‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 3)Chapitre 2 sur 81 · PARALLELE ENTRE MARIE ET L EGLISE · texte numérisé non relu

PARALLELE ENTRE MARIE ET L EGLISE

poésie sacrée, comme l'aUestc l'inscription que le pape Sixte III fit graver sur le baptistère de Saint-Jean de Latran, où on peut encore la lire aujourd'hui (i).

De tous les Pères, aucun n'a décrit cette ressemblance entre les deux vierges et les deux mères avec autant d'insistance que saint Augustin. Il y revient, pour ainsi dire, à tout propos, dans ses commentaires sur les psaumes, dans les sermons à son peuple, dans ses écrits catéchétiques et dogmatiques.

Il ne se contente pas de reconnaître dans l'Eglise la plus haute personnification de Marie, considérée comme mère ; son regard et son enseignement vont plus loin. Avec la ressemblance dans la maternité, il met en lumière une autre similitude : c'est que ces deux mères sont vierges. « .1 V imitation de la Mère du CInist, l'Eglise engendre journellement les membres du Christ, et elle est vierge ; imitans ejus (C/iristi)

Ecclesiam Christus pulchro sibi jiinxit amore.

Haec est conspicuo radians in honore Marine,

Quae cum c!arifico sempcr sit nomine mater

Semper virtjo manet : hujus se visibus astans

Liice palam Dominas prius obtulit, ul bona mater

Grandia divulgans miracnla, quae fuit olini

Advenientis iter, haec sit redeuntis et index.

Coelii Sedulii Carmen Paschale. L. v. vers. 867, sqq. P. L. xix, 743, sq.

(i) En voici la Iraduclion fidtle :

« Ici la race à consacrer pour le ciel naît d'une auguste semence; et l'Esprit saint l'ençendre des eaux ff condces par sa vertu. A celte source l'Eglise, noire mère, enfante de son sein virginal les fils qu'elle a conçus sous le souffle de Dieu. Espérez le royaume du ciel, ù vous qui renaissez de celte onde : car la \ie bienheureuse est pour ceux qu'elle a régént'rés. C'est une fontaine de vie qui, jaillissant du côté du thrisl, inonde l'univers entier. Plonge-toi donc, ô pécheur, dans ce torrent sacré, pour y laisser tes souillures ; descendant avec ta vétus-té native, tu sortiras renouvelé. Toi qui veux être innocent, purifie-toi dans ce bain, que ce soit le crime du premier père ou le tien qui pèse sur toi. Entre les régénérés plus de dislance : ils sont un par l'unité de a source, l'unité de l'esprit, l'unité de la foi. Que personne ne se désespère devant le nombre et la grandeur de ses crimes ; il sera saint quiconque naîtra de celle eau. »

matremquotidieparit membraejus,etvirgo est » (i). Et dans un autre endroit : « Gomment n'ètes-vous pas nés delà virg-inité, puisque vous êtes les membres du Christ ? Votre Chef, Marie l'a engendré ; et vous, l'Église. Car elle aussi est mère et vierg-e : mère par les entrailles de la charité, vierge par l'intégrité de la foi et de la piété. Elle enfante les peuples; et ces peuples sont les membres de l'Unique dont elle est à la fois le corps et l'épouse ; et en ceci encore elle porte la ressemblance de la Vierge par excellence, parce que, dans la multiplicité même de ses enfants, elle est mère de l'unité. Etiam in hoc similitudinem gerens illius Virginis, quia et in niultis mater est unitatis » (2). Quelques pages plus haut, il avait dit dans un autre sermon pour la Nativité du Seigneur : « Là (c'est-à-dire dans le sein virginal de Marie), le Fils unique de Dieu a daigné s'unir la nature humaine afin de se faire à lui, Chef immaculé, une compagne de l'Église immaculée. C'est elle que Paul appelle vierge, non pas seulement parce qu'il voit en elle des vierges de corps, mais parce qu'il souhaite que tous y soient vierges d'esprit. Je vous ai fiancés, dit il, à l'unique époux, le Christ, pour vous présenter à lui comme une vierge pure (3). Donc, l'Église, imitant la Mère de son Seigneur, est mère et vierge d'esprit,

(i) s. Aagusi'm., Enchirid., c. 34- P. L. xl, a^g.

