‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 3)Chapitre 22 sur 81 · CH. I. DROIT AU CULTE D HYPERDULIE I7I · texte numérisé non relu

CH. I. DROIT AU CULTE D HYPERDULIE I7I

vre de chicane, ou montrer une singulière ignorance, que d'accuser d'idolâtrie les catholiques, parce qu'ils ont enseigné l'adoration de la sainte Vierge ou des Saints, comme si, dans tous les textes, ce terme avait toujours eu la même acception.

Une autre remarque, c'est que l'excellence de Dieu, premier principe et fin suprême de toutes choses, étant au-dessus de tout genre et de toute espèce, le culte divin ne peut, sous aucun genre etsous aucune espèce, se confondre avec celui de la créature. 11 est unique dans son ordre, comme le droit de Dieu à notre adoration est incommunicable à tout autre qu'à lui. Mus par cette considération, des auteurs catholiques ont vouln réserver l'expression de culte religieux au seul culte de latrie, parce que la vertu de religion n'a que Dieu pour terme. « A Dieu seul est dû le culte religieux », disent-ils. C'est, à mon avis, forcer la note, et je ne vois pas ce qui nous obligerait à ne pas qualifier de religieux l'honneur que nous rendons aux Saints du ciel, aux élus de Dieu. Rien, ni dans la langue ecclésiastique, ni dans le langage communément parlé chez les hommes, n'a restreint jusqu'à ce point l'acception des mots, et ce serait s'imposer une gêne inutile que de vouloir s'interdire une expression qui n'emporte avec elle aucun danger sérieux d'erreur.

Une troisième remarque de plus grande importance encore, c'est que le culte renferme deux sortes d'actes : les uns, procédant de l'intelligence et de la volonté, constituent le culte intérieur; les autres, posés par les facultés sensibles et corporelles, forment le cuits extérieur; et de ces deux cultes résulte un seul culte total dont le premier est l'âme, et le second, le corps;

et ce culte total est proprement le culte humain (i). Or, dans ce composé, les actes extérieurs ont un triple rapport avec les opérations intérieures, c'est à dire, avec l'élément principal du culte. Rapport du moyen à la fin, parce qu'ils contribuent très efficacement à les développer, à les vivifier, à les nourrir; que serait le culte catholique sans les cérémonies, les chants et les autres parties de la Liturgie sacrée? Rapport de l'effet à sa cause : un culte qui n'irait pas du dedans au dehors serait un corps sans âme, le culte des adorateurs des faux dieux, ou de ces Juifs dont le Seigneur a dit : Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est bien loin de moi. Rapport enfin du signe à la chose signifiée : car il en est de toutes les pratiques du culte extérieur comme du sacrifice, ou du langage; elles sont faites pour traduire des sentiments analogues à ce qui paraît aux sens. Ajoutons comme dernière remarque qu'il nous importe assez peu, dans la question présente, de chercher dans quels actes il faut mettre l'essence du culte, et quels autres on doit assigner comme présupposés au culte formel, ou comme ordonnés par lui. Ce sont là des questions subtiles qui peuvent avoir leur utilité pour un traité complet sur la matière, mais assez indifférentes au but que nous poursuivons.

II. — Ces principes généraux une fois posés, venons au culte de la bienheureuse Mère de Dieu.

Que nous devions lui rendre un culte d'honneur, de respect et d'amour, c'est chose si manifeste qu'il faudrait être aveugle ou impie pour le révoquer en

(i) s. Thom., 2-2, q.84) a, i et 2; q. 81, a. 7.

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doute. En effet, de deux choses l'une: ou vous reconnaissez ses privilèges de grâce et de gloire, ou vous refusez de les admettre, Dans la première hypothèse, ce serait le comble de l'aveuglement de lui dénier l'hommage de votre culte. Quoi! la nature elle-même nous enseigne qu'il faut rendre honneur, respect et déférence aux êtres raisonnables en possession d'une excellence appartenant même à l'ordre naturel, et je ne verrais pas que la Mère de Dieu, la Reine du monde, l'abîme insondable où surabondent toutes les perfections de la nature, de la grâce et de la gloire; la plus haute, la plus parfaite des créatures de Dieu, le chefd'œuvre de ses mains, celle auprès de qui pâlit toute grandeur hormis lamajesté divine, a droità mes hommages? Si la première hypothèse suppose un aveuglement sans exemple, la seconde ne peut aller sans une impiété manifeste; je parle pour ceux qui vivent et se meuvent dans la pleine lumière du christianisme. Ne faudrait-il pas, en effet, fermer volontairement les yeux à cette lumière, pour ne pas voir et confesser les titres de la bienheureuse Vierge au culte des Anges et des hommes, c'est-à-dire de toute créature ; et cela, qu'est-ce autre chose qu'une impiété?

