Mém. sur Gayenne, I, p. 115 et soi
bornerons à appeler Fattention de nos collègues sur l'influence de Timpaludation. De même que la grossesse, en modifiant les conditions de nutrition de l'organe utérin, crée en lui comme un centre d'appel à l'irritant malarien, la lactation, en plaçant la glande mammaire dans un état d'activité plus grande, la transforme en foyer de dérivation locale de l'infection paludéenne. Les fièvres de ]ait à type intermittent, signalées par quelques médecins, sont probablement des fièvres dominées en grande partie par l'influence malarienne et dont la thérapeutique relève de la médication quinique.
Au Vieux Galabar, « l'enfant est éloigné du sein pendant deux ou trois jours, et, durant ce temps, il ne prend d'autre aliment que de l'eau. L'abondance des boissons aqueuses, administrées au nouveau-né, est une des particularités saillantes de son hygiène. Les mamelle» de la mère regorgent de lait, qu'on n'en donne pas moins au nourrisson une bonne quantité d'eau, au moins une fois par jour. Chaque matin, quand on le lave, il est soumis à cette sorte de question, contre laquelle il proteste par des contorsions et des cris. Le but avoué de cette pratique est d'augmenter le volume du ventre et de permettre ainsi à l'enfant d'ingurgiter des quantités plus considérables de lait. Quand la mère est absente, on apaise les
cris de Tenfant au moyen de cette maigre pitance. Cette ressource est fort connue et fort utilisée à ce point de vue. Il n'est pas sans intérêt de faire remarquer qu'il y a une liaison entre cette intempérance de boissons aqueuses et l'hypertrophie de la rate, plus commune chez les jeunes enfants que chez l'adulte. L'allaitement est continué jusqu'au moment assez rapproché des couches suivantes. S'il ne survient pas d'autre grossesse, l'enfant est allaité jusqu'à ce qu'il se détache lui-même du sein. » (Hervan.) — « L'allaitement de l'enfant ouolof dure, en moyenne, deux ans, souvent plus... La nourriture de l'enfant n'est pas exclusivement lactée, le sanglé et le couscous entrent pour une large part dans son alimentation, au préjudice de sa santé. »* (De Rochebrune). — La longue durée de l'allaitement est de pratique générale à la côte occidentale d'Afrique. Presque partout aussi, chez les nègres, pendant que la mère nourrit, le mari ne la doit pas approcher, et même, d'après Féris, à la côte des Esclaves, quand la femme devient mère, on l'envoie pendant trois ans dans Varrosso (les cultures), pour allaiter son enfant et lui enlever toute chance de cohabitation avec son mari : si elle approchait d'un homme, le fétiche emporterait son lait et tuerait l'enfant. Cette coutume, qui assure au nouveau-né des soins plus attentifs, est facile à concilier avec les habitudes
de la polygamie. Au Rîo-Nunez, nous avons vu des femmes choisir elles-mêmes, pour leur mari, une remplaçante pour le temps de leur allaitement. — Daniell assure que les noirs de Guinée con* sidèrent Tallaitement prolongé comme le moyen le plus certain de maintenir leurs enfants en bonne santé et de les préserver contre les maladies.
Chez les Indiens américains , Tenfant tette, en général, pendant très longtemps. Encore aujourd'hui, au Darien, il n'est pas rare de voir des négrillons, âgés de trois et quatre ans, prendre le sein de leurs mères; mais ils reçoivent sans doute ou s'accordent d'eux-mêmes d'autres aliments que le lait, car les femmes sont trop vite usées et trop souvent maladives pour pouvoir suffire aux exigences d'une nourriture lactée bien oopieuse chez des enfants déjà aussi grands ^ D'après Laudonnière , les Floridiennes qui allsutaient des enfants mâles buvaient le sang qu'on tirait aux jeunes gens malades, pour que leur lait devint meilleur et que leurs nourrissons fussent un jour plus courageux.
La durée de l'allaitement serait de cinq années en Chine; mais, d'après Morache, la mère le pro-
1 . Au Darien, la cigarette fumée par le bout allumé est en grande mode : l'apprentissage commence de bonne heure. A. Reclus a vn des bambins jeter la cigarette pour prendre le sein de leur mère. (Explor, aux isthmes de Panama et de Darien : Tovr du monde ^ XXXIX, 358.}
longe uniquement dans le but de retarder la réapparition des règles, trop rapidement suivie d'une nouvelle grossesse. Le D' Millier a récemment publié quelques observations , qui confirment une curieuse habitude, signalée par les voyageurs. Il n'est pas rare de voir des femmes, absolument privées de lait , provoquer chez elles le retour d'une sécrétion depuis longtemps éteinte, pour allaiter un enfant que sa mère ne peut nourrir. Elles obtiennent ce résultat en mêlant à leur nourriture des substances plus ou moins excitantes, mais surtout en présentant plusieurs fois par jour leurs seins à un enfant vigoureux ; au bout d'un certain nombre de succions*, la sécrétion lactée s'établit *. On sait qu'en Chine le lait de femmes est vendu sur les marchés, comme chez nous le lait de chèvre ou le lait d'ânesse; cette singulière coutume, née des goûts bizarres de la race, peut être avantageusement utilisée au profit des enfants qui sont privés du sein pour une raison quelconque.
Au Japon , d'après Godet, « le sevrage est inconnu, et la mère allaite son enfant jusqu'au moment où il préfère une autre nourriture '. »
1. Notes of cases of unusual milk sécrétion, imp. mar. cust-, med.
ter., 1875.