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offert à la divine justice la satisfaction proprement dite et surabondante qui devait réconcilier le ciel avec la terre. S'il est mort pour nos péchés, s'il nous a mérité la grâce de la justification, c'est uniquement dans un sens impropre, en se posant devant nous comme le maître et le modèle qui par sa doctrine et ses exemples nous aide puissamment à pratiquer la vertu (i). Demandez-leur la raison de l'impuissance du Sauveur à payer le prix de la rédemption du monde : c'est, vous avoueront-ils, qu'il est, à la vérité, le plus grand des envoyés de Dieu, le Messie par excellence, mais que toutefois il n'est pas le Fils de Dieu par nature et Dieu comme son Père. De là pour lui cette impossibilité d'offrir la satisfaction qui suffirait à réparer l'outrage fait à Dieu par les crimes des hommes. En d'autres termes, c'est parce que Marie n'a enfanté qu'un homme; parce qu'elle n'est pas la Mère de Dieu.
Et que prétendaient à leur tour les ennemis du Cœur de Jésus? qu'on ne doit ni ne peut honorer ce divin cœur du culte de latrie', attendu qu'il n'est pas Dieu, mais une créature de Dieu. Ils allaient même, dans leur haine aveugle, jusqu'à lancer l'accusation de Nestorianisme contre les pieux adorateurs de ce Cœur sacré. Et le dogme de la maternité divine se dresse contre eux, comme il l'a fait pour tant d'autres novateurs. Le cœur vivant du Sauveur Jésus que vous refusez d'adorer, c'est le cœur de Dieu lui-même, puisqu'il est le cœur de Jésus, né de la Vierge Mère de Dieu.
« 0 insensés, pouvons-nous leur dire après saint
(i) Socin., de Christo Serval. L. I, i.
Athanase, pourquoi ne considérez-vous pas qu'autre est l'adoration qui se doit au corps créé du Seigneur, autre l'honneur qui convient à la créature ? Car il est le corps du Verbe incréé, et ce Verbe dont il est le corps, c'est lui que vous adorez. Donc il est juste de rendre à ce corps la même adoration qu'à la divinité, puisqu'il appartient en propre à la personne du Verbe et que le Verbe est Dieu » (i). Substituez le mot cœur à celui de corps, et vous avez dans cette apostrophe du grand docteur L'apologie la plus complète de notre belle et chère dévotion. Qui donc ne peut ni ne doit adorer le Cœur de Jésus? Celui qui, séparant en Jésus-Christ l'homme et le Dieu, fait de sa chair et de son cœur la chair et le cœur d'une personne créée; en d'autres termes, celui qui ne croit pas de Marie qu'elle est la Mère de son Dieu.
Donc, pour conclure, toutes les hérésies capitales sur l'Incarnation du Verbe de Dieu, et toutes les erreurs qui se rattachent aux mêmes hérésies, trouvent en Marie leur condamnation courte, claire et substantielle, et la saluer du nom de Mère de Dieu, c'est faire la profession certaine et complète de l'adorable mystère du salut (2). C'est donc avec toute rai-
(1) S. Athan., c.Apollin. L j, n. 6. P. G. xxvi, noi.
(2) A ces considérations se rattache une observation bien remarquable que j'emprunte à la lettre du savant Newman, depuis cardinal, au docteur Pusey sur le Culte de la Sainte Vierge dans l'Eglise catholique. Les protestants prétendent que le culte si particulier que nous rendons à la Mère de Dieu, doit nécessairement reléguer dans l'ombre son fils, Notre-Seigneur. L'illustre prince de l'Eglise demande d'abord qu'on prouve le fait; puis il retourne l'accusation contre ses auteurs : « 11 est un aulre fait tout opposé, et qui parle très haut selon moi Si nous jetons les yeux sur l'Europe, que voyons nous? En somme, les pays et les peuples qui ont perdii la foi à la divinité da Christ sont précisément ceux qui ont délaissé la dévotion envers sa Mère. Ceux au contraire, qui l'ont plus spécialement honorée, ont conservé leur orthodoxie. Comparez, par exemple, les Grecs aux Calvinistes, la France à l'Allemagne du Nord, ouïes Catholiques aux Protestants en Irlande.... Dans l'E-
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son qu'un très ancien panégyriste de la Mère de Dieu la saluait de ces belles paroles : Salut à vous, livre incompréhensible qui avez fait lire au monde le Verbe, Fils du Père » (i).