{2)ld.,serm. ig2,de Nativ. Dom.12, n. 1. P. L. xxxviii, loii, ioi3. La pensée du saint docteur est bien claire. L'E-lise enfante l'unité dans la multiplicité, parce que, si nombreux qu'ils soient, tous les enfants qu'elle engendre sont un seul et même Christ total selon l'esprit. Réciproquement, Marie enfante la multiplicité dans l'unité, parce qu'ayant engendré l'Unique elle est conséquemment devenue la mère des innombrables frères de cet Unique. Eu d'autres termes, l'Eglise enfante le Christ parce qu'elle enfante les membres du Christ ; Marie enfante les membres du Christ, parce qu'elle a enfanté le Christ, afin de leur donner la vie surnaturelle, et d'être ainsi la Mère des hommes.

(3) II Cor., XI, 2.

CH. I. PARALLÈLE ENTRE MARIE ET l'ÉGLISE I I

ne pouvant l'être de corps. Il n'a pas détruit en naissant la virg-inité de sa mère, celui qui, rachetant son Eglise de la puissance des démons fornicateurs, a fait d'elle une vierge » (i).

Traduisons un autre beau texte. Après avoir montré que l'Eglise est vierge par la foi et par la sainteté, Augustin poursuit en ces termes : « Elle est donc vierge, TEglise; qu'elle reste vierge. Qu'elle se tienne en garde contre le séducteur, pour ne pas trouver un corrupteur. Oui, l'Eglise est vierge. Vous me demanderez peut être : Si elle est vierge, comment enfantet-elle des fils? Et, si elle n'enfante pas, pourquoi donc avons-nous donné nos noms, afin de naître de ses entrailles. Je réponds : elle est vierge et elle enfante. Elle imite Marie qui a enfanté le Seigneur. N'est-elle pas vierge cette sainte Marie ; et pourtant elle a enfanté et elle est demeurée vierge. Ainsi de l'Eglise; elle enfante et elle est vierge. Et si vous y réfléchissez, elle enfante le Christ: car les baptisés sont les membres dn Christ. Vous êtes, dit l'Apôtre, le corps du Christ et ses membres (2). Si donc elle enfante les membres du Christ, elle est par là même le vrai portrait de Marie. Si ergo membra Christi parit, Marine simillima est » (3).

Quoi plus? Le privilège de l'Eglise peut être celui de chacun des enfants de l'Eglise. C'est ce que leur enseigne le même docteur, quand il dit: « Ce que vous admirez dans la chair virginale de Marie, reproduisez-le dans le sanctuaire de votre âme. Oui croit de

(i) s. August., sertn. jgi, in Naliv. Djtn. 8, n, 2. P. L. xxxviii, roio.

(2) I Cor;, XII, 27.

(3) S. August. Sertn., 2i3, n. 7. P. L. xxxvm, io64-

vin. LES ENFANTS DE MARIE

cœur pour la justice conçoit le Christ; qui le confesse de bouche pour le salut(i), c'est-à-dire, qui fait passer sa foi dans ses œuvres, enfante le Christ. Puisse une fécondité toujours plus grande s'allier ainsi dans vos cœurs avec une virginité toujours persévérante » (2).

Qu'il est riche et grandiose ce parallèle entre l'Eglise et Marie. Toutes les deux sont mères, l'une suivant la chair et l'autre suivant l'esprit; parce que de l'une est né le Chef, et que de l'autre naissent les membres. A bien considérer les choses, toutes les deux enfantent le Christ, parce que les membres appartiennent au corps du Christ, et sont, dans une certaine mesure, le Christ lui-même. Et ces deux mères sont vierges: l'une dans sa chair, et l'autre par la pureté d'une foi saintement vivante. Vierges avant l'enfantement, elles le sont encore en donnant le jour à leurs fils: car ce n'est pas la vertu de l'homme, mais la vertu de l'Esprit Saint qui les féconde.

Or, celte doctrine, si bien exprimée qu'elle soit par le grand évêque d'Hippone, n'est pas une invention de son génie. Nous la trouvons communément chez les autres Pères, d'où, plus tard, elle passera dans les écrits des auteurs ecclésiastiques, au moyen âge. Elle est de saint Fulgence (3), de saint Pierre Chrysologue (4), de saint Épiphane (5), de saint Césaire d'Arles (6),

(i) Rom., X, 10.

(a) S. Angusf., serm. 191, in Naliu. Dorn. 8, n. 4- P- L. xxxvm,

lOII.

