‹ La Mère de Dieu et la mère des hommesChapitre 51 sur 78 · CH. III. — LE TITRE DE DISPOSITION 2Ô · texte numérisé non relu

CH. III. — LE TITRE DE DISPOSITION 2Ô

demption du monde, il n'eût pas répandu à flots sur elle tous les dons, réclamés par une dignité si haute, la première dans Tordre du salut, après celle du Sauveur lui-même (i).

Mais, pour entrer plus avant dans cette divine économie, nous devons considérer combien l'élection faite par Dieu se distingue des élections humaines. L'homme, quand il choisit un autre homme pour occuper une charge, doit s'informer d'abord s'il est digne et capable de la remplir : son choix présuppose le mérite et ne le donne pas. Tout autres sont les choix de Dieu. Ceux qu'il élit pour une 'dignité, il les fait propres à la remplir. Voyez-le dans l'ordre de la nature; avec quelle sollicitude providentielle il a doué chacun des êtres qui le composent,, des facultés et des instincts nécessaires à la poursuite de sa destinée. Pourrais-je le soupçonner d'être moins libéral, disons le mot, moins sage, dans l'ordre surnaturel de la grâce? Ainsi je m'explique pourquoi, voulant transformer la face du monde, il a choisi des pauvres, des simples, des hommes de néant : car son choix les a rendus capables d'accomplir un ouvrage dépassant, au-delà de tout ce qu'on peut imaginer, leurs forces et leurs aptitudes natives.

Et c'est aussi la raison pour laquelle ses choix à lui ne trompent jamais ni ses prévisions ni ses espérances.

(1) Albert le Grand a très heureusement développé ces idées. « Cum dans dat secundum rationem, et ratio respiciat finem, majus donura dat quod dat ad majorem finem; ut imperator majus dat cui daret donum ad essendum senalorem, quam daret ad essendum simplicem servientem. Sed beatissimae Yirgini dabatur donum ad essendum Matrem Dei, omnibus aliis dabatur ad essendum servos Dei. Sicut igitur improportionabiliter majus est esse matrem Dei- quam servum Dei, ita improportionabililer est majus donum quod est ad essendum Matrem Dei quam quod est ad essendum servum Dei ». Super Missus est, q. 46. Opp. xx, p. 46.

S'il y a un prévaricateur parmi les apôtres élus par Jésus-Christ en personne, c'est que l'élection de Judas n'était pas absolue. Le Seigneur, en l'appelant à sa suite, savait qu'il en serait trahi; mais cela môme allait à ses desseins de miséricorde, puisque le salut du monde demandait qu'il fût livré (1). 0 Marie, ce n'était pas pour permettre, un jour, que vous fussiez infidèle à votre divine mission que le Fils unique de Dieu vous a discernée de toutes les filles d'Israël, et vous a comblée de ses bénédictions, plus que toutes les femmes. Donc, non seulement il vous a préparée luimême à la dignité qu'il vous réservait; mais, comme cette dignité surpasse en quelque sorte à l'infini toute autre dignité qui n'est pas celle de votre fils, les privilèges qu'elle vous attire dépassent aussi toute mesure. C'est qu'il est de l'ordre de la providence, non seulement que vous ayez été préparée, mais que la préparation réponde à la grandeur de la mission qui vous est divinement confiée.

II. — On ne saurait dire avec quel amour et quelle richesse de style les Pères ont développé ce point de doctrine, à l'honneur du fils et de la mère. Rappelons-nous ce que nous avons déjà dit plus d'une fois sur ce sujet au cours des Livres précédents. Mais ne croyez pas que nous ayons alors épuisé la matière. Ici, plus que partout ailleurs, les chrétiens de tous pays, de tout rite et de toute langue^ rivalisent entre eux à qui parlera plus magnifiquement de cette préparalion. Le conseil en est formé, avant tousles âges, dans les profondeurs de l'éternité. Et, quand est venue

(1) Cf. S. Thom. a Villanova, in Fest. Nativ. B. V. M., conc. 3, n. 2. Concion., n, 397.

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