‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 2)Chapitre 86 sur 98 · CH. IV. TEMOINS DE L UNIVERSELLE MEDIATION ÔQI · texte numérisé non relu

CH. IV. TEMOINS DE L UNIVERSELLE MEDIATION ÔQI

Il en est de cette objection comme de laprécédente: elle ne peut être poussée, sans qu'on attaque du même coup toute prière adressée par la créature à son Dieu. Pourquoi, dirai-je à cet élu du ciel, à ce juste de la terre, implorez-vous la divine miséricorde? Ig-norez-vous que « Jésus-Christ est toujours puissant pour ceux qui, par lui, s'approchent de Dieu, toujours vivant afin de s'interposer pour nous » (i); ou bien pensez-vous que son intercession n'est pas universelle, oupeut-êtrequ'elle abesoind'être appuyée par vous pour toucher le cœur de Dieu? Vous me répondrez que la médiation du Christ n'exclut pas celle des Saints, pas plus que la cause première n'exclut les causes secondaires et subordonnées ; et vous avez raison contre les hérétiques ; mais ne voyez-vous pas qu'en les réfutant vous vous retournez contre vous-même? En effet, cette réponse si juste, pourquoi ne pas l'étendre jusqu'à la médiation de Marie? Faut-il que la Mère de Dieu se taise, quand les Saints du ciel font monter pour nous vers Dieu leur voix suppliante; ou bien doivent-ils eux-mêmes se renfermer dans le silence, lorsqu'elle s'avancevers le trône de la miséricorde? Certainement, vous n'oseriez le dire. Qui de nous, rencontrant quelque saint encore attardé sur notre terre, ne le conjurerait pas de demandera Jésus-Christ pour lui telle ou telle g-ràce qu'il a déjà sollicitée de Marie, et delà demander par l'intercession de la Sainte Vierge? Tiendrait-il cette demande pour superflue, sous prétexte que, là où Marie s'interpose, il n'y a pas de place pour d'autre intercession ? Or, s'il y a des grâces que les Saints peuvent implorer en

(i) Hebr., vu, a5.

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union avec elle, comment l'universalité de sa prière les contraindrait-elle àne jamais exprimer aucun vœu? En vérité^ je ne sais ni ne peux comprendre pourquoi l'intercession des Saints s'accorderait avec celle de Marie dans certains cas particuliers, et ne pourrait se concilier en tout et toujours avec la même médiation. Vous demandez pourquoi les sufFrag-es de Marie seraient nécessaires, quand les élus du ciel offrent nos prières avec leur propre intercession. Je vous réponds: C'est d'abord parce que les unes et les autres de ces prières deviennent ainsi pi us agréables à la divine majesté. C'est aussi, parce que la Sainte Vierg-e étant universellement au ciel, comme en terre, la médiatrice et la mère, il lui appartient d'aider en tout ses clients et ses fils. C'est, enfin, parce que Dieu veut que l'ordre une fois établi pour l'acquisition des g^râces préside à leur distribution. Rien ne s'est fait sur le Calvaire que par l'accord harmonieux d'une triple volonté, la volonté du Père, la volonté du Fils et la volonté de la mère; rien non plus ne doit se faire dans la dispensation des biens surnaturels indépendamment de ces trois mêmes volontés. Ce n'est pas une nécessité absolue, fondée sur l'essence même des choses, j'en conviens ; mais une nécessité qui résulte à la fois d'une admirable convenance et du plan divinement établi. Donc, au fond, c'est tout un de dire avec Arnauld de Chartres que trois amours, celui du Père, celui du Fils et celui de la mère, ont coopéré, chacun dans son ordre, à nous racheter sur le Calvaire (i) ; et de prêcher avec saint Bernardin de Sienne que toute grâce descend actuellement sur le monde, accordéepar le Père à l'iii-

(i) Voir Ile Part, t. I, p. 201,

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tervention de Jésus, et obtenue par Jésus sur la rlemande de Marie. Donc aussi, des textes qui paraissent plus qu'étranges aux adversaires de la pieuse opinion s'expliquent le plus naturellement du morule. Telle est, par exemple, cette prière, où saint Anselme conjurait la Mère de Dieu d'intercéder pour lui : « car lui disait- il, si vous vous taisez, personne ne priera ; si vous priez, tous prieront, tous me viendront en aide. » Telle encore cette autre prière des chrétiens du moyen âg-e, conjurant les Saints de s'unir à la divine Vierge pour leur obtenir avec elle les grâces qu'ils leur demandaient. Telle enfin la supplique offerte à Marie par le savant Guillaume d'Auvergne, évoque de Paris : « Gardez- vous le silence? C'est vainement que nous crierons vers Dieu; nos voix suppliantes seront de nul effet devant lui, si la vôtre les contredit; plus encore, si la vôtre ne les appuie pas » (i).

Il n'y a plus rien, non plus, d'étonnant dans cette conclusion, posée par un docte religieux de l'ordre des Clercs réguliers, ministres des infirmes, à savoir que les Saints ne prient jamais sans la Mère de Dieu. Car « toutes les grâces, sans exception, nous étant accordées par la médiation de Maiie », joindre leurs voix à la sienne, c'est se conformer à l'ordre providentiellement établi.

Et pourquoi ne le feraient-ils pas au ciel, eux qui l'ont fait tant de fois sur la terre ? Ne sont ils pas [dus près de la sainte Vierge, plus aimés d'elle; et Marie n'est-elle pas toujours la Médiatrice auprès du Mé-

(i) Gulhielm. Alvern., de Rhetorica dlvina, c. i8, t. II, p. 'if-.'^. (3) J,-B. Novalus. .. De Eiiiinentia Di-ip. V. Mar'.ae, c. 11, <]. 3. t. 11, p. a84, sq.

diateur? Pesez bien ce terme : la Médiatrice, et non pas une médiatrice. De même donc qu'il faut nécessairement aller à Dieu par le Médiateur, est-ce merveille qu'il faille passer aussi par la mère pour arriver au Fils? Voyez d'ailleurs comment l'Eglise, invoquant le patronage des Saints, s'adresse tout d'abord à Marie, afin que la scène dont fut témoin sa naissance au Cénacle se renouvelle tous les jours : les Apôtres et les disciples de Jésus priant, mais groupés autour de Marie (i).

Écoutez plutôt ces prières du canon de la messe (2).

« Dans la communion et faisant mémoire, avant tout, de la glorieuse Vierge Marie, Mère de Dieu, Notre Seigneur Jésus-Christ... et de tous les Saints, nous vous conjurons de nous accorder par leurs prières et leurs mérites le rempart universel de votre protection. » Et ensuite : « Délivrez-nous, nous vous en prions, Seigneur, de tous les maux passés, présents et futurs ; et par l'intercession de la bien heureuse et glorieuse toujours Vierge Marie, Mère de Dieu, avec les bienheureux Apôtres Pierre et Paul et André, et tous les Saints, donnez-nous la paix...». C'était le même ordre, au commencement de la messe, dans la confession des péchés; le même encore dans l'oraison qui suit l'ablution des doigts, avant les collectes; ce sera le même partout ailleurs : grande leçon pratique où nous apprenons la place que tient perpétuellement Marie dans les vœux offerts à Dieu pour les hommes.

(i) Act.I, 14.

(2) Gommunicanles et memoriam veneranles.imprimis çloriosae semper Viri;inis .Mariae Genetricis Dei et D. N. J. G.; sed et bealorum Apostolorum ac martyrum... omniumque sancloruin; quorum precibus merilisque concédas ut in omnibus protectionis tuae muniamur auxilio. Infra Actionem.

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