(3) S, Fulgent., Ep. 3, ad Probam, c. 4 et 5. P. L. lxv, 826.

(4) S. Peir. Chrysol., Serm. iij, P. L. lu, 52i.

(5) S. Epiphan., Adv . Haeres., haer. 78, n. 19. P. G. xlu, 780.

(6) • Nous avons tté,dit l'Apôtre, ensevelis par le baptême avec Jésus- Christ dans la mort. Les âmes sont immergées dans le gouffre sacré, où se rencontrent par leurs frontières et la mort et la vie. Et ces âmes que la première naissance avait vouées à la perdition, renaissent à la

PARALLÈI^E ENTRE MARIE ET l'ÉGLISK i3

de saint Isidore (i) et de saint Ambroise (2). Elle est encore du vén. llildebert, évèqiic du Mans (3), des bienheureux Ambroise Autpert et Albert le

vraie vie dans le bain salutaire .. Parfois, lorsqu'on nous raconte ou quand nous lisons du Seigneur Jésus-Christ qu'il es( uniquement né d'une t'eninic, sans le concouj-s de l'homme, cette nouveanh' nous jeUe dans la stupeur. Et voici maintenant qu'en dehors de toules les lois de la nature, et que jiar toute la terre d'innombrables multitudes sont pro créées dans le sein des eaux comme par un enfantement virginal.

« Qu'elle tressaille d'allégresse l'Eglise du Christ, elle que l'opi'ration de rEs[)rit féconde à la ressemblance de Marie, pour la rendi'e mère d'une race divine. Arrière donc l'erreur aveugle de ces infidèles (jui prétendent qu'une femme, eût-elle couru indipcndamment de toute influence extérieure, ne peut rester vierge. Voyez combien de frères, en une seule nuit, TEolise. épouse et mère, nous a doim's du sein fécond de son int'grité. Vous vous étimniez auparavant de voir un homme naître d. lincorruption ; est-ce chose moins admirable et moins nouvelle de le voir ainsi renaître ?

« Comparons, s'il vous plaît, ces deux mères, et la maternité de l'une et de l'autre confirmera notre croyance en la maternité de chacune. Conferanius, si placet, has diias maires, et utriiisque generalio fidein nostra/n in alterulra corrob.jrabit. D'un côté, le Saint-Esprit, couvrant Marie de son ombre, la féconda par sa mystérieuse entrée ; de l'autre, le même Esprit, dans la fontaine bénie du baptême, donne à l'Eglie la vertu de produire perpétuellement de nouveaux fruits. Marie enfanta son Fils sans péch' ; et l'Eglise dans ceux qu'elle engendre détruit les péch 's. De Marie est né ce qui était au commencement ; de lEglise renaît ce qui avait péri au commencement. Celle-là a enfanté un seul fils pour une multitude d'autres; et cela ci, des peuples entiers. L'une, nous le savons, demeurant vierge, n'a été mère qu'une fois ; l'autre, vierge comme elle, enfante toujours ])ar son Epoux vierge.... » S. Caesar. Arelat., Hoin. 3 de Pdschate. P. L. lxvii, io48.

(i) S. Isidor. Hisp., dont voici les paroles : Maria autem Ecclesiam signifîcat, quae, cum sit desponsataChristo, virgo nosdeSpiritu Sancto concepil, virgo eliam parit. Allegor. i38, i3g. P. L. lxxxiii, 117.

(■>.) Didicimus seriem veritatis (i.e. annunciationis; : discamus et mysterium. Be.ie dcsponsata sed virgo; quia est Ecclesiaa ti/pus, quae est immaculata sed nupta. Concepit nos virgo de Spiritu, parit nos virgo sine gemitu. Eupos. Evang . sec. Luc, L. 11, n. 8. P. L. xv, i555. El encore, sur ce texte du Cantique : Speciosi sunt gressus tui in calceamentis (vu, 7) : Speciosi ergo gressus vel Mariae vel Ecclesiae... Quam pulchra etiam illaquae in figura Ecdesias de Maria prophetata sunt Institut. Virg.. c. i4, n. 88, 8g P. L. xvi, 826.

