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Chose étonnante au premier abord, et qui pourtant s'explique par les idées alors en vogue, surtout en Orient, c'est par Yhomme que l'impiété commença l'attaque. Tout d'abord on a nié l'humanité de Jésus- Christ. Jésus-Christ, le Fils bien-aimé du Père, ou n'est pas réellement un homme, ou, du moins, il n'est pas un homme parfait en tout semblable à nous. Vainement s'est-il donné tant de fois dans l'Evangile, et de préférence à toutes les autres, la qualification de Fils de r homme; vainement l'a-t-il gardée non seulement pendant sa vie mortelle (i), mais jusque dans la gloire de son éternité (2) : l'hérésie la lui dispute avec un acharnement sans égal. Vaincue sur une position, elle se retranche dans une autre, ne reculant que pied à pied, sans avouer jamais sa complète déroute.
Au point de départ, je trouve l'erreur des Gnostiques. Pour eux, la matière corporelle, œuvre d'un mauvais principe, est essentiellement mauvaise comme lui. Par conséquent, l'être corporel du Christ, sa chair et son sang, se réduisent à des apparences. Les apôtres ne se trompaient pas quand, le voyant marcher vers eux sur les eaux, ils le prirent pour un fantôme. Naissance, travaux, souffrances, mort et résurrection de Jésus-Christ,, autant d'illusions sans réalité, visions pures. Ainsi pensait ce Marcion, si rudement flagellé dans les écrits de Tertullien, quoiqu'il ne fût pas le premier inventeur de ces théories destructives de tout Christianisme. En effet, pour en trouver les origines, il faut remonter jusqu'aux temps apostoliques. Saint
(1) Matth., vin, 12; x, 33; xn, 32; Marc, n, 10; vin, 3i; Luc, vi, 5; ix, 22 : Joan., î, 5i; m, i3, etc., etc.
(2) Àpoc, 1, i3; xiv, i4-
Jean les avait en vue, quand il écrivit, au premier chapitre de son Évangile, que le Verbe s! 'est fait chair. Il y faisait encore allusion, au commencement de sa première épître : « Ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie..., nous vous l'annonçons » (i).
Les premiers Pères, Ignace d'Antioche, Tertullien, saint Irénée de Lyon; plus tard, sa:nt Cyrille d'Alexandrie, saint Augustin, saint Épiphane et d'autres encore, luttèrent successivement contre un système qui sapait dans sa base notre Rédemption par le Christ. On peut lire dans leurs ouvrages les victorieux arguments sous lesquels ils l'écrasèrent. Mais il en est un qui l'emporte sur tous les autres; il repose sur la maternité de Marie : car la Vierge ne peut être mère, sans avoir un fils, et la Vierge n'a pas de fils, si Jésus-Christ n'est qu'un fantôme. C'est la vigoureuse argumentation de Tertullien : « Marcion, dans le but denier la chair du Christ, en a rejeté la naissance, ou pour nier sa naissance, il en a rejeté la chair. Naissance et chair se rendent mutuellement témoignage : point de naissance sans chair, ni de chair sans naissance. (2) »
Non, dit à son tour Valentin, la chair de Jésus- Christ n'est pas le fantôme rêvé par les Docètes. Mais cette nature visible du Christ n'a pas été formée dans le sein d'une femme. Façonnée d'une substance céleste, plus pure et moins indigne de lui que notre matière, elle n'a fait que passer par les entrailles de
(1) T Joan., 1, i,3.
(a) Tertull., de Carne Christi, 0. 1. P. L. 11, 754.
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sa mère, et celle-ci n'est pas la terre vierge où elle a germé, mais le canal qui l'a reçue d'en haut pour nous la transmettre. Confessez encore la maternité de Marie, et cette nouvelle forme d'erreur croule d'ellemême : car pour être mère il faut avoir conçu de sa substance, il faut enfanter le fils qu'on a porté dans son sein.
Du corps de Jésus-Christ l'hérésie s'est retournée contre son âme. Soit! disent ces nouveaux adversaires de l'Incarnation, la chair de Jésus-Christ est bien une chair réelle comme la nôtre, et comme celle-ci formée de la substance maternelle. Mais l'âme qui l'anime, ou du moins la partie spirituelle de cette âme, n'est pas l'âme ou l'esprit des autres hommes. Le Verbe de Dieu s'est donné la mission de vivifier par lui-même cette chair du Christ, ou tout au moins de remplir en elle le rôle de l'intelligence.
