Joulin, ac
jeu de leurs mouvements. Nous préférons donc, à l'emmaillottement d'après la coutume française, l'habillement du nouveau-né tel qu'il est en usage en Angleterre. Toutefois, nous convenons qu'il ne faut pas trop s'exagérer les inconvénients de l'emmaillottement; il n'a pas empêché de vigoureuses générations de se produire sur notre sol, et, s'il était la seule influence menaçante pour l'avenir de notre race, nous aurions quelque raison d'être tranquillisés *.
Le couchage des nouveau-nés est mieux entendu dans les sociétés européennes que chez les autres peuples. Mais il n'en est plus de même de la manière de porter les tout jeunes enfants : rien de moins pratique que le portage à bras; mais aussi rien de plus dangereuse que le portage en petites voitures, d'après quelques médecins, en raison des ébranlements qu'éprouve à chaque secousse l'appareil cérébro-spinal, encore si susceptible de l'enfant. Nous n'oserions cependant préconiser la coutume des Orientaux, certain
1. Ce que nous venons de dire, montre combien cette opinion de Demeunier est pe^ en rapport avec l'ensemble des faits observés, c Gbez les peuples très nombreux, le père et la mère sont logés fort à l'étroit; ils relèguent leurs enfants dans le plus petit espace possible, et, comme il faut les laisser seuls pour vaquer aux travaux, on les garolte, afin qu'ils ne se blessent point en tombant : voilà l'origine du berceau et du maillot. Le bas peuple entraine sur ce point les personnes d'une fortune aisée, et les riches observent la coutume générale. » {Esprit des usages, I, 281. )
COBRE 9
d'avance qu'elle n'aurait aucune chance de prévaloir contre des habitudes invétérées.
G. — Nourriture; allaitement et sevrage.
Chez tous les peuples, à l'exception peut-être des plus civilisés, la première nourriture du nouveau-né est le lait de sa mère. Ce n'est guère qu'en Europe et dans les pays de mœurs analogues qu'on voit un grand nombre de femnaes, d'ailleurs saines et vigoureuses, confier le soin de leurs enfants à des nourrices mercenaires, ou recourir à certains modes d'allaitement artificiels, tantôt sous Tempire d'exigences sociales particulières, tantôt sous l'empire de sentiments inavouables, précisément dérivés d'une civilisation trop raffinée. Il est à remarquer, cependant, que, dans les pays tempérés (ceux qui répondent au plus grand développement sociologique) , la sécrétion lactée pairaît plus abondante, chez la femme, que dans les pays chauds ou torrides ^ On ne
1. Cependant de Rochebrnne, évaluant la quantité de lait fournie par TEuropéenne à 14i0 grammes par jour et pour les, deux seins, estime que cette quanti lé peut s'élever, pour la Ouolove, à 2140 grammes, chiffre exceptionnel pour la première. Il y a, dans ce fait, une sorte de contradiction avec ce qu'on observe chez les femelles d*ani(iniux domestiques, qui, partout sous les tropiques, donnent une quantité de leit très inférieure à celle qu'elles fournissent dans les pays tempérés.
Ce sujet appelle de nouvelles recherches. Est-il vrai qu'en Europe l'abondance du lait soit en rapport avec celle des règles; que le hit
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rencontre pas, chez les négresses, des nourrices stisceptibles de suffire successivement à 3 et à 4 nourrissons, comme on en voit chez nous, au dire de Desormeaux. Malgré ces différences dans les conditions de la lactation, les allaitements prolongés sont plus communs entre les tropiques qu'au delà de cette zone thermique, parce que les nations primitives ou peu civilisées soumettent de très bonne heure l'enfant à une nourriture mixte, qui compense la médiocre abondance du lait fourni par la mère.