II. — Ajoutons, en second lieu, que le même dogme de la maternité de Marie sert aussi de support à notre foi dans les autres mystères. Avant tout, ce dogme implique la notion la plus nette et la plus précise du mystère inscrutable de la Trinité. Unité de nature, distinction des personnes, Père, Fils et Saint- Esprit, voilà quant à la substance ce que nous devons croire sur ce mystère. Des hérétiques sont venus, dès le commencement du troisième siècle, confondre les personnes. Pour Sabellius, leur chef, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, n'étaient qu'une seule et même hypostase diversement nommée suivant les rôles qu'elle doit remplir : Père, en tant qu'elle est Créateur; Fils, en tant qu'elle nous rachète; Saint-Esprit, en tan-
glise catholique Marie s'est montrée non pas la rivale, mais la servant dî son Fils ; comm: élu l'a protégé dans son enfance, elle l'a protégé dans toute l'histoire de la religion. Il y a une vérité historique évidente dans ces paroles du docteur Faber, que vous citez pour les condamner : « Si Jésus n'est plus dans la lumière, c'est que Marie est tenue dans l'ombre ». Traduct. de G. du Pré de Saint-Maur. Paris (Douniol, 1866), pp. io6"io8.
On lit au même endroit cette note : J'en ai dit plus long à ce sujet, dans mon essai sur le Développement de la Doctrine, p. 438. « C'est faire une objection sans valeur que de dire qu'entre ces deux dévotions (à N. -Seigneur et à Marie) l'infirmité de notre nature nous portera toujours à délaisser l'une pour l'autre, la dévotion envers Dieu pour la dévotion envers la créature ; car, je le répète, il s'agit de voir s'il en est ainsi; c'est une question de fait. Il faut demander ensuite si le caractère de la dévotion protestante envers Notre- Seigneur a jamais été vraiment une adoration ; si ce n'a pas été plutôt une dévotion telle que celle que nous offrons à un être humain parfait... » Ainsi toujours et partout la maternité divine de Marie se pose comme le rempart de la vraie doctrine et de la vraie foi dans le Fils.
(1) Existimatus Epiphan., de Laudibus S. M. Deiparae. P. G. xliii, A96.
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5o L. I. DOGME DE LA MATERNITE DIVINE
qu'elle nous sanctifie. C'est ainsi que le même homme est à la fois père, empereur et conquérant ou protecteur des lettres, et peut être salué de ces différents titres, quand il les possède.
D'autres ont cru ne pouvoir retenir la distinction des personnes sans multiplier aussi les natures, soit en conservant la communauté de perfection, soit en introduisant l'inégalité des essences (i). En un mot, pour avoir trois personnes, ils en ont fait trois dieux.
Qu'opposerons-nous victorieusement à cette double hérésie? Encore et toujours la divine maternité de la bienheureuse Vierge. Pour que Marie soit la mère du Fils, sans être à la fois la mère du Père ou de l'Esprit- Saint, il faut bien que l'un ne soit pas l'autre; et pour qu'elle soit véritablement la Mère de Dieu, il n'est pas moins nécessaire que le Fils possède identiquement la propre nature du Père, puisque l'essence de de la divinité, c'est d'être singulièrement unique. M'objectez-vous que cela ne prouve pour le Saint- Esprit ni l'identité de nature avec les deux autres personnes, ni la distinction quant àl'hypostase? Je vous réponds en vous montrant l'Evangile : Prenez et lisez. Et que lirai -je? Le texte même où la bienheureuse Vierge reçoit la proposition du mystère qui fera sa maternité. « L'Esprit-Saint surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre; c'est pourquoi le Saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu » (2). Peut-on lire ces quelques lignes sans concevoir le Saint-Esprit, tel qu'il est dans le
(1) Toutes ces erreurs ont au fond la même source et procèdent du même principe, comme j'en ai déjà fait la remarque : Nature et personne sont identiquement une même chose. Par conséquent, en Dieu le nombre des personnes est égal à celui des natures, et réciproquement.