Arius fut, comme on sait, l'auteur de cette hérésie prise dans sa première forme. Il se flattait de rendre plus acceptables ses erreurs sur la nature du Verbe, s'il faisait d'elle le principe des opérations sensibles en Jésus-Christ. Comment, en effet, serait il consubstantiel au Père celui qui, par sa nature supérieure, peut ressentir la faim, la soif, le trouble, la tristesse : toutes choses absolument incompatibles avec la perfection divine? Unévêque, Apollinaire de Laodicée, a la paternité de la même hérésie, prise dans sa forme mitigée. Supposant la doctrine platonicienne qui distingue en l'homme trois principes, le corps, l'âme et l'esprit, il voyait en Jésus-Christ trois éléments constitutifs, le corps, l'âme et le Verbe au lieu de l'esprit. C'était pour épargner à Jésus- Christ cette mutabilité de volonté qui fait notre imperfection physique
et morale, qu'Apollinaire substituait en lui le Verbe indéfectible à l'âme raisonnable, si changeante dans ses vues, si prompte au péché par ses affections même spirituelles. A cette erreur les Apollinaristes en rattachaient une autre à peine croyable. Tandis que les Ariens faisaient le Verbe consubstantiel à l'âme humaine, la chair animée de Jésus-Christ, grâce à son union avec le Verbe, devenait pour les Apollinaristes consubstantielle à Dieu.
Où trouver une réfutation nette et courte, mais invincible, de ces monstres d'erreur? Dans la maternité divine de Marie. Elle est Mère de Dieu, non pas au sens impropre, mais dans toute la vérité du mot. 11 faut donc qu'elle et son fils soient de même nature, consubstantiels, pour employer le mot consacré. Or, si le fils est consubstantiel à sa mère, il a ce qui constitue toute nature humaine ; non seulement un corps mais une âme; non seulement une âme, principe de vie sensible, mais une âme spirituelle; en un mot, suivant l'expression des Pères et des Conciles, « un corps vivifié par une âme raisonnable, — un corps animé spirituellement » (i). Tel est le triomphe de la Mère de Dieu sur les ennemis de l'humanité de scm Fils.
Elle n'en remporta pas un moins éclatant sur ceux qui l'attaquaient dans sa divinité. Pour les uns, Jésus- Christ n'était qu'un homme, investi sans doute d'une plus large participation à la vertu divine, mais ayant
(i) Cf. S. Sophrone et S. Jean Damasc.,pp. 25, 26. « Corpus habens animam intellectualem.. . carnem cui inest auima rationalis ». S. Cyrill. Alex., in déclarât. etApol. Anath. 1. P. G. lxxvi, 296 et3ao. Le concile de Latran (a. 64g) dit également du Christ qu'il doit venir « cutn assumpta ab eo atque animata intelleclualiter carne ejus », can. 2. Enchlrid. Denzinger n. 2o3.
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notre nature, et simplement cette nature. C'était l'avis de Paul de Samosate et de ses partisans. Les Ariens daignaient, il est vrai, reconnaître en Jésus le Verbe de Dieu, revêtu de noire chair; mais c'était un Verbe d'une nature inférieure à celle du Père ; qui n'est Dieu, pour ainsi dire, qu'à demi : antérieur et supérieur à toutes les créatures, créé pourtant comme elles, et comme elles ayant son commencement dans la durée.
Et les uns et les autres trouvent, eux aussi, leur condamnation, non moins efficace qu'elle est sommaire, dans la maternité de Marie. Serait-elle vraiment et strictement la Mère de Dieu, celle dont le nls ne serait pas un Dieu consubstantiel au Père, en même temps qu'il est de même nature avec elle? Concluonsle donc avec assurance, le dogme de la maternité divine se rattache par des nœuds indissolubles à ces deux vérités capitales : Jésus-Christ est un homme parfait; Jésus-Christ est un Dieu parfait. Quiconque vaut faire brèche dans l'une ou l'autre de ces vérités se brise contre cette pierre angulaire, le titre de Mère de Dieu.
Nous l'avons dit, à ces hérésies des premiers siècles, en succédèrent d'autres, au cinquième, qui, semblant respecter les deux natures du Christ (i), s'efforcèrent d'altérer la notion du lien qui les unit, soit en distinguant en Jésus-Christ deux personnes sous prétexte de conserver la distinction des natures, soit en faisant des deux natures une seule nature, pour sauvegarder l'unité de la personne. Du reste, Terreur sous des formes en apparence si contradictoires reposait sur un seul et commun principe : c'est une même
(i) J'ai dit : semblant respecter, car l'Eutychianisme, en réalité, même sous sa forme la plus modérée, n'en voulait qu'une seule.
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chose que la personne et la nature et, par suite, autant il y a de personnes en Jésus-Christ, autant y a-t-il de natures. Donc ce qui distingue les deux hérésies, n'est pas le principe, mais la conséquence qu'elles en ont tirée.