Aussi bien, l'Église, par la voix et surtout par le cœur de ses enfants, n'a-t-elle jamais, dans tout le cours des siècles, mesuré le tribut de ses hommages à la Mère de Dieu. Plus tard, nous aurons l'occasion de constater l'existence de ce culte, dès les premiers âges du Christianisme, et nous le verrons s'étendre dans la proportion même où s'étendait le royaume de Dieu. Ce que nous avons lu tant de fois dans les ouvrages des Pères et des écrivains ecclésiastiques nous dispenserait déjà d'entrer dans une plus longue étude,.

A ceux qui font profession de ne s'incliner, en matière religieuse, devant aucune autre autorité que celle de la parole de Dieu, et de la parole écrite, je dirais : Ouvrez l'Evangile et lisez. Lisez la salutation de l'Ange. C'est l'envoyé de Dieu, parlant au nom même de Dieu : « Je vous salue, Pleine de grâce, le Seigneur est avec vous; vous êtes bénie entre toutes les femmes ». N'est-ce pas là lui rendre un cul te?Culte d'honneur, culte de louange; culte religieux aussi, puisqu'il repose sur l'attestation d'une excellence de l'ordre surnaturel et divin? Culte inouï jusque-là : car les Anges, encore qu'ils se fussent souvent révélés aux hommes, porteurs des messages de Dieu, ministres de sa miséricorde ou de sa justice, ne s'étaient jamais abaissés devant eux pour les saluer. C'est la remarque faite par saint Thomas dans son Exposition de la salutation ancféliqiie (i).

(i) (( 11 faut considérer que c'était autrefois une grande chose aux hommes de recevoir la visite des Ançes, un grand honneur aussi de pouvoir leur rendre d'humbles hommages. C'est pourquoi il est écrit, à la louan2;e d'Abraham, qu'il eut des anges pour hôtes et qu'il leur ofîrit les témoin-nages de la plus humble déférence. Mais qu'un ange ait traité l'homme avec une révérence égale à celle qu'il avait coutume d'en recevoir, c'est ce qui ne s'était pas vu, jusqu'au jour où Gabriel s'inclina respectueusement devant la bienheureuse Vierge, en lui disant : Ave. Or, la raison pour laquelle, anciennement, c'était l'homme qui s'abaissait devant l'Ange et non pas l'Ange devant l'homme, la voici : l'Ange était supérieur à l'homme à trois points de vue principaux. Supérieur quant à la dignité ; car l'Ange est un pur esprit, tandis que l'homme est corruptible de sa nature... 11 ne convenait donc pas qu'une nature incorruptible et spirituelle s'abaissât devant une créature sujette à la corruption comme est l'homme. Supérieur quant àl'intimité avec Dieu. L'Ange, en elFet.est un familier de Dieu, comme assistant à son trône (Dati., vu, lo)... L'homme, au contraire, était pour Dieu comme un étranger, banni de sa présence à cause de son péché (Psalm., Liv, 7). Donc, de ce chef encore, il était de toute convenance que l'homme se mît au dessous de l'Ange. Supérieur enfin quant à la plénitude des splendeurs de la grâce. Aux Anges appartient la participation la plus large de la lumière divine; et c'est pour cela qu'ils se montrent toujours environnés de lumière. Quant aux hommes, alors même qu'ils entraient en participation de la grâce, c'était avec beaucoup moins d'abondance et quelque obscurité.