(2) Luc, 1, 35.
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dogme catholique, distinct du Père et du Fils, mais égal et consubstantiel à l'un comme à l'autre? ou bien avons -nous trouvé jusque-là dans les Ecritures une manifestation si claire et si vivante de la sainte et indivisible Trinité?
Tous les privilèges de Marie, nous le verrons plus tard, sont comme les joyaux dont le Père s'est plu à parer la mère de son Fils, comme autant de perfections qui sont à la maternité divine ce que sont les propriétés naturelles à la substance d'où elles découlent. Etudié à ce point de vue, que de vérités nous rappelle encore le titre de Mère de Dieu! Dans la conception immaculée de cette mère immaculée de Jésus, je contemple et la chute originelle, et la loi de mort qui pèse sur les hommes au premier instant de leur existence, et la nécessité de la Rédemption par le sang du Sauveur, et le prix de cette grâce qui transforme les pécheurs en justes, les enfants de colère en fils adoptifs de Dieu, c'est-à-dire que je trouve la réfutation complète de l'ancien Pélagianisme et du Naturalisme moderne. Rien ne me fait comprendre la beauté toute céleste de la Virginité comme Marie portant sur son sein virginal le fils vierge qu'elle a conçu par la seule opération du Saint-Esprit ; rien non plus ne me rend plus palpables l'amour de Dieu pour les hommes et ses incompréhensibles miséricordes. Et si je regarde cette Mère de Dieu, devenue ma mère, montant vers le ciel dans sa glorieuse Assomption, n'est-elle pas la preuve sans réplique qu'un jour aussi les morts sortiront du tombeau pour revenir à la vie?
Considérerai-je la fin pour laquelle cette Vierge est devenue mère, que de mystères de notre foi se révèlent encore à nos yeux ! Il n'est pas jusqu'à l'Eglise,
cette épouse du Christ, qui ne trouve dans la maternité de Marie l'exemplaire et la confirmation de sa propre maternité; car, je l'apprends des Pères, la sainte Eglise est faite à l'image de la Vierge-Mère, en sorte qu'il faut, pour la bien connaître, la contempler dans la sainte Mère de Dieu (i).
Disons plus encore; la maternité divine de Marie est la réfutation des erreurs qui se sont tout spécialement attachées à ses privilèges, soit pour les diminuer, soit même pour les outrer. Nous verrons, dans la suite de cet ouvrage, comment les plus belles prérogatives de la bienheureuse Vierge découlent de sa maternité. Sa Conception immaculée, sa virginité sans tache, sa pureté d'âme que ne ternit jamais la moindre faute, son Assomption corporelle, tous ses trésors de grâce et de gloire, en un mot, plongent en elle leursracines: tellement que la maternité divine en est, en même temps, et le principe et la sauvegarde.
Cette maternité ne renverse pas moins certainement les impiétés d'un culte qui tendait à faire en quelque sorte de Marie l'égale de Dieu. Au témoignage de saint Epiphane, il y eut de son temps une secte, née dans la Thrace et vivante encore en Arabie, qui rendait à Marie le plus divin des hommages, celui du sacrifice. Des femmes étaient les prêtresses du nouveau culte. Le saint s'élève avec véhémence contre un mode d'adoration si singulier; et ce qu'il en dit prouve manifestement combien calomnieuses seront, plus tard, les accusations d'idolâtrie portées par le protestantisme contre les honneurs rendus par les
(i) C'est ce que nous montrerons dans la seconde Partie de cet ouvrage.
Cil. III. — MATERNITE DIVINE, LIVRE DE LA FOI
catholiques à la bienheureuse Vierge (i). Or, c'est assez de la maternité divine pour saper par les fondements cette hérésie sacrilège des Collyridiens. Car Marie ne serait pas Mère de Dieu, si elle n'était comme nous, une créature de Dieu. En effet, Jésus- Christ n'a pu recevoir d'elle que sa nature humaine, puisqu'il tient éternellement du Père la divinité par laquelle il est Fils de Dieu. Si donc la Vierge est Mère de Dieu, c'est qu'elle communique au Verbe l'humanité qui le fait homme, et qu'elle est par là consubstantielle avec lui. Donc, le culte que nous rendons à Marie, comme à la Mère de Dieu, loin d'être entaché d'erreur idolàtrique, est pratiquement la profession expresse de sa pure humanité.
