‹ La Mère de Dieu et la mère des hommesChapitre 71 sur 78 · CH. III. RAISONS DE L'IMMACULEE CONCEPTION S · texte numérisé non relu

CH. III. RAISONS DE L'IMMACULEE CONCEPTION S

à des fautes au moins légères; sa maternité fut sans douleur, et le tombeau rendit son corps, exempt des moindres atteintes de la corruption; enfin, pour couronner cette magnifique suite de prérogatives, elle devint mère, sans perdre la fleur de sa virginale pureté. Ces privilèges, je les suppose. Ce qu'il me faut remarquer et ce qui ne peut faire aucun doute, c'est que tous plongent leurs racines dans la Conception immaculée de Marie, ou l'appellent comme leur indispensable complément. Puisque l'insubordination des sens, puisque la fragilité commune, puisque les douleurs de la maternité, puisque la décomposition qui suit la mort sont les conséquences du péché d'origine, et que nous ne les trouvons pas en Marie, ne faut-il pas que la même bonté de Dieu, qui l'en a délivrée, l'ait soustraite à la cause d'où elles émanent? Rien, certes, de plus naturel ni de plus de raisonnable que cette conclusion.

La virginité de la Mère de Dieu ne découle pas nécessairement d'une conception sans tache, mais elle la renferme. C'est que cette virginité n'est pas seulement la virginité de la chair, mais encore, et plus, la virginité de l'âme. Les Pères ne s'y sont pas trompés. Après saint Ambroise et saint Jean Damascène, ils enseignent d'une commune voix que, pour être digne d'enfanter le Sauveur, Marie devait être vierge d'âme aussi bien que vierge de corps. Et cette vierge est la Toujours- Vierge. 'AeixapÔévoç, disait l'Orient, par la bouche de Didyme, dès l'aurore du quatrième siècle \ Semper Virgo, répondait d'un même cœur et d'une même foi l'Eglise latine. Et ce nom de Toujours- Vierge, à partir de cette époque, se retrouve, dans les liturgies, dans les actes des Conciles, et dans les

œuvres des Pères; partout, en un mot, où il est parlé de la bienheureuse Mère de Dieu (1). Or, la virginité de l'âme, quand elle est parfaite, implique l'exemption de toute souillure, et de toute atteinte du péché (2)-

Si donc Marie est vraiment la Vierge par excellence et la Toujours-Vierge, il faut bien confesser qu'à ce titre elle échappa totalement à la déchéance originelle. Et n'est-ce pas là ce que la simple et droite raison nous mène à conclure? Conçoit-on que Dieu ait dérogé aux lois les plus générales de la nature pour que sa Mère conservât intact le trésor de sa virginité corporelle, et qu'il ait négligé de suspendre les lois de sa justice, afin qu'un autre trésor, incomparablement plus précieux pour elle et plus glorieux pour lui-même, ne lui fût jamais enlevé (3)? D'autant plus que la virginité du corps avait pour principe et pour sauvegarde la virginité même de l'âme (4).

Disons encore que la Conception immaculée se rattache par des nœuds étroits à Fimpeccabilité de la

(1) Cf. Mingarelli, Not. in l. Didymi de S. Trinit. L. i, 27.

(2) Non satis est ut virgo sancta sit cor pore, ver uni etiam spiritu. Hoc enirn est vera virginitas animae, nimirum puritas, dit Théophylacte dans son Gomment, sur la ire aux Corinthiens, c. 7. P. G. cxxiv, io38.

Et voilà pourquoi la Trinité divine, étant la sainteté par essence et la première source de toute pureté, S. Grégoire de Nazianze l'a nommée la Première Vierge; Primj Virgo est para Trinitas. Carm. TheoL, s. 1 ; carm. 1 in Laud. Virgin. P. G. xxxvn, 523.

(3) S. Bonaventure l'a proclamé lui-même : « Il était souverainement convenable (pie celle en qui le Très -Haut s'est complu jusqu'à faire d'elle son épouse etla Mère de son Fils unique, fût immaculée dans son (sprit, comme elle l'était dans sa chair » (in iv Sent. D. 3, a. 2,q. 1). La conclusion qu'il n'a pas tirée, un théologien du même ordre, Franç j:s de Mairon, dit le docteur illuminé, la tirait peu de temps après daas son deuxième sermon sur la Conception de la bienheureuse Vierge; et dès lors, l'Ordre Séraphique devint l'un des plus fervents champions du privilège de Marie.

