‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 2)Chapitre 81 sur 98 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Marie médiatrice. — Ce qu'est sa médiation par rapport à celle de Jésiis-Clhrist; ce qu'elle est par rapport à la médiation des autres saints. — Comment elle l'emporte en efficacité sur les prières de toutecréature : universelle quant aux grâces, quant aux personnes, quant à l'espace et quant à la durée. — Comment, enfin, Jésus-Christ étant l'unique Médiateur de Dieu et des hommes, sa mère est, en un certain sens, la seule médiatrice après lui.

I. — Un des principaux offices de la mère est de s'interposer comme médiatrice entre le père et ses enfants. Si donc la bienheureuse Vierge est véritablement pour les hommes une mère, il faut qu'elle exerce cette fonction, dans l'ordre de la js^râce, et qu'on puisse lui donner en toute vérité le nom de Médiatrice. Il n'est donc pas surprenant de voir toute l'antiquité chrétienne la saluer partout sous ce titre, et reconnaître en elle tout ce qui peut en réaliser pleinement la sig-nification.

J'ai dit que l'antiquité chrétienne l'a saluée partout sous le titre de médiatrice. En voulez-vous la preuve, et il importe de la donner, puisque le protestantisme nous a fait un crime d'avoir ainsi nommé la Mère de Dieu, sous prétexte qu'il n'y a ni ne peut y avoir qu'un seul médiateur, le Christ Fils du Père, et qu'une seule médiation, celle dont il a rempli les fonctions sur la croix? Il nous suffira de rappeler les témoignages les plus anciens : « Je vous salue, dit à la Vierge Basile

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de Scleucie, je vous salue pleine de grâce, vous qui avez été constituée médiatrice entre Dieu et les hommes, afin de renverser le mur d'inimitié et de ramener entre le ciel et la terre l'union la plus étroite » (i). « Salut à vous, reprend Antipater, évêque de Bostra en Arabie; à vous qui portez sans fatigue celui qui porte le monde. Salut à vous qui intercédez librement comme médiatrice pour le genre humain tout entier » (2).

« Point de rempart plus inexpugnable que votre assistance. Donc, ô toute Immaculée, médiatrice du monde, agréez les supplications d'un cœur pénitent; accordez-moi dans mes nécessités un prompt secours, le plus salutaire après celui de Dieu » (3). C'est une des prières dont on a fait honneur à saint Ephrem Ecoulez cette autre, plus explicite encore : « Ma très sainte Datne, Mère de Dieu, pleine de grâce, vous, la commune gloire de notre nature, le canal de tons les biens, la reine de toutes choses après la Trinité..., la médiatrice du monde après le Médiateur ; vous, le pont mystérieux qui relie la terre au ciel, la clef qui nous ouvre les portes du paradis, notre avocate, notre médiatrice, voyez ma foi, voyez mes pieux désirs, et souvenez-vous de votre miséricorde et de votre puissance. Mère de celui qui seul est miséricordieux et bon, accueillez mon âme dans sa misère, et par votre médiation rendez-la digne d'être un jour à la droite de votre unique Fils » (4). « Salut à vous, la bénie de Dieu, le Seigneur est avec vous ; lui qui a détruit la

(i) Basil. Seleuc, Or. 89, n. i). P. G. lxxxv, 444. (a) Antipater Bostr., Hoin. in S. Joan. Bapt. P. G. lxxxv, 1172. (.3) l'recat. 2^ ad Deiparam. 0pp. S. Epliraem (graec. lat.), t. III, p. 525, sq,

^4) Ibid., Precat. 4 ad Deip., p. 628.

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mort, et qui, se servant de vous, ô mère vierge et reine, comme d'une médiatrice , a délivré l'homme de la malédiction » (i). Je m'arrête, car, si l'on voulait tout dire, il faudrait^ ici comme partout, invoquer en foule non seulement les Pères et les Docteurs, mais toutes les Liturgies et les monuments publics de l'Eglise, à quelque siècle qu'ils appartiennent et chez quelque nation qu'ils puissent être (2).

Or, ce n'est pas seulement le titre de médiatrice que ces innombrables textes accordent à Marie. Chose admirable, les formules le plus fréquemment employées pour caractériser la médiation de Jésus-Christ, ils s'en servent en parlant de la Vierge, sa mère. Nous venons d'en rencontrer quelques exemples. On en trouverait mille autres dans le grand ouvrage de Passaglia sur la Conception immaculée de la Mère de Dieu (3) ; non pas certes que la médiation de Marie soit pour ces Pères de même ordre que la médiation de Jésus-Christ; mais parce que la nouvelle Eve, étant la compagne inséparable du nouvel Adam, participe à tous ses mystères.

Tâchons de nous faire une idée plus nette encore de cette prérogative si glorieuse pour notre mère et pour nous si féconde en bienfaits. Afin de procéder avec plus de clarté, nous la comparerons d'abord à la médiation du Sauveur Jésus, puis à la médiation des autres saints.

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