Arch» de méd. nav., XII
pas rare de rencontrer au Sénégal, d'énormes tumeurs fibreuses, développées, chez des jeunes filles, à la suite du percement du lobule auriculaire.
Le sclérème des nouveau-nés n'existe pas seulement dans les régions tempérées et froides. Dazille l'a reconnu aux Antilles, chez les petits noirs, et décrit sous le nom d'endurcissement du tissu cellulaire : il Ta considéré comme un (( vrai tétanos ».
Véry thème des fesses, des parties génitales, de la partie interne des cuisses, des talons et des malléoles, si fréquemment observé chez nous, où il devient parfois l'origine d'accidents graves, nous a paru très rare dans les pays chauds : c'est que la maladie, déterminée le plus ordinairement par le contact des urines et des matières fécales, retenues dans les langes de l'enfant, n'a plus l'occasion de se produire, chez des nouveau-nés élevés nus ou à peine recouverts d'une mince et lâche vestiture. Par contre, il n'est que trop commun de rencontrer chez les petits enfants l'érvthème. solaire, dans les contrées intertropicales, souvent même avec les accidents cérébraux qui caractérisent l'insolation. D'après A. Reclus, un 'grand nombre de jeunes indigènes succomberaient à des accidents de ce genre, au Darien.
Les éruptions papul(heczémateuses ^ désignées sous
le nom de bourbouilles, tourmentent les enfants européens à vestiture lourde et trop serrée, dans les pays chauds ; et la vermine engendre fréquemment, chez les enfants indigènes, des éruptions de même ordre, que le grattage convertit en ulcérations.
En Algérie, « les jeunes enfants sont sujets à un gros bouton unique ou multiple, qui vient à la tête, et qu'on appelle groheu? ou deumla. On le frictionne avec de l'huile qui a bouilli avec de Vafsa (noix de galle); on peut aussi le couvrir avec des cendres de- coquilles de vieilles noix, ou bien avec un cataplasme de racines de ricin, écrasées dans de l'huile; il est également conseillé de piler très fin du raifort avec du lait de femme et d'appliquer cette composition sur la tète préalablement rasée... » (Berth. *.)
Le pian ou frambœsia est considéré comme une forme de la syphilis particulière à la race nègre, ou, tout au moins, beaucoup plus commune dans cette race que dans aucune autre. Cette maladie a reçu bien des noms et a été l'objet de bien des descriptions, et cependant elle nous semble encore assez mal délimitée ^. Elle s'observe dans l'âge adulte et dans l'enfance, mais surtout à partir
2. Consulter le Traité des maladies de la peau d'Hébra, les Mémoires de Bajon, le Guide de Levacher.
de la dixième ou de la douzième année. A Madagascar, Dauvin dit qu'elle présente son maximum de fréquence entre la deuxième et la sixième année. <i A cette époque de la vie, dit notre collègue, le pian se montre uniquement sous la forme tuberculeuse; son siège de prédilection est la face, surtout au voisinage des lèvres. Il débute par une petite papule saillante, douloureuse au toucher. Si elle est unique, il n'y a pas de réaction ; lorsqu'il en existe plusieurs, l'on constate au contraire un certain mouvement fébrile. Si l'éruption tarde à se faire, tous les symptômes s'exaspèrent; il survient des douleurs articulaires très vives, sans changement de couleur, sans augmentation sensible de la température locale. Lorsqu'elle est terminée, ou du moins la première phase de l'éruption, l'économie rentre dans l'état normal, la maladie passe à l'état d'afifection locale. Le sommet des tubercules se soulève sous forme d'une petite vésicule arrondie; elle se déchire, et la sérosité qui s'en écoule se concrète à la surface. La sécrétion en est continue, les couches nouvelles repoussent les anciennes. Le pian se présente alors sous la forme d'un gros tubercule d'un jaune blond, coloration qu'il doit à la concrétion de la sérosité; sa surface est composée de couches stratifiées bien distinctes, donnant à l'ensemble du bouton la forme des valves irré-
gulières de certains coquillages. Cette croûte est très adhérente; mais si, au moyen de lotions émollientes, de cataplasmes, on vient à la faire tomber, on constate que le bouton lui-même a crû en volume. De dimensions plus considérables qu'à l'époque de son apparition, ce n'est plus seulement le sommet qui en est ulcéré, c'est le tubercule entier. Il présente alors une excroissance rouge, implantée sur la peau, qui est unie et lisse, et n'offre pas de gonflement à sa base. Il semble qu'il y ait là une sorte de végétation ; mais on ne constate pas , chez l'enfant , cette segmentation de la surface qui lui a valu la synonymie de frambaesia, disposition que Ton rencontre au contraire chez l'adulte, surtout à la région plantaire, au fond des crevasses qui constituent le crabe *. Généralement borné à la face, le pian envahit parfois le reste du corps, mais il est discret... Chez l'enfant, cette endémie semble constituer une sorte de fièvre exanthématique ; du reste, elle ne paraît jamais récidiver... L'enfant porte gaiement son pian, qui n'a aucun retentissement sur l'économie... L'aflfection persiste en moyenne sept ou huit mois, dans son siège initial; il est très rare de voir se manifester des poussées successives. Quand la guérison a lieu, l'épaisseur des croûtes diminue; le tubercule s'afiaisse, et