(4) Daplicis virginitatis navem servaverat incolnmem. Maria enim non minus animam quam corpus servaverat virginem ; unde etiam conseroabatur corpori virginitas. S. J. Damasc. hom. 1 in Dormit. B.V. M., n. 7. P. G. xcxvi, 709.

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Mère de Dieu. C'est une considération que j'ai prise de Bossuel. « Il est, dit-il, écrit de tous les hommes généralement qu'ils pèchent tous en beaucoup de choses (i). Ces paroles, qui nous enseignent que tous les hommes tombent dans les péchés actuels, du moins clans ces péchés de fragilité que nous appelons véniels, ne sont ni moins expresses ni moins générales que celles où l'obligation au péché originel est clairement établie. C'est pourquoi saint Augustin, qui est le grand maître des théologiens en cette matière, parle de l'une et de l'autre obligation dans la même généralité, jusque-là qu'il a avancé dans le cinquième livre contre Julien que tous ceux qui ont contracté le péché originel, tombent aussi dans la suite des péchés actuels » (2 \. Donc, Marie n'ayant jamais commis la moindre faule de ce genre devait être immaculée dans sa conception. C'est la conclusion qui s'impose, en attendant que nous expliquions de quelle manière la préservation du péché originel peut seule mener, par l'exemption de la concupiscence et des inconsidérations de l'esprit, à ne jamais faillir.

On a dit aussi que le privilège d'une conception sans tache paraît excessif. Oui, il le serait pour d'autres; mais il ne l'est plus pour Marie. Dieu ne l'a-t-il pas élevée infiniment plus haut en la choisissant pour sa mère? L'Immaculée Conception ne l'élève qu'au-dessus des hommes pécheurs ; mais sa maternité l'a portée même au-dessus des Anges. Quel est l'ange, en effet, qui puisse dire à Dieu : Vous êtes mon fils, et je vous ai engendré aujourd'hui? Et comment, exaltant cette

(0 Jac , m, 2.

(2) Bossuet., Serm., pour la Concept. 2e p. (8 dcc. 1 668). Œuvres oratoires. Lcbarcq., V, p. 3q3.

33o L. IV. IMM. CONCEPTION, GRACE INITIALE

Vierge au-dessus de la nature angélique par sa maternité, Dieu ne L'aurait-il pas élevée au-dessus de l'humanité déchue par une conception immaculée? Le premier excès n'appelle-t-il pas le second, comme l'abîme appelle l'abîme? Ce qu'il faut craindre, c'est un autre excès, l'excès d'indifférence du fils pour sa mère. Où serait l'amour qu'il a eu pour elle si, présidant à sa naissance, la formant lui-même, et pouvant la doter d'un privilège qui lui convenait à tant de titres, il le lui avait refusé? Pour moi, j'estimerais bien faible l'affection d'un fils qui laisserait même un instant sa mère dans la honte et l'ignominie morale, quand il aurait pu, sans dommage pour sa gloire, au nom même de ses intérêts la préserver d'un si triste sort.

On a dit encore que c'est le privilège incommunicable de Jésus-Christ d'avoir été conçu sans péché; et que, par conséquent, Marie ne pouvait y participer de pair avec lui. Je vous l'accorde, il y a dans la conception du Sauveur un double titre exclusivement propre à lui seul, qui réclame l'exclusion de toute tache, de tout péché d'origine. Lui seul est né d'une Vierge; lui seul est un Dieu dans la chair. Voilà son privilège incommunicable; à Dieu ne plaise que nous le revendiquions pour sa Mère. C'est l'innocence du Dieu Pœdempteur et non pas celle d'une créature rachetée. M:iis au-dessous de cette innocence originelle, j'en conçois une autre: celle d'une fille d'Adam, que ni sa condition de pure créature, ni son ordre de naissance ne mettraient à l'abri de la contagion commune; et qui, pour en être exempte, devrait être préservée par grâce et rachetée de la servitude avant de l'avoir subie.

Or, le privilège singulier de Jésus-Christ, loin d'être incompatible avec une pareille innocence dans samère,

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