PARALLELE ENTRE MARIE ET L EGLISE
IL — Revenons sur ces idées et lâchons de les résumer avec ordre, à l'honneur des deux mères, l'Église et Marie.
Inutile de rappeler ici la nature et les privilèges de la double maternité virginale de Marie : comment, suivant la chair, elle est mère du Fils unique de Dieu ; comment, suivant l'esprit, elle est aussi notre mère à nous fidèles. L'Eglise n'a pas enfanté corporellement le Christ, à moins toutefois que l'on ne considère l'Eglise dans sa plénitude, en tant qu'elle renferme en soi Marie comme le plus saint et le plus grand de ses membres : car, à ce point de vue, rien ne nous empêcherait de dire que 1 Eglise est la mère du Christ considéré dans sa chair, mais par Marie.
Ce n'est pas sous ce rapport que nous concevons l'Eglise, quand nous la comparons avec la Mère de Dieu. D'un côté nous mettons l'Eglise à part, sans Marie; de l'autre Marie à part, sans l'Eglise. Le Souverain Pontife fait certainement partie de l'Eglise, puisqu'il en est le chef visible et la tète. Et pourtant que de fois n'a-t-on pas mis en parallèle le Pontife suprême et l'Eglise, pour établir les rapports mutuels
Ecclesia una mater ef planes; una virgo et pi ares. Utraque mater, uiraquevlrgo ; utraque de eodein Spirila sine libidine concipit ; utraque Ûeo Patri sine peccato prolem fuudit. Ula absque omui peecalo corpori Caput peperit ; ibta in omnium peccalorum remissioue Capiti corpus edidit. Utraque Christi mater, sed neulra sine altéra totum parit. Uiide in Scripturis divinilus inspiratis (jaod de Virgine niatre Ecclesia universaliter, hoc de virgine Muria singulariter; et quod de virgine matre Maria specialiler, id de virgine matie Ecclesia generaliter jure intclligilur ; et cum de alterutra srrmo texitur, fere perinistim et indijfereuter de utraque smtentia intelligitur. Una quaeque eliam anima Verbi Dei sponsa, Christi mater, tilia et soror, virgo et fecuada suaple ralione intelligitur. Dicilur ergo universaliter pro Ecclesia, et specialiter pro Maria, singulariter quoque pro fideli anima, ab ipsa Dei Sapieiitia, quod Palris est V^crbum. )» Isaac de Stella i^isaac, abbé de l'Etuile, en Poitou), Serin. 5i, in Assumpt. B. M. i. P. L. cxciv, 1062, iu63.
qu'ils ont l'un avec l'autre. Donc la maternité de l'Eglise n'a pas enfanté le Christ en lui-même et dans sa chair. Elle l'enfante pourtant, mais dans ses membres. Car c'est en elle et par elle que nous sommes incorporés au Christ, que nous entrons comme partie dans sa personne mystique, et que nous devenons en lui des fils adoptifs de Dieu.
Comment s'opère cette naissance ? Par le baptême, ce premier des sacrements confiés par Jésus-Christ à son épouse, l'Eg-lise. C'est pour cette raison que les Pères le représentent généralement comme le sein de l'Eglise. « L'eau du baptême, a dit saint Léon, est comme un sein virginal, et le même Esprit qui descendit sur la Vierge remplit la fontaine sacrée » (i). « Ce qu'est le sein maternel [matrix) pour l'embryon, l'eau du baptême l'est pour le fidèle : car c'est dans l'eau que le fidèle est formé... Il y a pourtant une différence : pour la formation de l'homme au sein de sa mère, il faut du temps; un moment suffît à l'eau pour achever son œuvre » (2).
N'allez pas objecter qu'on peut devenir enfant de Dieu, en dehors du baptême conféré par l'Eglise, comme il arrive pour les enfants baptisés dans le schisme ou dans l'hérésie. Car ce baptême, encore qu'il soit administré par des mains étrang'ères, appar-
(i) s. Léo M., Serin. 4 de Nativ. Dom. n. 3 ; col. Serm. 5. P. L.