‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 3)Chapitre 21 sur 81 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

Du culte que les enfants de la Vierge doivent à leur mère. CHAPITRE PREMIER

Quelques nolions préliminaires sur le culte, et le culte religieux. — Que la Sainte Vieri>-e a droit au culte d'/iyperdulie, soit pour l'excellence suréminente de sa grâce, — soit principalement à raison de sa divine maternité.

Le temps est venu de parler du culte que nous, ses eafants, nous devons rendre et que nous rendons, en effet, à la bienheureuse Vierge Marie. Pour être en mesure de l'expliquer dans toute son ampleur, il nous fallait d'abord étudier ce que cette Vierge est en ellemême, ce qu'elle est pour nous et ce que nous sommes poar elle : car c'est de toutes ces différentes circonstances que dépendent et la nature des honneurs qu'elle mérite, et le caractère spécial dont son culte doit être revêtu. Autres, en effet, sont les hommages qu'un sujet doit offrir à la mère et à l'épouse de son propre souverain, autres ceux qu'il convient d'adresser à la personne d'une reine étrangère. Autres encore devront être vos témoignages de respectueuse déférence, si vous n'êtes que des sujets; autres ces mêmes témoignages, si vous joignez la qualité de fils à la

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condition de sujets. Puis donc que la très Sainte Vierge nous est unie par un si grand nombre de titres qui tous appellent notre vénération, notre reconnaissance et notre amour, c'était manifestement une nécessité de n'arriver à son culte qu'après les avoir considérés dans leur détail et dans leur ensemble.

I. — Mais, avant d'aller plus loin dans cette matière, il importe encore d'expliquer, au moins en peu de mots, la nature du culte et les différentes formes sous lesquelles il se présente : car c'est parce qu'on a mal compris, ou même totalement ignoré ces notions, que tant d'attaques se sont produites contre les honneurs qui sont rendus, dans l'Eglise catholique, à la Mère de Dieu. Suivant la théologie, le culte ou Vadorafion, prise dans la signification la plus universelle du terme, est la révérence, reuerentia, que l'on doit à quelqu'un, en considération de son excellence ou de sa dignité supérieure. Par où l'on voit que l'idée de culte suppose reconnus dans celui qui le reçoit, non pas seulement un mérite, une excellence quelconque, mais un mérite, une excellence supérieurs, au moins par un certain côté, à la dignité de la personne qui le rend. Voilà pourquoi, si l'on en croit plusieurs théologiens, le septième Concile œcuménique a défini l'adoration « l'emphase de l'honneur ».

En effet, dans la rigueur des termes, autre chose est le culte ou l'adoration, autre chose une simple démonstration honorifique. Honorer, c'est marquer l'estime plus ou moins grande que l'on a du mérite d'une personne; V adorer, lui rendre un culte, c'est reconnaître en elle une excellence au-dessus de son propre mérite. Toute adoration renferme donc un

CH. I. DROIT AU CULTE d'hYPERDULIE 169

honneur, mais tout honneur n'implique pas l'adoration ni le culte. On peut honorer un ég-al, un inférieur même. On ne lui doit ni le respect ni la révérence qui caractérisent le culte proprement dit. « Honorezvous tous », dit saint Pierre (i). « Prévenez- vous les uns les autres par des témoig-nag-es d'honneur, » écrit à son tour l'Apôtre des Gentils »{2). Et encore: « Honneur et gloire à tout homme qui fait le bien » (3). La sainte Ecriture nous raconte comment Assuérus, le Roi des rois, honora le juif Mardochée, pendant que la reine Esther V adorait lui-même (4). Il n'est pas jusqu'à Dieu qui ne puisse honorer sa créature, encore que tout culte envers elle lui soit manifestement impossible : « Si quelqu'un me sert, a dit Notre Seigneur, mon Père l'honorera » (5).

C'est pour cela qu'on ne saurait accepter, sans explication d'aucune sorte, l'identification du culte que nous devons à la Vierge, aux Anges, aux Saints, avec l'honneur de charité et de société fraternelle dont les chrétiens doivent se prévenir les uns les autres dans leur commerce ici-bas. Et cette restriction se comprendra mieux, après que nous aurons défini les différentes espèces de culte. Donc, parce que le motif de l'adoration est l'excellence supérieure de celui à qui elle s'adresse, manifestement les espèces d'adoration répondront aux divers modes d'excellence qui la réclament. Or, il faut, avant tout, distinguer une double

(0 Pet., II, 17.

(2) Rom., XII, 10.

(3) Rom., viii, 10.

(4) Esther, vi, 6, sqq.

(5) Joan., XII, 26.

excellence : l'excellence incréée, propre à Dieu seul, et l'excellence créée.

A la première appartient l'adoration clans le sens le plus élevé du mot, c'est-à-dire, le culte de latrie, qu'il serait impie de rendre à d'autres qu'à Dieu et à son Christ ; parce que Dieu seul est notre premier principe et notre fin dernière. A la seconde appartient un culte d'un ordre essentiellement inférieur, qui se différencie lui-même suivant la nature de la dignité qui en est le motif et l'objet. C'est le culte civil ou na/wr^/, quand nous honorons les personnes à raison d'une prééminence renfermée dans les limites de l'ordre de la nature, comme est, par exemple, la qualité de parents, de magistrats, de maîtres; en un mot, de tous ceux à qui, dans cet ordre, nous devons obéissance et respect. C'est le culte religieux, quand la prééminence qui motive le culte est d'un ordre plus élevé que celui de la nature, telle qu'est la dig-nité des ministres du Christ, prêtres et pontifes, ou telle que serait encore l'excellence reconnue des amis de Dieu et de ses Saints. Or, dans le langage ecclésiastique, on appelle communément culte de diilie l'honneur qui répond à ce dernier mode de dignité surnaturelle.

Ici quelques remarques sont encore nécessaires pour dissiper les équivoques. Quand j'ai parlé de Vadoration, je l'ai prise dans la signification la plus générale du nom ; c'est-à-dire, dans celle que l'Ecriture et les écrivains ecclésiastiques ont ordinairement supposée. Mais, dans l'usage vulgaire^ ce terme ne s'emploie plus désormais que pour exprimer le culte singulièrement propre à Dieu, le culte de latrie. C'est donc, pour nombre d'écrivains protestants, faire œu-

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