LISTE
PRINCIPAUX OUVRAGES CONSUL l'ÉS
<iALETTi : Histoire illustrée de la Corse. LÉONARD DE Saint-Germain : Itinéraire de la Corse. Tranchant et Ladimir : Les femmes militaires. Jean de la Rocca : La Corse et son avenir. Beauterne : L'enfance de Napoléon.
Masson : Napoléon et sa famille. Vol. 1 et II. N'isiCA : Mémoires sur l'enfance et la jeunesse de Napoléon.
Lkscure: Les mères illustres.
Klias Regnault : Histoire de Napoléon.
f urquan : Les sœurs de Napoléon.
•lémoires de Napoléon Bonaparte.
orrespondance de Napoléon 1er.
W'-moires du roi Joseph.
iicien Bonaparte et ses mémoires.
lémoires et correspondanre du roi Jérùnic
orrespondance de la reine Catherine.
lémoires de la duchesse d'Abrantès.
IiOT DE Melito : Souvenirs du premier empire.
;aron Larrey : Madame Mère. Vol. I et II. I/abbé LiONNET : Histoire du cardinal Fesch. llKNFti HoussAYE : 1814.
MÉNEVAL : Napoléon et Marie-Louise.
Amédée Pichot : Napoléon à l'île d'Elbe.
Mademoiselle Gochelet : Mémoires sur la reine Hortense et la famille impériale.
Lâs-Gases : Le mémorial de Sainte-Hélène.
O'MÉARA : Napoléon dans l'exil.
Mémoires d'Antommarchi.
SciPiON Fougasse : Chez une femme illustre.
Saint-Hilaire : Souvenirs intimes du temps de l'empire.
MiCHELET : Histoire du XlX^e siècle. (Origine des Bonaparte.)
Thiers : Histoire du consulat et de l'empire.
Madame Letizia a Sienna. (Estrato délia « Nuova Antologia ».)
Enrigo Mayer : La vita e i tempi, etc., etc., etc.
MIBRB D'EMI^BHEXTR
C'est à ma mèi^e, c'est à ses bons principes que je dois ma fortune et tout ce que j'ai fait de bien : je n'hésite pas à dire que l'avenir d'un enfant dépend de sa mère.
Napoléon.
Femme forte et bonne, modèle des mères, combien tes enfants te sont encore redevables des exemples que tu leur as donnés !
Joseph Bonaparte.
La majeure partie de la vie humaine est composée de malheurs et de déboires. Cette connaissance doit nous donner la force de nous raidir contre tout ce qui peut nous arriver, surtout quand il n'y a pas de notre faute.
Tomber n'est rien quand on finit avec noblesse tomber est tout quand on finit avec lâcheté .
Letizia.
Voilà celle à qui aucun revers, aucune puissance ne peut enlever la gloire d'avoir fait naître l'homme le plus extraordinaire que la suite des siècles ait produit.
Hélène Potocka.
'ur de naissance do Lctizia. — Sa famille. — Son enfance. Son mariage avec Caiio di Buonaparte.
]/d mère de Napoléon, Maria-Letizia Ramolino,
naquit à Ajaccio, dans l'île de Corse. On ignore la
late exacte de sa naissance. Les uns la font remon-
r à 1736, auquel cas elle aurait atteint l'âge de cent
•AS. Sa dame d'honneur, la duchesse d'Abrantès, fille
une amie d'enfance de Letizia, place celte nais-
iQce en 1748 ; et, d'après les mémoires de Lucien
lionaparte, ce serait le 24 août de ladite année
]iie sa mère aurait vu le jour, mais d'autres
iographes prétendent qu'elle est venue au monde
en 1750.
Ces données incertaines s'expliquent par le fait
• |ue les registres ecclésiastiques furent détruits pen-
<iant les guerres civiles de la Cor.se. On les a, il est
vrai, reconstitués plus tard, mais sans pouvoir en
iranlir l'autlienticité.