Deux natures, disait Nestorius, après son maître Théodore de Mopsueste; donc, une double personne. Mais de ces deux personnes il résulte un seul Jésus- Christ, parce que la personne du Verbe s'est approprié la personne de l'homme par l'union la plus intime : union du temple avec celui qui l'habite; de l'instrument avec l'ouvrier qui le meut ; de l'épouse avec l'époux; du vêtement avec le corps dont il moule, en quelque sorte, les perfections qu'il voile; du Dieu tout puissant avec l'homme de sa droite qu'il fait participer, dans une mesure sans égale, à sa grâce, à ses opérations, à sa gloire ; mais union toutefois qui ne va ni peut aller à l'identité physique de la personne dans la distinction des natures (i).
Qu'est-ce que cette hérésie, si ce n'est la négation formelle de la maternité divine? Dire qu'il y a deux personnes en Jésus-Christ, l'une née du Père avant tous les temps, l'autre née de la femme dans le cours des siècles, c'est ou ne pas comprendre la valeur des mots ou nier que Marie soit Mère de Dieu.
Par contre, affirmer sa divine maternité est par le fait même professer que son Fils est une seule et même personne avec le Fils du Père et le Verbe Dieu. Aussi
(i) Les théologiens sont partagés sur la question de savoir si l'union prônée par Nestorius, date de la conception de N. -S. ou ne s'effectua que plus tard. La vérité est entre les deux opinions extrêmes. L'union nestorienne se fit dès le principe; mais elle alla croissant et se perfectionnant dans la mesure où croissaient les mérites du fils de Marie. C'est de la sorte que se concilient des textes contradictoires à première vue chez Nestorius.
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bien, nous avons vu par l'histoire du dogme que, ni du côté des novateurs ni du côté des catholiques, on ne s'y méprenait, et que le point fondamental de la controverse était le titre de Mère de Dieu. Une fois ce privilège accepté, c'en était fait du Nestorianisme et de sa dualité de personne. Et voilà pourquoi le saint concile d'Éphèse opposa victorieusement à l'hérésie nestorienne le titre de Mère de Dieu, comme le con cile de Nicée avait fait du terme de consubstantiel un rempart inexpugnable aux impiétés ariennes.
A peine est-il besoin de dire ce qu'est le Monophysisme et quelle fut son origine. Dans cet universel soulèvement du peuple chrétien contre le Nestorianisme, un moine de Constantinople, Eutychès, avide de porter à celui-ci les derniers coups, se jeta dans l'extrême opposé, et son entêtement doublé d'ignorance l'y retint. Je n'entrerai ni dans l'exposé des rêveries de l'obstiné vieillard, ni dans celui des modifications qu'on fit plus tard subir à son opinion pour la rendre moins absurde et plus supportable. Ce qu'il importe de constater, c'est que rêveries et modifications laissaient subsister le fond de l'erreur, je veux dire l'unité de nature en Jésus-Christ, à côté de l'unité de personne.
A ce fond commun, l'Eglise oppose encore la maternité divine et toujours avec un égal succès. Proclamant que la Vierge est Mère de Dieu, elle affirme du même coup que son fils est véritablement Dieu ; consubstantiel à Marie par son humanité, consubstantiel au Père en sa divinité. Or, étant donnée l'unité de nature, que cette unité se fasse par absorption, par mélange ou par composition, Jésus-Christ ne serait pas l'un et l'autre; ou, pour mieux dire, il ne serait ni
l'un ni l'autre, puisqu'il n'aurait ni la nature divine ni la nature humaine, mais je ne sais quelle autre incompréhensible nature résultant de leur combinaison mutuelle.
Le nom de Mère de Dieu ne pouvait écraser le Nes torianisme et le Monophysisme, sans blesser d'avance à mort d'autres hérésies qui s'y réfèrent comme à leur premier principe. Je veux parler du Monothélisme et de l'Adoptianisme. Ce dernier naquit en Espagne, et n'était pour le fond qu'une variante de l'hérésie nestorienne. Il distinguait en Jésus-Christ deux fils de Dieu, l'un qui est Fils du Père par nature, et l'autre qui le serait par simple adoption. Le Monothélisme eut l'Orient pour berceau ; il ne reconnaissait dans le Christ Jésus qu'un seul ordre de volontés et d'opérations. C'était, on le voit, ou diviser les personnes, ou confondre les natures : diviser les personnes, en distinguant les fils ; confondre les natures, en ne distinguant pas l'activité propre à chacune. Et c'était aussi, par une conséquence nécessaire, nier que Marie soit au sens propre la Mère de Dieu. Attachez-vous donc à ce titre, et par cela seul vous vous séparez de si funestes doctrines, et vous gardez l'intégrité de votre foi.
A ces erreurs capitales sur l'Incarnation, il s'en est ajouté plusieurs autres, en des temps moins reculés. S'il nous était loisible de les parcourir en détail, nous verrions que la maternité divine reste comme toujours l'argument décisif contre les nouveautés, de quelque masque qu'elles se voilent. Prenons pour exemple les Sociniens et les adversaires passionnés de la dévotion au Cœur sacré de Jésus.
Au sentiment des premiers, Jésus-Christ n'a pas