous demanderons la

mystères de J.-C . La Visitation, § 2 et 3. Œuvres, t. XIII, p. 33i, 332. (Paris, 174')-

Ailleurs le même Nicole écrit encore :

« El celte charité (maternelle) paraît principalement dans la Sainte Vierge qui les porte tous (il parle des chrétiens) dans le sein de sa charité, et qui, par ses intercessions, coopère au sakit de tous, pécheurs et innocents, morts et vivants, en obtenant aux uns le recouvrement de la grâce et de la vie, et aux autres la conservation de l'une et de l'autre» {Id., ibid.) Jésus-Christ élevé en croix, % 3, pp. 43i, 422.

Ne quittons pas cet auteur, sans avoir recueilli de sa bouche les attestations les plus consolantes sur l'universelle médiation de Marie. Elles serviro/it de contre-poids à ce qu'il a pu écrire ailleurs de moins favorable à notre confiance filiale envers la Mère de Dieu. A la question de savoir « quels sont les saints en qui nous devons avoir une confiance plus particulière, et à qui nous devons plus particulièrement nous adresser », il répond : n Comme Dieu applique diversement les fidèles qui sont au monde, à assister d'autres fidèles, soit par leur charité, soit par leurs prières; il applique aussi diversemenl les saints du ciel à secourir eu particulier certains fidèles de l'Eglise. Les uns obtiendront des grâces par l'intercession d'un saint pour qui ils auront eu une dévotion particulière, les autres par les prières d'un autre. JMais on peul dire, en général, que chaque fidèle doit avoir une confiance et une dévotion singulière pour la Sainte Vierge. Elle est la mère de tous les chrétiens, puisqu'elle est la Mère de Jesus-Christ. Elle a coopéré par sa charité, dit saint Augustin, à leur naissance spirituelle; et comme son amour pour Dieu est beaucoup plus grand que celui de tous les Anges et de tous les Saints, il est aussi plus efficace auprès de son Fils. Il faut donc exhorter tous les fidèles à avoir pour la Sainte Vierge une révérence et une dévotion très particulières, à se lier à elle par divers exercices de piété ; et ils ne feront en cela que suivre l'esprit de l'Eglise qui s'adresse à la Sainte Vierge au commencement de toutes ses prières, puisqu'elle emploie presque aussi souvent l'Ave Maria que l'Oraison dominicale, pour montrer que la Vierge est le canal ordinaire des grâces de Dieu sur nous, et que nous avons un besoui tout particulier de ses intercessions. » Nicole, Instruct. théolog. et mor. sur l'Oraison domin., la Salut, angc.l., elc, 7^ Instr., ch. 6, p. 3o3, 3o4 'Paris, 1718J.

(1) Act., I. 5, 8, 14.

réponse, a Comme l'œuvre sacrée de la Rédemption ne sera pas achevée, tant que l'Esprit Saint promis par le Christ n'aura pas fait son avènement, nous contemplons la Vierge dans le Cénacle où, priant au milieu des Apôtres et pour eux avec un gémissement ineffable, elle appelle sur l'Eg-lise la plénitude du Paraclet, don suprême du Christ, trésor qui ne défaudra jamais en elle » (i). Réponse suggérée par le texte inspiré, de l'avis de nos plus illustres docteurs, et symbolisée, comme je le faisais remarquer dans une autre circonstance, par les peintres chrétiens dans la représentation du mystère (2).

Or, ce qui se fait à la Pentecôte est l'image de ce qui se reproduira dans toute la série des âges. Car toute effusion de grâce, de quelque nature qu'elle soit, en quelque temps qu'elle se renouvelle, est une participation, disons mieux, une suite de cette première et solennelle effusion. Aucun don ne sera fait aux hommes soit de grâce sanctifiante, soit de privilèges gratuits, que le Saint Esprit n'ait alors apporté, quand il descendit sur l'Eglise naissante. Donc, encore une fois, ou les règles posées par Dieu subissent un changement que rien n'explique, ou l'Esprit Saint et ses grâces descendront toujours sur les hommes à la prière et par le ministère de Marie.

