CH. IV. TEMOINS DE L UNIVERSELLE MEDIATION DQS
Ce qui ne veut pas dire toutefois qu'il ne nous est jamais loisible d'invoquer les Saints du ciel, sans prier en même temps leur mère et la nôtre. Non; à moins qu'on ne doive jamais, non plus, recourir à leur assistance, sans aller explicitement et directement au Sauveur. Les amis de Dieu connaissent l'ordre de la prière. De même qu'ils ne prient jamais pour nous, sans appuyer leurs suffrages sur l'intervention des mérites de Jésus-Christ, ils n'oublieront pas de recourir au Médiateur par la médiatrice; et c'est bien ainsi que nous l'entendons, puisque nous leur demandons si souvent d'intercéder pour nous auprès d'elle (i).
Prenons un autre argument de ceux que l'on oppose contre la pieuse croyance. La preuve que nous ne recevons ni ne devons attendre toute grâce de l'intercession de Marie, c'est que l'Eglise et Jésus-Christ lui-même nous ont mis sur les lèvres des prières où elle n'est pas même nommée. Si vous en doutez, lisez le Notre Père ; lisez les antiques oraisons du Missel romain.
A Dieu ne plaise que je condamne les prières où nous allons directement soit à Jésus-Christ, soit au Père des miséricordes, sans passer immédiatement par
(i) « Quand nous prions les autres Saints, nous n'employons aucun d'eux comme avocat auprès d'un autre ; car ils sont tous du même ordre. Mais s'il s'açit de la bienheureuse Vierge, nous les prenons tous pour intercesseurs auprès d'elle, puisqu'elle est pour tous la Reine, la Souveraine » et la Mère. Suarez, De Mijslev. vitae Christi, D. xxni, s. 3, I Ex his sequitur.
Sicut muDus et dccus universalis et primarii Mediatoris quod ia Christo est, postulat ut nemo prorsus aliquid obtineat a Deo, nisi per mérita et inlercessionem Gbristi. ita munus et decus universalis et secundariae mediatricis (quod inesse B. V. probavimus), postulare videtur ut licet ipsa niliil obtineat nisi per Cliristum, aliitamen quidquid a Deo obtinent, per beatam Virçinem obtineant tanquam per mediatricem secundariam ad priraarium Medialorein Cliristum. P. Benedict. Plazza, Vindiciae devotionis . .. P. ii, c. 5, n. 5, p. 295.
Marie. Je concède avec Suarez qu'il est parfois convenable et profitable de le faire (i); mais je n'en répéterai pas moins, à propos de cette nouvelle objection, la remarque déjà faite au sujet des premières. Elle dépasse le but. En efFet, il serait aisé de trouver aussi des prières ecclésiastiques où Jésus-Christ, le grand Médiateur, n'est pas nommé. Faudrait-il donc en conclure qu'on peut se passerde samédiation?Non, répondra-t-on, sans aucun doute : car ces prières ne vont pas sans d'autres où nous nous réclamons des mérites de Jésus-Çhrist pour faire agréer tous nos vœux ; et, de plus, ce qui n'est pas exprimé formellement, est sous-entendu, d'après la nature et l'ordre même de la prière. — Et moi je retourne la réponse avec un droit égal. Vous avez récité le Pater, et dans ce PaterWw'esi pas question de la bienheureuse Vierge ; mais \oici venir VAve Maria, comme pour supplier Marie de présenter elle-même et de faire ag"réer l'oraison du Seig'ueur, sortie de notre cœur et de notre bouche. Nous l'avons déjà constaté, l'invocation de la Mère de Dieu, dans la pratique de l'Eg^lise, avoisine partout les prières offertes à Dieu. Du reste, s'il est des exceptions à la règle, pourquoi ne pas dire ce que nos adversaires répondaient tout à l'heure : à savoir que ce qui n'est pas formellement dans les mots est naturellement sous-entendu dans les choses. Pourquoi,, valable pour le Médiateur, la réponse ne le seraitelle plus pour la médiatrice?
N'omettons aucune difficulté. Voilà donc comment on raisonne encore. S'il n'est aucune prière où Marie-
Ci ) Suarez, De mysteriis vitae Christi, D. xxiii, S. 3 : Dices. Nonne major, clc.