(3) In hoc conceptu (Cliristi) magimm et mirabile sacramentum, coiijunctionis seilicet Christi et Ecclesiae, seu Verbi et animae. Virgo eni/n Maria facta est Ecclesia, vel quaelibet anima fidelis, quae incorruptione voluntatis, casfa et sinceritate fidei virgo est... Angelo quoque nunciante quod Maria concepit, praedicator est veritatis, quo cvangelizante, mens fidelis concipit vcrbum Dei, deinde parit. Concipit quidem credendo, parit in lucem boni operis producendo. Hildebert. tlenoman , serm. bj, in Annunciat. D M. P. L. clxxi., 609.

l4 L- VIII, LES ENFANTS DE MARIE

Grand (i), de Gerhoch, prévôt deReichersberg (2), du Missel Mozarabique (3), et d'une foule d'autres monuments de la tradition.

Mais comme ces témoig-nag-es ne seraient g-uère autre chose qu'une répétition des précédents, mieux vaut les omettre pour interrog-er encore une fois saint Aug-ustin et transcrire un texte, oii il a condensé toute sa doctrine sur les ressemblances entre l'Ég'lise et la Mère de Dieu. Je le tirerai de l'un de ses plus beaux ouvrages, le livre de la Sainte Virginité.

« L'Eg'lise, écrit de nouveau le grand docteur, l'Église imite la Mère de son Époux et de son Seigneur. Elle est, elle aussi, tout ensemble et mère et vierge.

« De qui défendons-nous la pureté, si elle n'est pas vierge? Aux enfants de qui parlons-nous, si elle n'est pas mère? Marie a enfanté corporellement le Chef de ce corps; et l'Eglise engendre spirituellement les membres de ce Chef. Ni chez l'une ni chez l'autre la virginité ne fait obstacle à la fécondité, ni chez l'une ni chez l'autre la fécondité n'altère en rien la virginité... ))

Après avoir rapporté les paroles si conues du Sau-

(i) Annbr. Aulbert., orat. in Deipar. Annanc, n. i3, P. L. lxxxix, i3oi ; Albert, M., super Missus est, q. 142. 0pp. t. XX, p. 96.

(2) Habet ^Christus) etiam sponsam, videlicet sanctam Ecclesiam et

quamlibet fidelem animam, Fuit aulem beata virgo Maria illius anti-

q'iae synagog-ae portio eleclissima, sic a Deo Pâtre amata ut eam prae omnibus ainore suo inflammaret, Vcrbo quoque suo foecundaret ; quod in ea eructatum el prius mente quam ventre conceptum de illa processit tanquam sponsus de llialamo suo,amaturas novam Eoclesiam (prae Synagoga) et in ea quamlibet fidelium personam, tanquam sponsam ornatam viro suo. Inter omnes vero sponsas prae omnibus fuit ac permanet ornata B. Virgo Maria, tanquam consummallo Synagogae, utpotc filia eleclissima patriarcharum, el post Filium suum Ecclesiae sanctae nova inchoalio, utpote mater Apostolorum, quorum uni dictum est : Ecce mater tua. Gerhohi, praeposili Reichersperg., L. de Gloria et honore Filii hominis, c. 10, n. 1. P. L. cxciv, iio5.

(3) Praefatio seu Inlatio in Nativ. Boni. P. L. lxxx, 188.

eu. I. PAJIA.LLÈLE ENTRE MARIE ET l'ÉGLISE i5

veur : « Quiconque fait la volonté de mon Père qui est au ciel m'est un frère, une sœur, une mère » (i), le saint évoque poursuit en ces termes : « Sa mère est l'Eglise universelle, parce qu'elle engendre par la grâce de Dieu les membres du Christ, c'est-à-dire les fidèles. Et sa mère est encore toute âme pieuse faisant la volonté du Père par cette charité très féconde dans ceux qu'elle enfante, jusqu'à ce que le Christ soit formé en eux (2) .

« Marie, faisant la volonté de Dieu, n'est corporellement que la Mère du Christ, mais spirituellement elle en est la sœur et la mère. Ainsi. donc à cette femme seule il appartient d'être et d'esprit et de corps mère et vierg-e à la fois. Mère par l'esprit, non pas de notre Chef, le Seig-neur Jésus, car c'est plutôt de lui qu'elle est née spirituellement, puisqu'elle est du nombre des croyants, c'est-à-dire des fils de l'Epoux (3); mais de ses membres sans exception: car elle a concouru par sa charité à faire naître dans l'Eglise les fidèles, membres de ce divin Chef. Et par le corps elle est mère du Chef lui-même. Il fallait, en effet, que, par le miracle le plus insig-ne, notre Chef naquît corporellement d'une Vierg-e, afin de signifier que ses membres naîtraient suivant l'esprit de l'Eg-lise vierge.