Creusons ces deux faits capitaux pour en tirer tout ce qui peut contribuer à mettre en relief l'association de la Vierge avec son Fils dans les œuvres de la grâce. L'Évangile, dans son récit de l'Incarnation du Verbe, nous montre comme un double facteur : l'Es-

(i) Léon XHI, Eacycl. Jucunda Sempei' (8 sept. 1894). (2) I" Partie, l. Vlï, c. 3 ; t. Il, p. 242.

prit de Dieu survenant en Marie, et la Vierge ellemcnie concevant le Fils de Dieu par l'opération du même Esprit. C'est ainsi que naît à la vie mortelle le Fils unique de Dieu, fait homme. A la naissance spirituelle de Jean, comme à celle de l'Eglise, au jour de la Pentecôte, je retrouve le même Esprit opérant et vivifiant l'un et l'autre; et je ne m'en étonne pas : car ces deux mystères sont une conséquence et comme le prolongement du mystère de l'Incarnation. Je devais donc rencontrer aussi Marie, la Vierge Mère, afin que la suite répondît de tous points au principe.

Et ce que l'analogie de la foi me faisait pressentir, la Sainte Écriture le confirme expressément dans l'histoire de l'un et l'autre mystère. Mais, pour le redire encore, ces deux mystères, mystère de l'adoption divine par la justification, mystère de la descente du Saint- Esprit dans l'âme des croyants, sont des faits capitaux et journaliers dans le monde: capitaux, parce que c'est à ces deux choses que se rapportent tous les dons de grâce répandus par Dieu sur ses créatures ; journaliers , parce que l'œuvre de la sanctification des hommes ne s'arrête jamais. Par conséquent, c'est aussi la perpétuité et l'universalité du ministère de Marie dansl'application des mérites de son Fils, notre Sauveur.

Telle est la loi man'festée par la sanctification du Précurseur et par la descente du Saint Esprit au Cénacle.

On en saisirait aisément la trace. et l'application dans plusieurs autres faits racontés par nos Evangiles. Voici les mages, prémices de la gentilité, qui viennent reconnaître le Roi nouveau-né par leurs adorations. Une étoile miraculeuse les amène à son ber-

ceau ; mais c'est par l'entremise de sa mère, et présenté par elle, qu'il reçoit les premiers hommages de leur foi. Peu de temps après, le Christ enfant s'en ira prendre possession des pays infidèles, et jeter la semence féconde d'où sortiront un jour des moissons de vertus religieuses : il gagnera cette terre d'Egypte porté sur les bras de Marie. Plus tard encore, il montrera par le premier de ses miracles que sa bonté va jusqu'à nous accorder les biens temporels, quand cette faveur doit avoir pour effet de promouvoir notre bien spirituel et la gloire de son Père : et c'est aussi par l'intervention de Marie qu'il opérera ce prodige (i). Si nous en croyons nombre d'écrivains de l'Église latine et même de l'Église grecque, la conversion du larron pénitent serait le fruit des prières de la Mère de douleurs. Elle aurait par son intercession fait rejaillir sur ce malheureux la vertu du sang rédempteur. Sa présence au Calvaire, attestée par l'Evangile, leur a suffi pour tirer cette conclusion.

Nous pourrions, dès maintenant, montrer quelle est la perfection de la maternité spirituelle de la Sainte Vierge, et quels droits elle possède de nous appeler ses fds; puisqu'elle remplit si pleinement des fonctions qui seules, indépendamment de tout concours à la rédemption du monde, suffiraient à nous donner une mère et des pères dans l'ordre de la grâce. Mais la vérité traitée dans ce chapitre est si capitale qu'il faut la confirmer encore par l'autorité de nouveaux témoignages.

(i) Voir Bossuet. > serm. vour la fêle de la Concept, de la S, V., ■' point.

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