« Donc, avant que les Anges pussent s'abaisser devant l'homme pour

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Lisez, dans le même chapitre, cette exclamation d'Elisabeth, recevant la visite de Marie : « Vous êtes bénie entre toutes femmes, et le Fruit de vos entrailles est béni. Et d'où me vient que la Mère de mon Seigneur s'approche ainsi de moi? » N'est ce pas, là encore, l'expression d'un culte de vénération sans bornes ! Et qui dira que ce culte est outré, puisqu'il est rendu sous l'action même du Saint Esprit.

Lisez le Magnificat de la Vierge. C'est le Verbe incarné qui l'inspire à sa mère ; c'est l'Esprit de Dieu qui le dicte à son épouse. Or, il contient et la cause et la prophétique approbation des hommages que le genre humain doit rendre à Marie : « De ce moment, toutes les générations me proclameront bienheureuse, parce que le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses ».

Lisez toujours l'Evangile et vous y verrez Jésus- Christ lui-même, dans la solitude bénie de Nazareth, vous- donner en sa personne le parfait modèle du culte filial de soumission, de confiance, de tendresse et d'abandon que l'Eglise réclame pour sa Reine et pour sa Mère. Voilà ce que nous révèle ce mot, à la fois si

lui rendre honneur et respect, il fallait qu'il se trouvât une créature à surpasser les Ançes sous ces trois rapports ; et ce fut la bienheureuse Vierçe. C'est pourquoi, l'Ang'e, par son Ave, signifia clairement qu'il reconnaissait à Marie cette triple prééminence sur la nature angélique. Prééminence dans la plénitude de i^ràcc : Je vous salue la pleine de Çràce, lui dit-il. Prééminence dans la familiarité avec Dieu : le Seig-neur est avec vous; tellement avec vous que vous allez être sa mère, et par conséquent, reine et souveraine. Prééminence en pureté : car la Vierge ne fut pas seulement pure en elle-même, mais elle répandit la pureté dans les autres » (S. Thom,, Eœpositio super Salut. Aiif/elic, parmi ses Opuscules). J'omets les développements donnés par le saint Docteur sur ces trois points, parce qu'ils ont été sural oûdamrrent exposés dans la suite de noire ouvra2;e. Mais cela montre ce que nous avions à prouver, quele culte de Marie, avant d'être pratiqué par les hommes, ra\ait été par les esprits célestes, et par les plus çrands d'entre eux, et sur l'ordre de Dieu lui-même, puisque le message de Gabriel avait été dicté par lui

simple, si compréhensif et si profond : « Et il leur était soumis ». Lisez toujours, ou plutôt entendez cette femme de l'Evang-ile qui s'écrie dans le ravissement que lui donne la parole de Jésus : « Bienheureux le ventre qui t'a porté; bienheureuses les mamelles qui t'ont nourri ! » Or, si vous y prenez garde, Jésus ratifie lui-même, en relevant cette exclamation, la louang-e d'Elisabeth à Marie : Bienheureuse vous qui avez cru. Lisez enfin cette scène à jamais mémorable où Jésus nous dit à tous dans la personne de son disciple bien-aimé : Voilà votre mère ; non pas une mère à qui vous deviez la déférence d'un fils suivant la nature ; mais une mère dans l'ordre de la grâce, et digne, par conséquent, d'un culte religieux; de la vénération la plus humble, la plus profonde et la plus amoureuse.

Vous en appeliez à l'Evangile; voilà ce que vous répond l'Evangile. Libre à vous de méconnaître sa voix; mais, sachez-le bien, vous ne pouvez vous soustraire au culte de la Mère de Dieu, sans vous mettre en opposition flagrante avec lui. Il ne s'agit pas même ici d'interprétation; c'est assez de lire et de comprendre : tant la vérité se révèle claire, pressante et manifeste. Donc, le culte de Marie n'est pas d'invention purement humaine, puisqu'il nous est venu du ciel; donc il ne date pas seulement, comme ils disent encore, du quatrième ou du cinquième siècle de notre ère, puisqu'il est préconisé par l'Evangile, et pratiqué dès l'aurore de la Rédemption.

Ce n'est pas assez dire. Le culte de la Mère de Dieu est aussi ancien que le monde ; et c'est encore la sainte Ecriture qui l'atteste. Est-ce que Marie n'était pas offerte à l'admiration et aux hommages de l'uni-

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