‹ La Mère de Dieu et la mère des hommesChapitre 61 sur 78 · CH. VI. TOUT PRIVILÈGE DES SS. EN MARIE · texte numérisé non relu

CH. VI. TOUT PRIVILÈGE DES SS. EN MARIE

vie» (i). Elle est du pieux et savant Raymond Jordan : « 0 Marie, vous êtes toute belle en votre âme; car vous avez pour parure la plénitude de toutes les prérogatives célestes et de toutes les vertus. Toute belle dans votre conception, parce que vous avez été faite uniquement pour être le temple du Dieu Très- Haut... Toutes les beautés, toutes les vertus, toutes les grâces élargies par votre fils surbéni à une pure créature, il vous les a faites, et dans un degré bien supérieur. En tout cela vous n'avez pas eu de semblable avant vous; vous n'en aurez pas après... En somme, aucun genre de beauté surnaturelle dont vous ne resplendissiez, ô Vierge plus qu'heureuse. Pas un don fait à quelque saint que ce soit, qui vous ait été refusé. Tous leurs privilèges, vous les avez rassemblés en vous. C'est que personne ne vous égale et que Dieu seul est au-dessus de vous... Donc, ô très glorieuse Vierge, vous êtes toute belle, non pas en partie, mais en totalité. En vous nulle tache de péché soit mortel, soit véniel, soit originel, ni dans le passé, ni dans le présent, ni dans l'avenir. A vous toute grâce en biens naturels, en prérogatives spirituelles., en dons célestes » (2)...

Elle est de l'auteur anonyme du célèbre Traité sur la conception de la Vierge. « Il n'est aucun privilèg-e concédé par votre Fils à une créature, en dehors de sa propre personne, qu'il ait pu sans inconséquence vous

(1) « Quod itaque vel paucis morlalium constat fuisse collatum, Jas cerle non est suspicari tantae Virgini fuisse negatum, per quant oninis mortalitas emersit ad vitam. » S. Bernard, ep. 174 ad canon. Lugd., n. 5. P. L. clxxxii, 334-

(2) Raym. Jord., vulgo Idiota. Praelect. seu contempl. de B. V. P. 2, contempl. 3.

refuser à vous, ô la plus heureuse des femmes : car il a voulu faire de vous sa mère » (i).

Elle est d'un pieux et savant Bénédictin du douzième siècle, qui l'emploie comme un argument victorieux pour démontrer l'Assomption corporelle de la bienheureuse Vierge : « La dirai -je transportée au ciel avec son corps ou sans lui? Je réponds : Avec son corps. Si je me trompe, mon erreur ne peut me. déplaire : car je trouverai mon excuse près de la mère de Miséricorde, à la source de toute piété. Pourrais-je avouer que le Fils de Dieu a refusé à sa mère un privilège accordé jadis à l'un de ses serviteurs? Elie monte au ciel sur un char de feu, et la Mère de Dieu pourrirait dans un sépulcre? Si la terre a gardé son corps sacré, pendant que l'âme s'envolait à Dieu, je devrais confesser aussi que le Fils a privé sa mère d'un culte d'honneur dont il glorifie les confesseurs et les martyrs. Le chef de Jean, les reliques d'une foule d'autres bienheureux sont l'objet de nos hommages, et le corps de la glorieuse Vierge ne serait un objet de vénération ni sur la terre ni dans les cieux » (2)?

Au reste, ce n'est pas l'Assomption seule, mais une foule d'autres privilèges, que les Pères et les auteurs les plus recommandables ont appuyés sur le même principe. Nous en aurons bientôt la preuve, en expliquant les principales faveurs accordées à la Mère de Dieu. Parfois même cette règle est le motif principal, pour ne pas dire unique, de les lui attribuer. C'est ce qui paraîtra, quand il sera question, par exemple, de

(1) Tract., de Concept. D. Mar. P. L. eux, 3o5.

(2) Absalon, abbas Sprinckirsbac. Serm. 44, in Assumpt. P. L. ccxi, 255. sqq. Cf. Serm. 45, ibid., 20-].

Page 1