« Seule donc Marie est d'esprit comme de corps mère et vierg-e ; mère du Christ et vierg-e du Christ. Pour l'Eg-lise, considérée dans les saints qui posséderont le royaume de Dieu, elle est tout entière par l'esprit mère du Christ, tout entière par l'esprit vierg-e du Christ; mais de corps elle n'est par tout elle-même

(i) Matth., xii, 5o.

(a) Galat., iv, 19.

(3) Matth., IX, i5.

16 L. \ni. LES ENFANTS DE MARIE

ni vierge ni mère : car dans les uns elle est seulement vierge du Christ, et dans d'autres elle est mère, mais non du Christ. Les femmes chrétiennes en pouvoir d'époux et les vierges consacrées à Dieu... qui font la volonté du Père, sont spirituellement, les unes comme les autres, mères du Christ. Quant à celles qui, vivant de la vie conjugale, enfantent corporellement, ce n'est pas le Christ qu'elles enfantent, mais Adam; aussi les voit-on courir aux sacrements qui transforment leur fruit en membre du Christ : car elles savent par la foi ce qu'elles ont mis au jour » (i) .

(i) s. AiigusLia., de S. Virginitate libzr anus, nn. i, 5, 6. P. L. XL, 397, 39g. Qu'on veuille me pardonner, si je traduis encore quelques passages du même livre Ils sont trop glorieux à la sainte virginité dont le type parfait est la Vierge Marie, pour être omis. « Ce que je viens de dire, continue l'immortel dacteur, je l'ai dit pour que la fécondiicdes épouses ne soit pas si hardie (jii'elie ose se comparer à l'intégrité virginale. Qu'elle ne dise pas aux vierges de Dieu, prenant Marie pour prétexte : La Mère da Seigneur a deax choses glorieuses en sjn corps, la virginité et la fécondité : car elle est restée pure, et elle a enfanté. Puisque ni les unes ni les autres nous ne pouvions avoir à la fois ce double bonheur, nous avons fait un partage : vous êtes vierges et nous so.Times mères. Il vous manque des enfants; la virginité conservée vo is console. Et les enfants que nous avons compensent l'intégrité perdue... Ce langage de.-; fidèl^îS mariées au.x vierges consacrées à Dieu s>.'rait p:ut-ètre supportable, si elles donnaient corporellement le joar à des chrétiens : de telli sorte que, sajf la virginité de la chair, la fécondité de Mirie n'eût d'autre avantage sur la leu;' que celui d'avoir procréé le Chef dss membres, tandis qu'elles auraient enfanté les membres du Chef.

« Mais, supposons m >me ce langage dans la bjuche des femmes qui n'acceptent un époux que pour en avoir des enfants, et qui ne cherchent des enfants que pour les donner au Christ ; ils ne sjnt pas chrétiens ceux qui naissent de leur chair. Ils le deviennent, mais par l'Eghse, cette mère à laquelle il appartient d'enfanter spirituellement les membres du Christ, dont elle est spirituellement aussi la vierge. Il est vrai que les mères qui n'ont pu corporellement enfanter des chrétiens coopèrent à cette sainte renaissance : mais cette coopération m)me fait des vierges les mères du Christ, puis.qu'elle repose sur la foi opérant dans la charité (Gai. V, 6}...

« Le mariage n'a pas droit non plus de s'égaler au mérite de la continence, par la raison que c'est de lui que naissent les vierges. Car ce n'est pas là le bien propre du mariage mais de la nature. Dieu l'a tellement constituée que la femme qui naît de l'union des sexes, que cette union soit honnjte ou illicite, ordo.inéc ou honteuse, est toujours

vierge à sa naissance, et jamais vierge consacrée à Dieu Ce dernier

genre de vierges, nulle fécondité ne peut le produire ; il ne vient ni de

CH. I. — PAUALLliLE ENTRE MARIE ET L EGLISE I T

Qu'on n'aille pas croire, parce que j'ai cité principalement nos Pères latins, que la personnification de l'Église en Marie fût ignorée des Orientaux. La lettre des Eglises de Vienne et de Lyon qui leur était adressée, les passages d'Arcliélaiis et de Clément d'Alexandrie témoigneraient du contraire. Mais bien autrement nombreux sont les monuments où cette doctrine est consig'uée. Bientôt, nous aurons occasion de le constater en parlant de la célèbre vision de la femme couronnée (rétoiles, décrite par saint Jean dans son Apocalypse. Aussi, les Pères grecs n'hésitent-ils pas à interpréter les mêmes textes scripturaires de l'Ég-lise et de Marie. Je citerai, pour exemple, et sans l'abréger, ce passag'e de saint André de Crète, dans un sermon sur la Nativité de la Mère de Dieu.

