‹ La Mère de Dieu et la mère des hommesChapitre 67 sur 78 · LE PÉCHÉ ORIGINEL · texte numérisé non relu

LE PÉCHÉ ORIGINEL

a-t-il mangé le fruit défendu par un sentiment d'orgueil, ou par une vaine convoitise, ou par une complaisance coupable envers sa compagne? c'est ce qui importe peu, quand il s'agit de sa descendance, et nous ne pouvons être responsables de cette sorte de péchés. Pourquoi? Parce que ce n'est pas en cela qu'il était constitué de Dieu notre chef; je ne suis pas né dans la déchéance et le dépouillement, parce que le père de ma race a été orgueilleux, sensuel ou volontairement séduit ; mais parce qu'il a refusé l'hommage qu'il devait à Dieu en son nom , au mien, au nom de toute l'humanité; cet hommage auquel Dieu avait attaché la conservation de l'alliance et de ses dons.

Donc, autre est la responsabilité d'Adam, autre celle de ses fils, par rapport au péché d'origine. Lui fut doublement coupable, ou plutôt la privation de la grâce revêt en lui un double caractère de péché : caractère de péché personnel, et caractère de péché de nature. Pour nous, de ces deux caractères, le dernier seul nous convient à raison de notre origine. C'est ce que signifie la formule célèbre, empruntée par les théologiens à saint Anselme de Cantorbéry: « En nous c'est la nature qui infecte la personne; dans Adam ce fut la personne qui infecta la nature » (i).

On conçoit par ce qui précède pourquoi, la faute d'Adam nous ayant rendus coupables, sa pénitence n'a pu nous rétablir en grâce, lors même qu'elle lui valut à lui son pardon. Adam pénitent ne représentait pas la nature humaine. Sa pénitence lui fut uni-

(i) Fecit [in Adam) persona peccatricem naturatn, quia cum Adam peccavil, homo peccavit. . .simititer fit in infant ibus, sed e converso... S. Anselm.,Zr. de Conceptu viryin. c. 24. P. L. clviii, 456.

quement personnelle, et par suite personnel aussi fut le pardon qu'elle obtint de la divine miséricorde. Mais pourquoi, demandera quelqu'un, Adam ne représente-t-il pas l'humanité aussi bien dans sa pénitence que dans sa faute? Parce que Dieu ne l'avait fait le chef juridique de la famille humaine que pour un seul acte, celui de reconnaître ou de méconnaître la suzeraineté divine sur les êtres de la création, mis au pouvoir de l'homme. Cet acte d'obéissance ou de révolte posé, Adam, tout en restant le principe physique de l'humanité, n'en était plus le chef juridique, pas plus qu'il ne l'était avant sa révolte pour tous les autres actes auxquels il se serait librement déterminé.

II. — Nous savons, au moins quant à la substance, ce qu'est en nous le péché originel, et ce qu'il fut en Adam. Gomment se transmet-il et par quelle voie? Dans l'acte et par l'acte même de la génération, « Qui nous engendre nous tue », dit quelque part notre grand Bossuet : car en nous communiquant la nature humaine, il nous la donne privée de la grâce sanctifiante, et par conséquent morte à la vie surnaturelle. Mais pourquoi la génération commune, celle où l'influence paternelle a la grande part, est-elle le canal par où se transmet le péché? Parce qu'elle nous incorpore à l'humanité dont Adam fut le chef et le représentant; à cette humanité qu'il a souillée dans sa source; à cette humanité dont il portait en lui le germe, quand il brisa l'alliance.

Et pourtant, Jésus-Christ, quoiqu'il appartienne par sa naissance à la famille humaine, ne pouvait, même à ne regarder que sa conception, contracter le

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