‹ La Mère de Dieu et la mère des hommesChapitre 68 sur 78 · CH. 1. — LE PÉCHÉ ORIGINEL · texte numérisé non relu

CH. 1. — LE PÉCHÉ ORIGINEL

péché d'origine. C'est que sa mère l'a conçu virginalement, par l'opération non de l'homme, mais du Saint-Esprit. Il était en Adam, mais il n'était pas en lui comme nous. Il y était, dit saint Augustin dans un texte célèbre, quant à la substance matérielle; il n'y était pas quant à la raison séminale (i).

Tâchons de rendre cette idée plus claire. Nous tous, nous étions de ces deux manières en Adam. Quant à la matière de notre corps ; car, bien que les éléments dont nous fûmes primitivement composés ne soient ni en tout ni même en partie une émanation de la substance d'Adam, l'aptitude des mères à préparer les matériaux du nouvel être vient originairement de lui. Quant à la raison séminale; parce que le principe fécondateur et formateur des mêmes matériaux a sa première source dans le père de notre race, et que c'est à lui qu'il remonte à travers les générations successives et de lui qu'il descend. Puis donc que Notre Seigneur a été conçu non par l'opération de l'homme, mais par celle de l'Esprit-Saint (2), il n'a pas reçu la nature humaine par la voie que suit le péché d'origine; et, par conséquent Je mode seul de sa formation suffisait pour qu'il n'en fût pas souillé. Cela toutefois ne l'empêche pas d'appartenir à la famille issue d'A-

(i)S.Àugust., de Gènes. ad litt.L. x, 0.19,20. Albert-le-Grand a dit après lui. Corpulentum « ex quo facta est formatio (corpons Christi) sic originaliter fuitibi; sed virtus formans non est inde originata, sed potius a Spiritu Sancto », in m Sent. D. 3, a. 23.

(2) « Cum dicilur Christus fuisse in Adam secundum corpulentam substantiam, non est intelligcndum hoc modo quod corpus Christi in Adam fuerit quaedam corpulenla substantia, sed quia... per virtutem generativam Adaeet aliorum ab Adam descendentium usque ad B. \irginem factum est, ut illa materia praepararetur ad conceptum corpons Christi ; non autem fuit materia illa formata in corpus Christi per virtutem seminis ab Adam derivatam; et ideo Christus dicitur fuisse in Adam originaliter secundum corpulentam substantiam, non autem secundum seminalem rationcm ». S. Thom.,3 p., q. 3 1, a. 6, ad 1.

dam. Par sa mère il appartient au même titre que tout autre homme à la descendance de notre commun ancêtre (i).

A cette considération sur la manière dont se propage le péché d'origine se rattache une conclusion qui pourrait au premier abord paraître assez singulière. Supposez que le père de la race humaine fût resté fidèle à son Créateur, et que par suite Tordre primitif n'eût pas été renversé; pour avoir droit à la grâce originelle il eût fallu naître de lui suivant la loi commune. Le fruit d'une conception virginale, abstraction faite d'un privilège très singulier, n'aurait pas hérité des dons surnaturels octroyés clans son chef à la famille humaine, puisqu'il ne serait pas de lui suivant la raison séminale (2).

De tout ce qui précède, il ressort une conséquence bien notable : c'est que le péché originel est le même pour tous, ni plus grand dans le fils d'un criminel, ni moins grave dans l'enfant des saints : car ce n'est pas eux qu'il faut regarder, mais le premier ancêtre qui, par eux, transmet la nature à sa descendance, si lointaine qu'elle soit.

Concluons : à tous Dieu refuse le don de la justice originelle qui ferait d'eux ses enfants et ses amis ; et cet état leur est imputable, parce qu'ils appartiennent à une nature qui, violant l'alliance primitive avec le Créateur, en a repoussé les dons, quand son chef naturel et juridique l'a fait pour elle et pour lui-même. Pour recouvrer la grâce ainsi perdue il faut une nouvelle naissance, celle qui nous vient par Jésus-Christ

(1) S. Thom., ibid., ad. 2 et 3.

(2) Voir sur ces idées S. Thom., 3 p., q. 3i, a.i, ad 3; S. Anselm., op. et t. cit. P. L. CLvin, 455.

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le nouvel Adam. Nous ne la recevons plus en" vertu de l'institution primitive, mais en vertu des mérites du Sauveur des hommes ; et c'est pourquoi cette grâce est appelée la Grâce du Christ, tandis que la première est la Grâce de Dieu, « Gratia Dei, Gratia Ckristi ». Ou'a donc fait notre 'Dieu dans son infinie miséricordepourrhomme?Ila voulu relever le temple abattu réparer en nous son image et nous rappeler à son amitié ; en un mot, contracter avec l'homme une nouvelle alliance. C'est pour cela que, de toute éternité, prévoyant cette lamentable déchéance du genre humain tout entier, il décréta dans un mystère caché aux siècles de restaurer le premier ouvrage de sa bonté par l'Incarnation du Verbe. Jésus-Christ, ce Dieu fait homme, sera le nouvel Adam, contre-partie bienheureuse du premier. Les grâces et les dons surnaturels, perdus par la révolte de l'un, seront rachetés par l'obéissance de l'autre ; et le second lavera de son sang divin les offenses faites à Dieu par le père des hommes et sa race. Et de même que, naissant d'Adam le pécheur, nous contractons son péché, ainsi, renaissant du Christ rédempteur, nous serons enrichis de sa grâce; par l'un, fils de colère, et par l'autre, enfants de Dieu; mais fils de colère avant d'être fils d'adoption5parce que la naissance naturelle précède la renaissance qui se fait au baptême; parce que nous sommes membres de l'ancien Adam, avant d'être incorporés au nouveau. Du reste, comme je l'ai déjà fait remarquer, la réparation n'est pas actuellement complète au baptême. Celui-ci délivre le b iptisé du péché originel, en tant qu'il lui confère la grâce qui fait entrer la partie supérieure de l'âme dans Punion divine ; il ne le délivre pas, en lui rendant cette vertu de l'âme qui

devait sauvegarder le corps de la corruption, et prémunir la partie supérieure de nous-mêmes contre toute révolte des forces inférieures. C'est là, il est vrai, un des effets de la renaissance spirituelle, mais un effet qui n'apparaîtra qu'au terme, après l'entrée dans la vie bienheureuse.

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