‹ La Mère de Dieu et la mère des hommesChapitre 19 sur 78 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le do2fme de la maternité divine dans la Sainte Écriture et dans la Tradition catholique. — Antiquité du titre de Mère de Dieu.

« Si quelqu'un refuse de confesser que l'Emmanuel est véritablement Dieu, et que, par conséquent, la Sainte Vierge est Mère de Dieu, puisqu'elle a enfanté selon la chair le Verbe de Dieu fait chair...; que celuilà soit anathème » (i). C'est la définition solennellement portée par le concile d'Ephèse, troisième œcuménique,

(i) S. Cyrille, patriarche d'Alexandrie, avait lancé douze anathèmes célèbres contre l'hérétique Nestorius, évêque de Constantinople, qui divisait Notre Seigneur en deux personnes, l'une née de Dieu, l'autre de Marie, celle-ci dans le temps, celle-là di toute éternité. Le concile d'Ephèse, réuni par l'autorité du pape Cdestin pour condamner l'hérésie nouvelle, sanctionna ces anathèmes, dont le premier de tous est celui que j'ai rapporté.

contre l'hérésie de Nestorius ; définition rappelée quelques années plus tard (45 1) par le concile de Chalcédoine, et confirmée plus expressément encore, s'il est possible, par celui de Constantinople, cinquième œcuménique (i).

Marie, suivant les Conciles, est donc véritablement et réellement Mère de Dieu. Cette définition des conciles n'introduisait pas un nouveau dogme : c'était la sanction officielle de la foi de l'Église, motivée par les négations sacrilèges des novateurs.

I. — En effet, rien de plus clairement attesté dans nos saintes Lettres que cette maternité de la bienheureuse Vierge. L'Écriture, c'est-à-dire l'Esprit Saint qui l'a inspirée, affirme avec une indubitable certitude, non pas seulement que la Vierge est mère de Jésus, mais encore que le fils conçu dans ses entrailles est le Fils même de Dieu, le Verbe éternellement engendré du Père, et Dieu comme lui. Lisez le message porté par l'ange Gabriel à la Vierge Marie : « Voilà

(i) Voici le canon du cinquième concile, second de Gonstantinople. II est d'autant plus remarquable qu'il fait connaître, en les réfutant, les subterfuges imaginés pour cacher l'erreur, ou pour la rendre plausible; «Si quelqu'un n'appelle pas dans une acception vraie, mais seulement dans un sens impropre, Mère de Dieu, la sainte, glorieuse et toujours Vierge Marie ; ou bien s'il ne l'appelle ainsi que dans un sens relatif, croyant que c'est purement un homme, qui est né d'elle, et non pas le Dieu Verbe qui s'est incarné en elle, en sorte qued'après lui la naissance de l'homme soit attribuée au Verbe, parce qu'il s'est uni à l'homme qui venait de naître ; ou bien s'il calomnie le concile de Ghalcédoiue, comme s'il avait appelé la Vierge Mère de Dieu, dans le même sens blasphématoire que l'impie Théodore; ou encore, si quelqu'un appelle la Vierge mère de l'homme ou mère du Christ comme si le Christ n'était pas Dieu; enfin, s'il ne la confesse pas Mère de Dieu dans la signification propre et véritable du mot, parce que le Verbe de Dieu, né du Père avant tous les siècles, a pris chair en elle dans les derniers jours, etquec'est ainsi que le saint concile de Chalcédoine la reconnaît pieusement p jur Mère de Dieu ; — qu'il soit anathème». (Sixième, canon parmi les 1 4 portes sur /es Trois Chapitres t.

que vous concevrez et que vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus. II sera grand, et il sera appelé le Fils du Très-Haut... L'Esprit Saint descendra en vous, et vous couvrira de son ombre. C'est pourquoi le Saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu » (i). Comment ne pas reconnaître dans ces paroles la divinité du Fils, et par conséquent la divine maternité de la Mère? Ce fils qu'elle va concevoir et qu'elle enfantera, c'est le Saint, le Saint par excellence; c'est le Fils de Dieu, du Dieu Très-Haut ; non pas un fils d'adoption, un fils par grâce, comme ceux qui recevront par lui d'être enfants de Dieu, mais le Fils par nature, le Fils Unique, le propre Fils, le vrai Fils, comme il se nommera lui-même, et comme son Père le proclamera du haut du ciel.

Quand je lis dans S. Jean que le Verbe qui, dès le principe, était en Dieu, et était Dieu; ce Verbe par qui toutes choses ont été faites, source de toute vie, lumière' qui éclaire tout homme venant en ce monde; quand je lis, dis-je, que ce Verbe s'est fait chair, luimême et pas un autre, qu'il a habité parmi nous, puis-je douter que Marie soit Mère de Dieu? Car c'est en elle, dans son sein, qu'il a pris notre nature, comme il a reçu dans le sein du Père, in sinu Patris, la nature qui le fait Dieu. Et ce témoignage de l'apôtre est d'autant plus clair et plus fort qu'il écrivit son Evangile, et spécialement cette première page, contre ceux qui séparaient en Jésus-Christ le Verbe de Jésus, Dieu de l'homme.

Si l'Evangile donnait à soupçonner, fût-ce par un seul mot, que le Verbe créateur ne s'est uni que plus tard

(i) Luc, i, 3i, 32.

au Jésus conçu de Marie, je pourrais hésiter à l'appeler Mère de Dieu. Mais tout, au contraire, repousse une pareille supposition. Celui-là même qui se pose comme le Fils de Dieu, Dieu lui-même, appelle Marie sa mère. Paul, son apôtre, parlant « du Christ, issu des patriarches selon la chair », et par conséquent de Marie, nous enseigne « qu'il est au-dessus de toutes choses, le Dieu béni dans tous les siècles » (i).

II. — C'est pourquoi, la sainte Eglise, héritière des apôtres, et toujours infailliblement éclairée par le même Esprit qui dicta leurs enseignements, a de tout temps et dès les premiers jours reconnu Marie pour Mère de Dieu. Je croirais faire injure à mes lecteurs si je m'attardais trop longtemps à leur démontrer une vérité si manifeste. « Un est notre médecin, fait et non fait, chair et esprit, Dieu dans l'homme, et vraie vie dans la mort, de Marie et de Dieu» (•*). C'est le témoignage du grand martyr Ignace d'Antioche. Quelque temps après, Irénée, le saint et savant évêque de Lyon, la gloire de notre Gaule, avant la fin du second siècle répétait à son tour : « Celui-là même qui est né de Dieu le Père, et non pas un autre, est né delà Vierge, et les Écritures témoignent de l'une et l'autre naissance. Fils de Dieu, Notre Seigneur, il est à la fois et le Verbe du Père et le Fils de l'homme » (3).

Avançons de quelques années > et nous entendrons Tertullien écraser l'hérétique Praxéas sous ces foudroyantes paroles : « Ce que la Vierge a conçu, elle l'a engendré... Et celui qui est né d'elle dans la chair

(i) Rom., ix, 5.

(2) S. Ignat., ep. ad Ephes. n. 7. P. G. v, 652, sq.

J3) S. Iren., adv. Haeres. L. in, c. 19, n. 2, 3. P. G. vu, 940,941.

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