Les organes mammaires présentent, dans les différentes races, des formes plus ou moins en rapport avec la facilité d'une bonne préhension chez l'enfant, u Les seins hémisphériques, coniques et pyriformes qui aujourd'hui, dans les races qui nous environnent, paraissent des caractères individuels, ont été jadis Tapanage de races distinctes. » (Topinard.) * Chez les négresses, les mamelles prennent, à la suite des premiers rapprochements sexuels, une forme allongée, qui permet à l'enfant de les saisir avec une étonnante facilité.
aoit moins abondant dans les pays secs, élevés ou venteux, comme à Marseille, d:ins la Provence et dans la Caslille; que les Irlandaises aient si peu de lait qu'elles n'allaitent leurs enfants que durant quelques jours; qu'en Russie, au contraire, et notamment dans les régions marécageuses, une constitulion lymphatique soit si favorable au développement de la fonction mammaire, qu'on voit même des hommes en état d'allaiter des enfants? (Virey, De la {emme, 67.) i. Anihr,y b74.
quelquefois même par-dessus les épaules de là mère. « Rien n'est plus commun que la description, par les voyageurs, de négresses rejetant leurs seins sur leurs épaules, pour allaiter un enfant suspendu sur leur dos ; une femme bochimane, examinée par Flower et Murrie, les faisait rejoindre en arrière au-dessus de la région fessière. (Top. *.)La conformation du sein subit, sans douté, l'influence de la vestiture. Dans les races où la poitrine reste à découvert ou n'est revêtue que de vêtements légers et très amples, l'appendice érectil servant à la préhension demeure plus développé, plus exempt [d'accidents inflammatoires, et, par conséquent, Tallaitement reconnaît de moindres causes de suspension que dans les races à costume lourd et trop serré au corps. Cependant l'absence de protection suffisante a aussi ses inconvénients, qu'aggrave encore la malpropreté, si commune chez un grand nombre de peuples. « Les affections de la glande mammaire sont fréquentes parmi les femmes arabes : malpropreté, peu de précautions pendant l'allaitement et lors du sevrage, absence de protection du sein contre les violences extérieures, tout concourt à rendre communes les crevasses du mamelon, les indurations de la glande mammaire et surtout de terribles dégénérescences. Les ma-
trônes ont pour principe de faire cesser immédiatement l'allaitement, dès que le sein paraît malade. Les crevasses sont traitées avec de la poudre très fine de henna (lawsonia inermis) ou de la poudre d'alun ; dans les villes, les Mauresques ajoutent à cette dernière substance quelques gouttes d'eau de fleurs d'oranger, prétendant que ce liquide amortit Ténergie styptique (du sel). » (Rerth. *).
Nous ignorons si des analyses ont démontré des variations de composition entre le lait des femmes de diverses races. Il est probable que ces variations, si elles existent, ne sont pas très prononcées, car les nourrissons d'une race quelconque s'accommodent également bien en tous lieux d'une nourrice d'une race quelconque, pourvu que celle-ci soit en bonne condition de santé *. Cependant tous les auteurs n'apprécient pas de la même manière la valeur des négresses, comme nourrices des enfants blancs. Mais il y a, dans la divergence des opinions à cet égard, des causes très multiples. Les uns préconisent la femme noire comme une excellente nourrice, en raison de l'abondance de son lait (qui, pour nous, n'est pas démontrée), de sa tendresse maternelle ardente, « comme chez
2. Yirey rapporte que le lait des EuropéeDnes, habitant Batavia, est si salé qu'elles ne peuvent nourrir leurs enfants. L. c, 67.
toutes les femmes d'un caractère simple et naturel », (sentiment très exagéré, dans la réflexion du cabinet, et sous Tinfluence d'un philosophisme mauvais observateur d^s faits). « Non seulement les soins naturels attachent la négresse à son eor faut, mais on remarque, de plus, cette tendre affection poussée jusqu'à Texcès, chez toutes les femmes des pays où la polygamie est établie : car le mari, partagé entre plusieurs épouses, ne peut prendre qu'un faible intérêt pour chacune d'elles et pour une multitude d'enfants; au contraire, la mère, séquestrée au fond de son harem, est portée à concentrer toutes ses affections sur sa progéni* ture ; c'est le seul dédommagement de ses ennuis * . » Les autres, trop bien placés pour sacrifier la réalité de Tobservation aux poétiques théories de l'imagination, redoutent, dans la nourrice noire, alors même qu'elle possède les apparences de la plus belle santé, qu'elle est replète et de bonne mine, qu'elle a les seins gonflés par un lait abondant, la femme paresseuse, insouciante de mille petits soins utiles ou nécessaires au nouvel être, recelant souvent en elle les germes de maladies suspectes ou toujours en imminence d'infection syphilitique par le relâchement de ses mœurs. « Presque toutes les femmes blanches sont dans l'usage, à Gayenne, de faire allaiter leurs enfants