En 1806, Napoléon fit rechercher les documents
ificiels relatifs à sa famille. On ne sait ce qu'ils sont
levenus. Nous ne possédons non plus que pcui on
[oint de détails sur les années d'enfance de Letizia.
s parents jouissaient d'une modeste aisance, le
l)ere et le grand-père occupant tous les deux une
honorable position dans l'île natale, qui appartenait
lors à la liépublique de Gènes.
Le père de Letizia, Jean-Jérôme Ramolino, fut
l'abord capitaine dans l'armée génoise. Plus tard, il
• -vint inspecteur général des ponts et chaussées en
'>rse. Sa mère Angela-Maria di Pielro-Santa, était
fille d'un gentilhomme de la province de Sartène, contrée à demi sauvage où régnait la vendetta. On y vivait assez misérablement, toujours en lutte les uns avec les autres ; et les habitants ne se faisaient pas faute de rançonner le pays pour se procurer des moyens d'existence.
De son mariage avec Ramolino, Angela-Maria eut d'abord une fille, qui mourut en bas âge, et qui, dans les registres, a sans doute été confondue avec sa sœur cadette. L'enfant dernier né, un fils, n'a joué, semble-t-il, aucun rôle quelconque dans la vie de notre héroïne.
Devenue veuve en 1755, la mère de Letizia se remaria deux ans plus tard avec Franz Fesch, capitaine dans la marine génoise. Il appartenait à une famille suisse distinguée, et était zélé partisan de Zwingli ; mais il passa au catholicisme pour pouvoir épouser la jolie veuve qui, à aucun prix, ne voulait abjurer sa propre foi.
De cette union naquit, le 3 janvier 1763, un fils, Joseph Fesch, et quelques années plus tard une fille, qui épousa le négociant Bûrkli de Bâle.
Franz Fesch, comme Ramolino, mourut dans la force de l'âge, et son fils Joseph, demi-frère de Letizia, fut joyeusement adopté par sa sœur aînée. Quand elle se maria, elle le prit dans sa maison et l'éleva avec autant de sollicitude que ses propres enfants ; aussi, le futur cardinal Fesch, homme remarquablement doué, conserva-t-il toujours pour sa sœur l'affection la plus dévouée, jointe à une grande reconnaissance.
Letizia Ramolino était considérée comme la plus belle femme de la Corse. Sur ce point, amis et ennemis tombaient d'accord.
De taille un peu au-dessus de la moyenne, elle
était très bien proportionnée. On remarquait chez elle, comme plus tard chez son fils Napoléon, des extrémités irréprochables. Ses cheveux châtains
1 cadraient un front pur. Les yeux n'étaient pas grands, mais pleins de feu, et ombragés de longs cils noirs. Bouche fine et expressive, et fort belles
^nts, avantage dont héritèrent tous ses enfants, ■ lenton légèrement proéminent, indice d'énergie, nez plutôt long, mais bien formé, et jolies oreilles, tel était, trait par trait, l'ensemble de cette physionomie. Une grâce innée et un attrayant sourire
hevaient de donner à Letizia un charme irrésistible.
En Corse, à cette époque, on ne s'occupait guère de l'éducation des jeunes filles. Pour toute instruction, elles n'avaient, en général, que les conversatioDS de leurs bonnes. La mère, en effet, ne s'inquiétait de ses filles que pour les grondera toute occasion, et celle qui inspirait le plus de crainte,
lit considérée comme la meilleure éducatrice.
Ainsi allaient les choses, jusqu'à ce qu'on parvînt
se débarrasser de ses filles en leur trouvant un mari. Une fois mariées, elles acquéraient une <:erlaine importance.
Comme les autres jeunes filles de l'île, Letizia grandit, insouciante, sans que personne prît vraiment soin de son éducation. Son instruction était
feclueuse et le resta toute sa vie.
