CH. III. LE TITRE DE DISPOSITION
pose d'avance et la prépare à remplir dignement le ministère auquel il Ta destinée » (r).
Principe bien court, bien simple, mais d'une certitude et d'une fécondité merveilleuses. Le Docteur Angélique en fait ici l'application particulière à la pureté sans tache de Marie, prouvant par lui qu'elle n'a jamais connu la moindre faute. Mais, comme le principe est universel, il en use immédiatement après pour démontrer qu'elle reçut, dès sa première sanctification, la plénitude des grâces. « À chacun Dieu donne la grâce suivant l'élection qu'il fait de lui. Et parce que le Christ, en tant qu'il est homme, avait été prédestiné pour être le Fils de Dieu, sanctificateur du monde, il eut en propre une plénitude de grâces assez grande pour enrichir tous les hommes, suivant qu'il est dit en saint Jean: Et de sa plénitude nous avons tous reçu (2). Mais la bienheureuse Vierge Marie a obtenu une si grande plénitude de grâces que nulle créature n'a été voisine comme elle de l'auteur de la grâce: car elle reçut en elle-même celui qui est plein de toute grâce, et par son enfantement elle fit couler en quelque sorte la grâce sur l'humanité tout entière » (3). J'ai voulu transcrire ce texte dans son intégrité^ parce qu'il nous rappelle la double destinée de Marie; disons-mieux, sa destinée totale : devenir mère du Dieu fait homme, et concourir avec lui comme mère, suivant le mode et dans la mesure que nous expliquerons ensuite, au salut du monde.
Telle est donc la raison et la règle d'après lesquel-
O) S. Thom., 3p., q. 27, a. 4»
(2; Joan., 1, 16.
(3) Dicendum quod unicuique a Deo datur gratia secundum hoc ad quod eligitur, elc... S. Thom., 3. p., q. 27, a. 5, ad 1.
les il nous faut juger des prérogatives accordées à Marie. Que cette raison soit solide, et cette règle, assurée, toute la conduite de la divine providence dans le gouvernement des Saints nous le témoigne. Voyez Jean-Baptiste, le précurseur du Verbe incarné. Ce n'est pas assez pour Jésus de le sanctifier comme les autres enfants d'Israël : il va, de sa personne, porté dans le sein de sa mère, au devant de cet enfant prédestiné. Jean n'a pas encore vu la lumière du jour matériel que son âme, illuminée par la visite de Jésus, resplendit des clartés de la grâce. Il est déjà ce qu'il apparaîtra plus tard, quand il précédera l'Ange du Testament pour en annoncer l'avènement appelé de tant de vœux, une lampe ardente et brûlante (i). Voyez encore les Apôtres du Christ : « C'est lui qui nous a faits propres au ministère de la nouvelle Alliance », écrivait saint Paul aux Corinthiens (2). Quelle préparation ! Trois ans de noviciat avec le Sauveur pour maître visible; puis une effusion du Saint-Esprit telle que le monde n'en avait jamais connu, sur leurs tètes et dans leurs cœurs.
Élevons-nous plus haut, jusqu'à l'ordre de l'union hypostatique. Jamais nature créée ne fut ordonnée vers une fin plus sublime que la sainte humanité du Christ; et jamais aussi créature ne reçut de Dieu pareille abondance de privilèges et de grâces. S'il en était autrement, l'éternelle Sagesse ne disposerait pas tout avec poids, nombre et mesure.
Donc, Dieu fût allé contre les lois les plus inviolables de sa providence si, devant faire de Marie sa mère, et l'associer en cette qualité au grand œuvre de la ré-
(i) Malac, m, i; Joau., v, 35.
(2) II Cor., i;i, 6.