« S'il est possible de mesurer la terre, et de compter la multitude des étoiles; si l'on peut norabrer les gouttes de la pluie, les particules de la terre et les grains de sable, ou peser le poids des vents, il sera possible de scruter aussi jusqu'au fond le sujet que nous avons à traiter. C'est aujourd'hui la fête de la Mère de Dieu; c'est cette admirable adolescente que nous célébrons dans nos chants : adolescente, ai-je dit, mais prophétesse; adolescente de qui le grand roi et le grand prophète David contemplait d'un regard inspiré les ornements royaux, quand il s'écriait : Toute la gloire de la fille du roi est du dedans; et ses vête-

la chair ni du sanjs^. Si vous me demandez où est la mère, je vous montre l'Eglise. Les vierges sacrées ne tirent leur origine que de la vierge sacrée, de celle qui a été fiancée à l'unique Epoux, le C.hrist. D'elle, vierge tout entière d'esprit, non tout entière de corps, naissent les vierges saintes, vierges et dans lecorps et dans l'esprit ». S. August ,Ibid., n. 7, 10, II, pp. 399,400, 4oi.

menls resplendissent d'or et de broderies (i). C'était là chanter de loin, sous le voile des %ures, l'éclat incomparable de beauté que lui conféraient, dès sa naissance, les dons multiples et variés de l'Esprit de Dieu. Voilà^ selon moi, comment tout lecteur, dont nulle affection vicieuse n'aura faussé le jugement, interprétera le vêtement royal et les frang'es d'or, parure de cette princesse. C'est pourquoi le même prophète, ravi des beautés invisibles, symbolisées par ces ornements extérieurs, disait encore à cette vierg-e : Ecoutez, ô ma fille; inclinez votre oreille, oubliez votre père et la maison de votre père, et le Roi s'énamourera de votre beauté. Je ne l'ig-nore pas; c'est manifestement à l'Eglise que sont adressés ces versets du psaume; mais qui nous empêche de les entendre aussi de celle que le mystère de l'économie divine a faite tout entière temple de l'Epoux de l'Eglise tout entier » (2)?

(i) Psalm. XLiv, 14.

(2) S. And. Cretens., Serni. inNativit B. M. Virj. P. L. xcvii, 80i, sqq.

Ce n'est pas le seul endroit des Ecritures qui permette d'appliquer à la Mère de Dieu ce que le Sdiiit Esprit a dit de l'Ei^lise. « 11 faut remarquer, écrivait un savant th 'ologien du xvi' siècle, que tout ce que nous trouvons dans lesLivres saints sur la magnificence, l'éclat et la sainteté de rEu,lise, est justement approprié, dans toutes les parties de l'univers, à la glorieuse Vierge : car elle est de tous les membres de l'Eglise catholique le plus saiut: celui que Dieu Notre Seigneur a comblé d'autant de grâces qu'il en a distribué parmi tous les autres membres. Voilà pourquoi, suivant l'antique coutume, nous chantons en l'honneur de Notre Dame les passages de l'Ecriture qui, dans leur sens naturel, doivent être ihterpr'tés de l'Eglise de Jésus-Christ ». Driedo, de Reg. et Dogmat. S. Scripturae. L. m Tr. a, c 4- t- ^ P- 121 (Lovan., i556).

La page suivante, lirJe d'un auteur du xii' siècle, exprime heureusement une idée semblable. Filins Dei « factus hominis filius,multos fecit Dei filios. Multos igitur concilia vit sibi. ut dictum est, sua charitate et sua potestatcuniens ; qui, cum carnali generatione cum ipso sint plures, divina tamen regeneratione cum ipso sunt unus. Unus cnim totus ac solus Christus c'iput est et corpus : unus autem is unius Dei in cœlis, et unius matris in terris ; et multi filii et unus lilius. Sicut namque caput ac me.'nb:-a anus Jîlius ac planes filii, sic Maria et

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