FAW-même a raconté que sa mère et son beau-père pensaient déjà à lui chercher un mari, alors qu'elle avait à peine treize ans. Ils crurent avoir trouvé ce qu'il fallait dans la personne de Carlo di Huonaparte, qai descendait, comme Letizia, d'une vieille famille ohle.
Les Buonapartes, aussi bien que les Rarnolinos,
étaient venus du nord de l'Italie en Corse ; et, à une époque antérieure, ils avaient joué un rôle à Florence, à Sarzane et à San Miniato. Une longue expérience avait développé leurs capacités politiques, et ils avaient rempli avec honneur des emplois tant civils que militaires. Les scènes où s'exerçaient leurs talents étaient, à vrai dire, modestes, mais les qualités déployées avaient été assez remarquables pour leur valoir la célébrité.
La race des Ramolinos était supérieure encore à celle des Buonapartes. Ils descendaient des comtes CoirAlto. Leur histoire n'est pas sans analogie avec celle des Buonapartes ; cependant, ils ne s'étaient pas fixés en Lombardie, leur lieu d'origine, ni en Toscane, où ils séjournèrent plus tard. A Naples et à Gênes, leurs personnalités si marquantes ont aussi laissé d'ineffaçables souvenirs.
De Gènes, vers la fin du XV« siècle, ils étaient allés en Corse. Le Ramolino qui, le premier, s'établit dans l'île, avait épousé la fille d'un doge, et obtenu à Gènes les plus hautes distinctions.
Ce n'est qu'à la fin du XVI« siècle que les Buonapartes immigrèrent en Corse. A dater de cette époque, les deux familles vécurent en bonne harmonie, occupant simultanément des emplois communaax et se mariant souvent entre elles.
On ne connaît pas mieux le jour de naissance de Carlo di Buonaparle que celui de Letizia. Son fils aîné, Joseph, dit dans ses mémoires que son père est né en 1740 ; d'autres ont indiqué comme date de naissance l'année 1744 ; d'autres encore, 1746.
Le grand-père du jeune homme avait eu trois fils : Joseph, Napoléon et Lucien. Napoléon n'avait qu'une fille, Lucien s'était voué à l'état ecclésiastique ; Carlo, fils unique de Joseph, était l'héritier de la
i)K XAPOLtON 5
famille. Comme Letizia Ramolino, il avait de bonne heure perdu son père. Son oncle Lucien, archidiacre à Ajaccio, avait pris soin de la mère et du !s, tenant lieu de père à son neveu.
Quand celui-ci eut atteint l'âge de quatorze ans, l'oncle renvoya à l'école supérieure de Gorte, école '\ue Pascal Paoli décorait prétentieusement du titre «l'Université. L'établissement n'avait que cinq proîésseurs, appartenant tous aux ordres ecclésiasiques. Le jeune étudiant d'Ajaccio ne tarda pas à lire la connaissance personnelle de Paoli, et, reçu ivec bienveillance chez lui, il composa des vers latins en l'iionneur du libérateur de la Corse.
Il ne resta cependant pas longtemps à Corte. Dans la famille Buonaparte, il avait toujours été d'usage d'envoyer les fils se développer en Italie. Carlo fut donc dirigé sur l'université de Pise, où il devait se préparer pour l'examen juridique.
Il n'avait pas beaucoup d'argent, mais, bien
loué et colossalement vaniteux, il comptait faire
ne brillante carrière. Très bien de sa personne, il
ippelait un peu le roi Louis XV. De haute taille,
s traits fins et réguliers, il possédait, en outre,
irie figure expressive et beaucoup d'élégance. En
Italie, il se faisait appeler « comte de Buonaparte »,
n montrant extrêmement fier de ce nom aristo-
ratique.
Pendant son séjour à Pise, il avait fait la connaismce d'une charmante et riche jeune dame : ignorina Alberti. Grâce à ses avantages personnels, i pouvait espérer faire un bon parti ; aussi, lorsqu'il iernanda la main de la jeune personne, ne s'atten- Hait-il guère à être repoussé. Mais le père, trouvant les perspectives du jeune juriste trop incertaines, refusa de donner son consentement aux fiançailles.
