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savoir si Marie, pendant le cours de sa vie mortelle, reçut la grâce d'une vision transitoire et momentanée de l'essence et des perfections divines.
L'Orient ni ne pense, ni ne parle autrement sur ce point que notre Occident. Apprenez-le plutôt de Basile de Séleucie. « Si Dieu a comblé de tant de grâces ses bons serviteurs, quels seront les dons accordés à la Mère? Ne sont-ils pas incomparablement au-dessus des faveurs octroyées aux sujets? C'est chose évidente» Si Pierre a été proclamé bienheureux, n'appelleronsnous pas singulièrement bienheureuse entre tous la Vierge qui a enfanté celui que Pierre a confessé? Si Paul est nommé vase d'élection, parce qu'il a porté le nom du Christ par toute la terre; quel vase est donc la Mère de Dieu?... 0 Vierge très sainte, quelques prérogatives et quelque gloire que ma piété vous attribue, loin que je m'écarte jamais de la vérité, je resterai toujours au-dessous » (i).
Voulez-vous une expression plus forte et plus manifeste encore de notre axiome, je la trouve dans cette formule mille fois répétée par les Pères et par toute bouche chrétienne : « Aux autres, la grâce s'est donnée par parties; à Marie, dans toute sa plénitude » (2). Donc, tout ce qu'ont reçu les autres, elle le possède, et dans une mesure incommunicable; tout, dis-je, sans exception: quelle exception dans la plénitude?
On pourrait, je le sais, me répondre que, dans ce texte et dans les autres du même genre, la plénitude de la grâce est l'Auteur même de la grâce, Jésus-Christ,
(1) Basil. Seleuc, or. 39, in Deip. Annunc. P. G. lxxxv, 448.
(2) « Ave, gratia plena; quia singulisgratia se est largita per partes; Mariae vero simul se lotam dédit gratiae plénitude »S. Petr. Chrysol. irerm. i43, de A'ûnunc. V. P. L. lu, 583.
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le fils de Marie. D'accord; mais cela même prouve deux choses qui vont manifestement à confirmer notre principe. La première, celle qui fera pour une grande part la matière de la seconde Partie de cet ouvrage, c'est que tous les dons de Dieu nous viennent par Marie; la seconde, que l'Auteur de toute grâce n'a pu prendre sa chair en elle, sans lui donner en retour et dans leur plénitude les grâces qu'il allait distribuer entre les rachetés. Il faudrait être bien étranger à la lecture des Saints et des Pères, pour ne pas avoir appris d'eux cette double conséquence. « La sanctification de Marie fut le canal par lequel la source de la divine grâce s'est déversée sur l'universalité du genre humain », avait écrit Raymond Jordan, quelques pages avant celle que je transcrivais, il y a peu d'instants (r).
Tout à l'heure aussi nous entendions saint Bernard affirmer en termes exprès le principe que nous développons. Le même saint représente Marie tout inondée d'une surabondance de grâces, et servant à son Fils cY aqueduc pour les répandre dans les âmes. Quelle preuve apporte-t-il pour justifier de si ineffables privilèges? Son titre incommunicable de Mère de Dieu. « Auquel des Anges même a-t-il été dit : l'Esprit de Dieu descendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre : c'est pourquoi le Saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu... C'est beaucoup pour un ange d'être le ministre du Seigneur . Quanta Marie, elle a mérité quelque chose d'infiniment plus sublime. Quoi donc? d'être Mère de Dieu. Aussi a-t-elle été faite par un privilège singulier d'autant
(i) Raym. Jord., Contempl., p. 2, cont. 1, n. 3.
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plus excellente que les Anges, que le litre de mère l'emporte plus certainement sur celui de ministre »(i). Et voilà ce qui nous ramène à la base de notre principe et nous en montre la solidité. C'est que la qualité de Mère de Dieu renferme très éminemment tous les autres titres aux faveurs divines. Par conséquent, elle appelle en Marie tout ce que la libéralité divine a versé de biens surnaturels dans chacune des créatures. Admirer quelques perfections en celles-ci que nous hésiterions à reconnaître en elle serait mettre en doute ou la valeur universelle de son titre ou la sagesse du distributeur de la divine grâce, et nier la plénitude affirmée par le ciel même qui lui dit avec l'Ange : Ave gratia plena.
Terminons ce chapitre par un beau texte de S. Thomas de Villeneuve. « Des dons, des grâces et des vertus de Marie, que pouvons-nous dire, si ce n'est qu'elle a reçu tout ce dont est capable une pure créature? Donc, comme dans la création du monde, toute créature a été renfermée dans l'homme qui pour cette cause est le petit monde, microcosmas ; ainsi, clans la réformation du monde, toute laperfection de l'Eglise et des Saints a été renfermée clans la Vierge, et c'est pour cela qu'on peut l'appeler le petit monde de l'Eglise, microcosmus Ecclesiae. Tout ce qu'il y a d'illustre et de grand dans chacun des Saints est en elle... En elle est la pureté des vierges, la force des martyrs, la dévotion des confesseurs, la sagesse des docteurs, le mépris du monde des anachorètes; en elle est le don de sagesse, de science, d'intelligence, de conseil, le don de
(i) S. Bernard., Serm., de AquaecL, in Nativ. B. M. V., n. 12. P. L. CLxxxin, 444»
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piété, de force, et toute grâce gratis data, signalée par l'Apôtre » (i).
Marie serait-elle, comme elle l'est, la Reine incontestée de tous les Saints et de tous les ordres de saints, si quelqu'un d'entre eux pouvait se glorifier de posséder une prérogative de grâce qui ne fût pas en elle, et plus excellemment qu'en lui? Serait-elle le type et l'exemplaire de l'Eglise de Dieu, comme elle est nommée par les Pères, s'il y avait dans l'Eglise et dans les membres de l'Église une seule perfection qui, soit dans sa propre forme, soit avec un caractère supérieur et plus divin, n'eût pas fait partie de l'apanage de cette Vierge bénie?
Après cela, que certains esprits chagrins viennent nous faire un crime de porter trop haut et trop loin les privilèges de la Mère de Dieu ; nous les renverrons aux saints les plus illustres, aux savants les plus graves; et s'ils ont, après les avoir lus et compris, quelque ret proche à nous adresser, ce sera, comme le disait Basile de Séleucie, d'être resté bien en deçà de la vérité.
(i) S. Thom. a Yillan., in festo Nativ. B. V.M. Conc. 3, n. 8.0pp., n, 404.