Ici, je me rappelle un texte de notre sainte Liturgie : « Réjouissez-vous, chante l'Eglise, ô Vierge : car à vous seule vous avez exterminé par le monde entier toutes les hérésies » (2). Marie l'a fait et le fait encore de bien des manières. C'est par elle que les champions de la foi reçoivent et cette sûreté de science et cette intrépidité qu'ils emploient à la défendre ; elle fut, aux jours de sa vie mortelle, une maîtresse de la divine sagesse, et plus d'une fois les Apôtres eux-mêmes puisèrent aux enseignements qui jaillissaient de son cœur et de ses lèvres (3). Mais ce qui, plus que tout le reste, lui assure l'universelle victoire sur les monstres d'erreur, c'est qu'elle a versé sur le monde la Lumière éternelle, Jésus-Christ, Notre Seigneur (4);
(1) S. Epiphan.,cfe Haeres.Eaer. 78, a. 23, sq.; Haer. 79, n. 1, sqq. P. G. xlii, 736, 740, etc.
(2) lu festis B. V. M. per annum, i antiph. m, Noct. Cf. S. Bernard. Serm. de 12 praerog . B. M. V. n. 4* P« L. clxxxiii, 43 1.
(3) Suar., de Myster. vitae Christi, D. 19, S. 1.
(4) Lumen aeternum mundo ejfuclit, Jesum Christum, Dominum nostrum. Praefat. pro missis B. M. V.
c'est qu'elle porte, en toute vérité, dans son nom de mère la réfutation de toutes les hérésies. Par lui se vérifie la sentence portée, dès le principe, contre le séducteur du genre humain : Ipsa conter et caput tuum. La Mère de Dieu met le pied sur la tête de l'erreur et l'écrase. Vainement l'erreur essaie de se replier et d'échapper par mille subterfuges; efforts impuissants qui ne peuvent la dérober à l'impitoyable pression (i).
Le dogme de la maternité divine est à celui du Dieu fait homme ce que le dogme de l'Incarnation est à à celui de la sainte et adorable Trinité; il le renferme, et renferme par conséquent le Christianisme entier. Tout ce que prétendait savoir l'Apôtre au milieu des Corinthiens, était Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié; lui-même le leur affirme dans ses lettres (2). Je n'ai pas à chercher curieusement toutes les raisons qui l'amenèrent à faire cette déclaration : c'est le rôle des exégètes. Mais je sais bien que Paul, n'eût-il pas eu réellement d'autre science, rien ne lui manquait pour être l'Apôtre des Nations. C'est que tous nos mystères se rapportent au Christ mourant pour le salut du monde et s'entendent par lui. Ce qu'il est permis,
(1) « Unius ille stultus et totius stultitiee princeps... sub Mariae pedibus conculcatus et contritus, miseram patitur servitulem. Nimirum ipsa est quondam a Deo promissa mulier (Gen.,m, i5), serpentis antiqui caput virtutis pede contritura : cujus plane calcaneo in multis versutiis insidiatus est, sed sine causa. Sola enim contrivit universam haereticam pravitatem. Alius non de substantiae carnis suae Ghristum edidisse dogmatizabat ; alius parvulum non peperisse sed reperisse sibilabat; alius, vel post partum, viro cognitam fuisse blasphemabat; alius Dei Matrem audire non suslinens, magnum illud nomen Theotocos impiissime sugillabat. Sed contriti sunt insidiatores, conculcati supplantatores, confutati derogatores, et beatam eam dicunt omnes generationes. Denique, et continue per Herodem draco insidiatus est parienti, ut nascentem excipiens filium devoraret, quod inimicitiae essent inler semen mulieris et draconis ». S. Bernard. Serm. de 12 Praerog. B. M. V., n. A. P. L. CLxxxm, 43i.
(2) I Cor., 11, 2.