Tandis que Carlo s'amusait ainsi à faire la cour en Italie, il reçut une lettre de son oncle, qui le rappelait à Ajaccio. L'honorable ecclésiastique avait formé des plans de mariage pour son fils adoptif. Celui-ci, au premier abord, était fort peu tenté de suivre l'appel ; mais Monsieur Alberti se montrant de moins en moins disposé à lui donner sa fille, il se décida enfin à reprendre le chemin de la patrie. Lucien accueillit son neveu à bras ouverts. Tout de suite, il lui parla de la belle Letizia, qui était un excellent parti, et dès le lendemain ils se rendirent ensemble chez le capitaine Fesch.
Il est probable que Carlo avait aimé l'argent de signorina Alberti plus encore que sa personne. En tout cas, subjugué par l'éclatante beauté de la jeune fille que lui destinait son oncle, il oublia bientôt sa première inclination.
La seule ombre au tableau, au dire de la mère de la fiancée, c'était que les Ramolinos, tant par tradition de famille que par sympathie personnelle, se rattachaient aux Génois, maîtres de l'île, tandis que les Buonapartes se déclaraient hautement amis et admirateurs de Paoli, chef du parti de l'indépendance. Cependant, comme à part cette divergence d'opinion, l'union était, à tous égards, désirable, la mère n'eut pas un instant l'idée de s'opposer à un projet caressé dès longtemps par elle et son mari.
En Corse il est d'usage que l'on se marie jeune. Mais le fiancé voulant célébrer la noce immédiatement, son oncle trouva pourtant qu'il allait trop vite en besogne.
Plus éperdument épris de Letizia qu'il ne l'avait été quelques semaines auparavant de la jeune dame de Pise, Carlo assurait que si l'on s'opposait à ses vœux, il se marierait sans le consentement de son tuteur.
i)K NAPULKO.N 7
L'archidiacre finit par céder et donna, peu de jours après, la bénédiction nuptiale aux jeunes époux. La date de cet événement ne se trouve pas consignée dans les annales de la Corse ; mais, si l'on s'en rapporte aux mémoires laissés par plusieurs ies enfants, le 2 juin serait le jour anniversaire du mariage de leurs parents.
Les époux Buonaparte à Cor te.
Naissance de Joseph Buonaparte. — Le confesseur de Bastia.
Une vive agitation régnait en Corse à l'époque du mariage de Letizia. Pendant plus de dix ans, les habitants de l'île, sous la direction de Paoli, avaient tenté de secouer le joug génois pour arriver à l'indépendance ; et, si la République italienne conservait encore quelque pouvoir dans le pays, ce n'était que grâce à l'appui de la France.
Comprenant que la Corse lui échappait, le Sénat de Gênes proposa au Gouvernement français de lui céder ses droits sur l'île ; et le 15 mai 1768 un traité fut conclu par lequel l'indépendance de la Corse était mise en péril.
La nouvelle de cette transaction entre les deux puissances révolta les insulaires, et un Conseil fut aussitôt convoqué à Corte, siège du Gouvernement.
Dans de telles circonstances, il était tout naturel que Carlo Buonaparte choisît cette ville comme résidence ; mais, ce ne fut pas sans douleur que la jeune Letizia quitta son lieu natal, sa famille et le cercle joyeux de ses amies d'enfance.
Corte est une ville très ancienne, beaucoup plus petite et moins riante qu'Ajaccio. Elle a été jadis la résidence des rois maures. Plus tard, à diverses reprises, elle a joué un rôle historique dans les contestations prolongées qui eurent lieu au sujet d'une forteresse voisine.
Les époux s'établirent dans une maison ayant appartenu au célèbre patriote Gaffori. Les murs